Chronos, toi à qui on attribue la maîtrise du temps, toi à qui on a sacrifié tant de notre temps, toi qui nous angoisses et nous stresses à longueur de temps, tu ne vaux pas même le millième de seconde du temps précieux que je vais te consacrer. Minable chef d’orchestre d’un espace qui n’aspire qu’à être tout simplement, Lire la suite →
Dans la moiteur des draps, Combo l’artiste des rues s’agite, le cœur gros de la bêtise humaine. Son esprit s’évade et glisse vers ces deux-là, qui s’étreignent, qui s’aiment à pleine bouche, à plein cœur, identiques par le genre, différents par …. LOVE IS BLIND . L’amour cet aveugle qui ne voit pas la différence, ne regarde pas les couleurs, le rouge pour l’un, le noir pour l’autre. La différence est là, elle saute aux yeux, la calotte blanche, blanche comme un croissant de lune, une croix blanche et au milieu … blanche aussi, l’étoile de David. Le message apparaît, limpide CoeXisT. Islam, judaïsme, chrétienté, les trois grandes religions monothéistes. Et le message réunit un groupe de jeunes, filles et garçons mélangés, bruns et blonds mêlés, dans le même élan d’amour. Religion can blind us Aveugler, comme l’amour ? Le cœur, l’amour, la vie, le cœur gros de chagrin, le cœur rempli de joie. Il bat au rythme des émotions. Attention, l’œil surveille, l’œil de la religion, l’œil d’un même dieu et pourtant…. L’œil était dans la tombe et regardait Caïn entend nettement Combo qui se réveille en sueur, le cœur affolé, étreint de culpabilité.
Maintenant un homme meurt en défendant son pays armé par les puissances occidentales qui se tiennent à distance et dans un champ inondé de soleil le riziculteur cambodgien les pieds dans l’eau sème les semences de riz à la volée et dans un village pyrénéen le cortège funéraire pénètre dans l’église au son de La Montagne de Jean Ferrat en hommage à celui dont on célèbre la mémoire et dans le métro parisien hommes femmes et enfants s’engouffrent et s’entassent dans le wagon qui démarre et le corps du soldat déchiqueté par une bombe gît dans le fossé dépouillé de ses chaussures et l’enfant apeuré les yeux dilatés par l’effroi cherche sa mère dans la foule qui le sépare d’elle et le jeune homme le casque vissé sur les oreilles n’entend pas l’alarme qui se déclenche et se fait bousculer et un homme dans la boue et les gravats de l’éboulement tend un bras aux gens qui tentent de le tirer du piège où il s’enfonce et les viennoiseries déposées sur la table s’envolent dans les mains des participants qui les enfournent avec délice sous le regard déçu de ceux qui n’en ont pas.
Longtemps l’aveugle a chanté dans les sous-sols du métro. Il avait des stations préférées selon les heures de la journée, passant de l’une à l’autre quand la fréquence des pas et le volume sonore diminuant lui indiquaient les heures d’affluence. Vêtu de son éternelle veste râpée aux poches déformées, il filait le long des murs sans crainte du moindre obstacle, le pas assuré, la tête redressée, sa canne blanche balayant le vide devant lui d’un geste rapide et cadencé.
Le réveil sonna à sept heures. M se leva, enfila sa robe de chambre et ses pantoufles, et après ses ablutions rituelles se rendit dans la minuscule cuisine où la tasse et le sucrier qu’il avait méthodiquement disposés la veille au soir sur la table, l’attendaient. Son emploi du temps était réglé comme du papier à musique, à l’image de sa vie rythmée par les journées qui s’ensuivaient dans l’alternance cyclique des heures dévolues à son travail d’employé aux écritures et celles qu’il passait calfeutré chez lui, à lire son journal, à dîner devant son poste de télévision et à aller se coucher à vingt-deux heures trente précises. Cette vie quasi monastique lui convenait parfaitement, il se disait sans ambition particulière, à l’abri des considérations futiles de ses contemporains. Lire la suite →
Dans la nuit noire luit la lune, astre céleste, satellite immuable compagne de la Terre. Elle est changeante et capricieuse, tantôt pleine tantôt croissant, elle diminue, disparaît et nous revient. Elle est montante ou descendante, énorme disque blafard qui éclaire nos rues et nos campagnes d’une lumière fantomatique. Parfois toute rousse, annonciatrice de pluie ou de mauvais présages. Elle poursuit son cycle invariable, sa rotation autour de la Terre en vingt sept jours et des poussières, jouant de son influence sur les liquides terrestres, le flux et le reflux des marées, le sang des femmes, sur les accouchements plus nombreux les nuits de pleine lune.