Le taxi bringuebalant s’arrête au chekpoint. Le chauffeur barbu et sombre présente son laisser-passer à l’homme à la mitraillette. Sa tête pénètre à travers la vitre baissée, son regard scanne les présences. A l’avant, une silhouette noire, couverte du tchador règlementaire d’où n’émergent que deux yeux sombres apeurés et striés de rouge. C’est une femme dont on devine sous l’uniforme une protubérance. Elle souffle le plus discrètement possible avec une régularité entraînée, le regard fixé sur la route.
Lire la suiteÉcoute-moi, ma poulette…
L’extrait de naissance était limpide et transparent. Nul doute possible sur l’état civil de ce grand-père à la filiation mystérieuse. Les mots là, clairs et indéniables. Jean B. né le 12 avril 1874 de Marthe C. et de George B. Jeannie ne lut pas la suite, déçue plus qu’elle n’aurait voulu le croire par la vérité qui lui explosait à la figure. Ainsi donc cette histoire rocambolesque, follement romantique, n’aurait aucun fondement ? Serait-il possible que tout cela ne soit qu’élucubration mentale d’une tante avide de sentimentalité et éprise d’un léger parfum de scandale ?
Lire la suitePoint final. Point d’orgue
Le vieux monsieur est assis dans son fauteuil tourné vers la fenêtre de sa chambre dont il ne sort plus. Il regarde, observe ce qui se passe à l’extérieur sur le parking de l’établissement prénommé « les jardins d’Ispahan », choisi par ses enfants pour son confort et sa sécurité. Le vieux monsieur n’en croit pas un mot. Sur ses genoux un livret, couverture cartonnée, verte, sa couleur préférée, c’est lui qui l’a choisi.
Lire la suiteCe noir épisode Comme tous les autres
De violence très Atténuée le soir
Non dit mémorable Couvert par la honte
Sous la forme d’une Hallucination floue
Marche vers le fatal Eté si meurtrier
Histoire de la mère Récit de famille.
RMQ
Quand la vérité fuit Comme loup dans la nuit
Quand le mystère demeure A la fin de sa vie
Quand le voile assombri Couvre les yeux ternis
Que la colombe grise Hésite à roucouler
Et que la voix du peuple Evite de chanter
Alors il faut crier Rugir et s’évader
Annie Brottier
Mon ami lointain…
Comment vas tu depuis notre dernière conversation ? L’électricité est-elle revenue ? La vie quotidienne doit être bien difficile pour toi. Je suis en train de lire « L’art de disparaître », un roman qui se passe à Cracovie. C’était d’ailleurs le thème de l’émission « C’est pas si loin » diffusée hier soir.
Lire la suiteMessage caché…
Mon cher Frédéric
Juste quelques mots envoyés depuis une terre lointaine mais loin d’être inhospitalière. Malheureusement, à mon grand désespoir nos chemins se sont écartés depuis quelques années. Alors je passe le plus clair de mon temps à lire et à voir ou revoir certains films dont je te donne la liste : la collision, les preuves de mon innocence, Paris à tout prix, une passion mélancolique selon Frida Kahlo.
Lire la suiteLettre… et message
Bonjour mon ami,
Tu dois savoir ce que notre dernière rencontre a percuté en moi. Le monde du cinéma m’envahit et me rapproche de toi. Je t’attends pour le prochain festival du cinéma, affûte tes critiques, bons mots et analyses et retrouvons nous pour
Lire la suiteRécolte de mots
Autant qu’il m’en souvienne l’apprentissage de la lecture fut pour moi simple et facile. Je découvrais la magie des mots auprès d’une vieille dame habillée de noir, chignon serré gris au ras du cou. Chacune notre tour nous allions auprès d’elle dans la cour de l’école sous le figuier collé au puits. L’abécédaire ouvert sur les genoux je suivais avec le doigt chaque lettre, syllabe, mot, je les ânonnais, je les collais les uns aux autres, je les marmonnais. On les chantait dans la classe en se balançant sur nos chaises d’écolières, fenêtre grande ouverte, dans le bruissement des feuilles du platane qui rythmait notre mélodie criarde et joyeuse.
Les mots récoltés s’accumulaient dans ma mémoire.
Du plus loin que je me souvienne les livres m’accompagnèrent. Ils tapissaient les murs de ma chambre, en « rose » ( Bibliothèque), en « Rouge et Or » en « vert ». Les mots s’alignaient, s’exprimaient, ils tournoyaient, s’engouffraient dans mon imaginaire. Je les croquais, les dégustais, je les laissais fondre sur ma langue, ils valsaient dans mes fantasmes d’enfant, je devenais la reine des neiges, la sorcière bien-aimée, le roi des aulnes, mon ami Flicka, les malheurs de Sophie, le roi Arthur, Vendredi ou la vie sauvage et j’en passe…
Ce petit monde, ce foutoir, ce carnaval s’est invité quand je découvrais le plaisir d’écrire à mon tour.
Je pioche allégrement dans ma grange secrète les mots accumulés au fond de ma mémoire. Je les aligne, je les confonds, je les diffuse, je les pêche, je les chasse, je construis à mon tour des histoires impossibles sans queue ni tête, des folies mais aussi du pur, du vrai, du vécu. Parfois je suis en panne, je ne trouve pas le mot juste, alors j’arpente la bibliothèque lieu secret où se sont réfugiés les poètes, les romanciers, les philosophes, les penseurs camouflés dans les feuilles des livres sagement alignés. Magie des mots entassés, semés au grès du temps. Je récolte des gerbes de mots, je les sème au grès de l’écriture du moment. Ils nourrissent alors le jardin de mon âme furtive.
M. Odile Jouveaux
La glaise
Rien de plus jouissif dans le modelage que l’éclosion d’un corps. Sous ses doigts fébriles l’artiste pétrit, étire, modèle à volonté les courbes sensuelles que la glaise malléable apporte à la souplesse de la création. Reflets de l’âme, ces œuvres sont aussi des témoins précieux dont les historiens se servent pour remonter le temps. C’est ainsi que les statues figées dans leur époque nous lient à l’Antiquité. Si lointaines et pourtant si proches de nous à des siècles de distance, le piédestal sur lequel elles trônent force l’admiration. Elles nous dominent de leur taille imposante, on ne peut que se sentir minuscule et humble devant leurs formes parfaites ; mais la pierre si douce et lisse au toucher n’en a pas moins la dureté du minéral, tel le marbre, si difficile à tailler, qui ne brille que par sa froideur. Et tous les Apollons et les Dianes des musées n’exprimeront jamais à mes yeux autant de douceur et d’humanité qu’un corps de glaise imparfait.
Annie Brottier