Protégés dans leurs tranchées sombres et moiteuses, les sens aux aguets, les soldats écoutent leur cœur battre. Ils en ont si conscience qu’ils peuvent compter — sans toucher leurs veines — le nombre de pulsations par minute. 70, 80 puis 100, 120. Ce martèlement les met en danger, persuadés que l’ennemi lui, les perçoit. Puis la tension redescend soudain laissant place à un soulagement perceptible pas pour bien longtemps hélas.
La respiration syncopée des pales d’hélicoptère s’accélère signe de leur rapprochement. Tout à coup, une rafale de tirs les terrorise et les jette à terre. Tétanisés par la peur, hypnotisés par ces bruits terrifiants, certains n’ont pas bougé. Alors le chef de la compagnie leur ordonne de sortir de leur abri maintenant découvert afin de rejoindre les lieux stratégiques qui leur permettront d’abattre ces maudits engins. Trente derrière la colline, vingt-cinq à la lisière de la forêt, le reste disposé en éventail entre ces deux points.
La pression remonte, de nouveau le cœur s’emballe prêt à exploser. Malheureusement, les hélicos surgissent et toujours leurs tirs, blessant trois soldats dont les cris de douleur déchirent la nuit.
Infirmiers, infirmiers, tenez-vous prêts à secourir vos camarades ! hurle le lieutenant. Puis, courez, courez ! Les sauveteurs près de leurs victimes les rassurent de leur mieux, écoutent leurs plaintes en les ramenant au campement. Les autres, quant à eux n’ont pu abattre l’ennemi, pourtant ce n’est pas l’adrénaline qui leur a manqué, harangués qu’ils l’étaient par leur chef.
Survolté, celui-ci leur enjoint de ne plus rater leur cible sous peine de tous y passer. Hochant la tête, les muscles bandés, les visages tendus montrent une détermination sans faille et un engagement absolu. Il est hors de question que d’autres camarades soient blessés dicte le lieutenant, entendez-vous bien ?
Quelques minutes plus tard, l’écrasement des hélicos après une série d’explosions assourdissantes sonne la fin de cet épisode épique. Les héros fatigués mais en vie méritent du repos. C’est sans compter sur leur chef qui bien que comprenant ses hommes les somme de partir sans attendre vers un lieu plus sûr, l’ennemi humilié ne leur en laissant guère le choix.
Corinne Ayma