Sur la droite du tableau, de dos, deux femmes se suivent, remontent la rue. En premier plan l’une d’entre elle vêtue de noir le pied gauche sur la chaussée, l’autre en suspend sur le trottoir, son bras droit tendu, main ouverte. Elle suit une autre femme vêtue d’une jupe noire couverte d’un tablier blanc. Elle porte un enfant calé sur sa hanche gauche, dont le visage est tourné vers la femme qui les suit. Ces femmes n’ont pas de visage. Absentes elles poursuivent leur route, insensibles à ce qui se passe autour d’elles.
Un autre personnage vêtu de blanc porte sur l’épaule une planche de bois qui dissimule son visage, on devine le haut de son crâne couvert d’une casquette blanche. Indifférent au mouvement autour de lui il traverse la ruelle d’un pas assuré.
Face au spectateur un jeune homme croise la femme en noir qui monte sur le trottoir. Il marche d’un pas décidé, martial, regard fixe, raide dans sa bulle il traverse le tableau. En premier plan au milieu de la rue, un enfant au visage suranné surmonté d’un bonnet vert, une raquette bleue dans la main gauche court après la balle rouge qui file sur la chaussée. Derrière lui une scène d’agression : un jeune homme de noir vêtu empoigne une jeune fille au gilet rouge qui tente de s’échapper. Les bouches sont closes, pas de cris, les joues de la jeune fille sont cramoisies les yeux des protagonistes fixent le sol… En arrière-plan toque plantée sur la tête, le cuisinier du bistrot du coin observe débonnaire, la scène du couple qui se déchire.
Juxtaposition des personnages, incongruité des situations, la rue dépositaire de nos pensées intimes, de notre imaginaire débridé. Indifférence pétrifiée. Jeu de rôle grandeur nature. À chacun de choisir son personnage, il y en a pour tous les goûts.
M. Odile Jouveaux