L’attente

Un voyage inespéré

Enfin nous étions arrivés à Phnom Penh au Cambodge, un voyage prévu de longue date et remis à plus tard, bien plus tard, on ne savait quand, impossible de savoir quand ce satané fichu virus se calmerait et laisserait le monde entier reprendre son souffle et respirer. Un voyage attendu depuis deux longues années passées à espérer, à guetter, à se faire bousculer, bringuebaler entre les fermetures de frontières d’un pays ou de l’autre au gré des contaminations. L’attente du moment où je pourrais enfin serrer dans mes bras ma fille installée là-bas me parut interminable. Aucun moyen de télécommunication aussi sophistiqué soit-il ne saurait remplacer la présence et le contact des êtres qui nous sont chers.

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Texte d’Annie Brottier

L’almanach

ou la chasse aux souvenirs

 

Enfant, j’aimais le rituel du facteur, courant décembre, venant sonner à la porte pour vendre le calendrier de la nouvelle année. L’événement en annonçait un de bien plus grande importance : l’arrivée de Noël et des cadeaux. J’avais le privilège qu’on me laisse le choisir, ce beau calendrier tout neuf, rutilant de tous ses feux. Personne ne me contestait un avantage qui n’avait d’importance qu’à mes yeux de fillette, sensible aux couleurs et aux dessins. L’intérieur restait un obscur ramassis de feuilles incompréhensibles, informations sur les dates des marchés ou liste des départements dont l’intérêt me passait largement au dessus de la tête. Chez ma grand-mère à Paris, où je passais un week-end sur deux, je trouvais, accroché dans la cuisine, le même calendrier des PTT dont je n’avais pas choisi la couverture mais qui représentait toujours des chiots ou des chatons blottis dans une corbeille de satin ou la tête émergeant de jolies fleurs champêtres. Au fur et à mesure de l’année qui s’écoulait, certains jours se trouvaient entourés ou marqués d’une croix avec des initiales que je reconnaissais, anniversaires de mes frères ou le mien et d’autres mystérieuses. C’était le calendrier du quotidien, l’agenda, celui que l’on jette en fin d’année et que l’on remplace sans un remords par un plus neuf. Moi, j’étais fascinée par le vieil almanach, celui que ma grand-mère avait encadré et suspendu au mur du salon, un almanach de l’année 1932 dont les tons automnaux me calmaient.

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Les mois ont des noms

HiverPrintempsÉté Automne
DoudounasseRobieuseJupissimeCapéronne
CagoulasseSandalieuseShortissimeCiréronne
MouflasseCaracoieuseBlousissimePantaleronne
thème : les vêtements, par RMQ

Hiver PrintempsÉté Automne
GroguillonCocktailienneMenthalingueVinaille
TisanillonPernodienneDiabololingueCidraille
TilleulillonBièrienneSpritzolingueCafaille
thème : les boissons , par Josette Emo

HiverPrintempsÉtéAutomne
CourgillonSaladeletteTomatainePotéoche
SoupillonFraiseletteRatatouillaineChouoche
GratillonHaricoteletteGrilladainePatatoche
thème : alimentation, par Annie Brottier

HiverPrintempsÉtéAutomne
VentissimePerscescenceNaturlingueMornesaison
SolissimeFilescenceEnferlingueOrageaison
JachèrissimeLabeurescenceLoisirlingueMortesaison
thème : les 4 éléments, par Didier D’Oliveira

HiverPrintempsÉté Automne
Skiouse TennisichonNagetonMarchaison
LugeouseCoursichonCanoëtonVéloaison
RaquetouseRandonichonVoiletonTiraison
thème: sport, par Clarysse

Le songe de Combo

Combo, le street art pour religion…

Dans la moiteur des draps, Combo l’artiste des rues s’agite, le cœur gros de la bêtise humaine. Son esprit s’évade et glisse vers ces deux-là, qui s’étreignent, qui s’aiment à pleine bouche, à plein cœur, identiques par le genre, différents par ….  LOVE IS BLIND . L’amour cet aveugle qui ne voit pas la différence,  ne regarde pas les couleurs, le rouge pour l’un, le noir pour l’autre. La différence est là, elle saute aux yeux, la calotte blanche, blanche comme un croissant de lune, une croix blanche et au milieu … blanche aussi, l’étoile de David. Le message apparaît, limpide CoeXisT. Islam, judaïsme, chrétienté, les trois grandes religions monothéistes. Et le message réunit un groupe de jeunes, filles et garçons mélangés, bruns et blonds mêlés, dans le même élan d’amour.  Religion can blind us  Aveugler, comme l’amour ? Le cœur, l’amour, la vie, le cœur gros de chagrin, le cœur rempli de joie. Il bat au rythme des émotions. Attention, l’œil surveille, l’œil de la religion, l’œil d’un même dieu et pourtant….  L’œil était dans la tombe et regardait Caïn  entend nettement Combo qui se réveille en sueur, le cœur affolé, étreint de culpabilité.

Annie Brottier

Maintenant

Maintenant un homme meurt en défendant son pays armé par les puissances occidentales qui se tiennent à distance et dans un champ inondé de soleil le riziculteur cambodgien les pieds dans l’eau sème les semences de riz à la volée et dans un village pyrénéen le cortège funéraire pénètre dans l’église au son de La Montagne de Jean Ferrat en hommage à celui dont on célèbre la mémoire et dans le métro parisien hommes femmes et enfants s’engouffrent et s’entassent dans le wagon qui démarre et le corps du soldat déchiqueté par une bombe gît dans le fossé dépouillé de ses chaussures et l’enfant apeuré les yeux dilatés par l’effroi cherche sa mère dans la foule qui le sépare d’elle et le jeune homme le casque vissé sur les oreilles n’entend pas l’alarme qui se déclenche et se fait bousculer et un homme dans la boue et les gravats de l’éboulement tend un bras aux gens qui tentent de le tirer du piège où il s’enfonce et les viennoiseries déposées sur la table s’envolent dans les mains des participants qui les enfournent avec délice sous le regard déçu de ceux qui n’en ont pas.

Longtemps l’aveugle a chanté dans les sous-sols du métro. Il avait des stations préférées selon les heures de la journée, passant de l’une à l’autre quand la fréquence des pas et le volume sonore diminuant lui indiquaient les heures d’affluence. Vêtu de son éternelle veste râpée aux poches déformées, il filait le long des murs sans crainte du moindre obstacle, le pas assuré, la tête redressée, sa canne blanche balayant le vide devant lui d’un geste rapide et cadencé.

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