Pas de deux

C’est le premier pas qui est le plus difficile. C’est ce qu’on raconte. En réalité depuis l’enfance, on marche, on tombe , on se relève , on rit, on pleure. C’est le premier pas qui compte, très vite on oublie les débuts hasardeux on se met à sauter à tourner, à virer, bouger, monter, grimper, à danser, à surfer à courir à perdre souffle, à perdre haleine. La vie n’est que mouvement : apprendre à mettre un pied devant l’autre et puis recommencer. Pas cadencé, marche rythmée, pas chaloupé, pas à pas, pas de deux.

Vous avez dit pas de deux  ?

Mettre mes pas dans tes pas, écouter trois notes suspendues, pas glissés, élan du bras, corps enlacés, étreinte souple et légère, c’est une valse à trois temps à six temps, une valse à vingt ans. Tourbillon élégant, cadence régulière, les pas des valseurs seuls au monde, glissent sur le parquet. Combien de pas depuis le premier? On ne les compte pas, continue de valser, la vie est mouvement.

 Sur le parvis de l’église la foule entoure le cercueil. Silence lourd et pesant, la vie s’est arrêtée : point d’orgue.

Debout bras ouverts tendus, il étreint le vide et se met à danser autour du cercueil. Les notes s’éparpillent, s’envolent, il enlace le vide, tournoie, revient sur ses pas, effleure le cercueil ou repose sa compagne. Pas de deux. Vous avez dit pas de deux. La vie comme une valse : danse, danse tant que tu vis, tant que tu peux, la vie n’est que mouvement.

M.Odile Jouveaux

La valse des objets

Inventaire :

Trucs en toc

Bric et broc

2, 3 verres

Vont de paire

Boîte en fer

Plum’ de coq

En travers

Vid’ grenier :

Table, chaise

Poche, panier

Des foutaises

Mal aux pieds

Fin d’ journée

Poch’ vidée

Fatiguée

Bel’ soirée

Bar du Fou :

Trois fois rien

Juste un coup

Bizz, bisou

Valse bien

Puy du Fou

M.Odile Jouveaux

Scènes de rue

Balthus - The street

Balthus – The street

Sur la droite du tableau, de dos, deux femmes se suivent, remontent la rue. En premier plan l’une d’entre elle vêtue de noir le pied gauche sur la chaussée, l’autre en suspend sur le trottoir, son bras droit tendu, main ouverte. Elle suit une autre femme vêtue d’une jupe noire couverte d’un tablier blanc. Elle porte un enfant calé sur sa hanche gauche, dont le visage est tourné vers la femme qui les suit. Ces femmes n’ont pas de visage. Absentes elles poursuivent leur route, insensibles à ce qui se passe autour d’elles.

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Scènes de rue

Balthus - The street

Balthus – The street

Sur la droite du tableau, de dos, deux femmes se suivent, remontent la rue. En premier plan l’une d’entre elle vêtue de noir le pied gauche sur la chaussée, l’autre en suspend sur le trottoir, son bras droit tendu, main ouverte. Elle suit une autre femme vêtue d’une jupe noire couverte d’un tablier blanc. Elle porte un enfant calé sur sa hanche gauche, dont le visage est tourné vers la femme qui les suit. Ces femmes n’ont pas de visage. Absentes elles poursuivent leur route, insensibles à ce qui se passe autour d’elles.

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Sous le masque

Maria. Elle s’appelait Maria. On s’est rencontré à la faculté de droit Nous étions l’une et l’autre deux étrangères dans ce pays de froidure. J’avais perçu son accent, d’où viens-tu ? De Pologne me dit-elle en esquissant un sourire. Maria, je l’aidais à prendre des notes, à décrypter des tournures de phrases un peu complexes. Maria, une énigme pour moi. Je trouvais étonnant de venir de Pologne. Pour moi ce pays se baladait sur des airs de Frédéric Chopin. Nicolas Copernic, astronome, affirma que la terre valsait autour du soleil, tandis que Marie Sklodowska-Curie découvrait la radio activité.

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Point final. Point d’orgue

Le vieux monsieur est assis dans son fauteuil tourné vers la fenêtre de sa chambre dont il ne sort plus. Il regarde, observe ce qui se passe à l’extérieur sur le parking de l’établissement prénommé « les jardins d’Ispahan », choisi par ses enfants pour son confort et sa sécurité. Le vieux monsieur n’en croit pas un mot. Sur ses genoux un livret, couverture cartonnée, verte, sa couleur préférée, c’est lui qui l’a choisi.

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Récolte de mots

Autant qu’il m’en souvienne l’apprentissage de la lecture fut pour moi simple et facile. Je découvrais la magie des mots auprès d’une vieille dame habillée de noir, chignon serré gris au ras du cou. Chacune notre tour nous allions auprès d’elle dans la cour de l’école sous le figuier collé au puits. L’abécédaire ouvert sur les genoux je suivais avec le doigt chaque lettre, syllabe, mot, je les ânonnais, je les collais les uns aux autres, je les marmonnais. On les chantait dans la classe en se balançant sur nos chaises d’écolières, fenêtre grande ouverte, dans le bruissement des feuilles du platane qui rythmait notre mélodie criarde et joyeuse.

Les mots récoltés s’accumulaient dans ma mémoire.

Du plus loin que je me souvienne les livres m’accompagnèrent. Ils tapissaient les murs de ma chambre, en « rose » ( Bibliothèque), en « Rouge et Or »  en « vert ». Les mots s’alignaient, s’exprimaient, ils tournoyaient, s’engouffraient dans mon imaginaire. Je les croquais, les dégustais, je les laissais fondre sur ma langue, ils valsaient dans mes fantasmes d’enfant, je devenais la reine des neiges, la sorcière bien-aimée, le roi des aulnes, mon ami Flicka, les malheurs de Sophie, le roi Arthur, Vendredi ou la vie sauvage et j’en passe…

Ce petit monde, ce foutoir, ce carnaval s’est invité quand je découvrais le plaisir d’écrire à mon tour.

Je pioche allégrement dans ma grange secrète les mots accumulés au fond de ma mémoire. Je les aligne, je les confonds, je les diffuse, je les pêche, je les chasse, je construis à mon tour des histoires impossibles sans queue ni tête, des folies mais aussi du pur, du vrai, du vécu. Parfois je suis en panne, je ne trouve pas le mot juste, alors j’arpente la bibliothèque lieu secret où se sont réfugiés les poètes, les romanciers, les philosophes, les penseurs camouflés dans les feuilles des livres sagement alignés. Magie des mots entassés, semés au grès du temps. Je récolte des gerbes de mots, je les sème au grès de l’écriture du moment. Ils nourrissent alors le jardin de mon âme furtive.

M. Odile Jouveaux

Récolte de mots

Autant qu’il m’en souvienne l’apprentissage de la lecture fut pour moi simple et facile. Je découvrais la magie des mots auprès d’une vieille dame habillée de noir, chignon serré gris au ras du cou. Chacune notre tour nous allions auprès d’elle dans la cour de l’école sous le figuier collé au puits. L’abécédaire ouvert sur les genoux je suivais avec le doigt chaque lettre, syllabe, mot, je les ânonnais, je les collais les uns aux autres, je les marmonnais.

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Crépuscules…

C’est l’heure, il se tient seul dans la pièce vide où se joue chaque soir la même partition musicale : Le Crépuscule des Dieux , toujours à la même heure, au crépuscule il se tient debout raide bras gauche sur la couture du pantalon, main droite portée vers la tempe, regard braqué sur la porte fenêtre ouverte, il fixe le couchant du soleil,  garde à vous !

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