Le rêve

Du haut de la falaise, une femme pleure, les yeux fixés au loin sur les verts et les gris de la mer. Elle pleure l’amour, éternelle souffrance des désillusions, des disparitions. L’amour perdu de son homme, marin dévoré par l’océan déchaîné. Dévoré par les flots écumants de la tempête, lui qu’on condamnait à crever d’avoir toujours trop bouffé. Elle le voit, il est là gisant dans la poussière voletante du crépuscule. La mort le guette et il rêve d’une gourmandise sans limite, au nez et à la barbe de ces corbeaux malfaisants, ces oiseaux de malheur. Et l’aube se lève, tendre aux oisillons du printemps qui s’échappent de la bouche du mourant vers le chèvrefeuille accroché au mur du jardin.

Annie Brottier

Le nettoyeur de scène de crime

Le bruit assourdissant d’un nuage de mouches agglutinées au dessus d’un petit monticule attira l’attention du promeneur qui, comme tous les matins venait faire le tour de l’étang avant de se rendre au bureau. Il connaissait bien les lieux. Ce tas informe n’était pas là la veille. Une légère brise apporta à ses narines une odeur douceâtre  et écœurante. Il hésita avant de s’approcher et découvrit horrifié un amoncellement de sacs éventrés d’où émergeaient ici un morceau de jambe, là un pied ensanglanté. Il ne chercha pas à en voir plus, composa le 17 au plus vite avant de faire demi-tour en courant.

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Les pins

L’analyse de la plantation en ligne des pins révèle une volonté humaine certaine. Ensemble organisé et structuré dans le seul but d’être rentable rapidement, l’exploitation du pin est l’essence idéale.

Ce que perçoit l’œil du promeneur qui s’en amuse c’est un tableau, un jeu de lumière. Au fur et à mesure qu’il avance, la forêt clignote, comme le ferait une guirlande dans un sapin de noël. L’alternance des troncs, dressés les bâtons d’une palissade, se joue des rayons de soleil. La balance des hachures – entre sombre et lumière – s’accorde au rythme de ses pas. L’immensité de la forêt déroule son ruban monotone et le marcheur est surpris par son arrêt brutal. Plus un seul arbre, une lumière aveuglante. Lire la suite →

Écotone

L’horizon est barré d’une ligne, un tracé sans accrocs de pins alignés, bâtons dressés, figés au garde à vous comme des soldats ou les piliers d’une palissade au travers de laquelle l’œil, pris de curiosité, ne voit rien d’autre que le blanc du ciel. C’est une ligne de fuite, un ruban hachuré de coups de crayon, du vert de la cime au noir des troncs. Entre l’eau de l’étang, miroir reflet des éléments, et la ligne des pins, s’étend une zone de liberté, un fouillis d’arbustes et d’herbacées, poussés là, au hasard d’un coup de vent qui a semé les graines. Des taches de jaune ponctuent un espace délaissé par la main de l’homme. Ici pas d’alignement, pas de plantation étagée ni de notion de rendement, tout s’enchevêtre et prend ses aises jusqu’au bord de l’eau où les roseaux baignent les pieds enracinés dans le sol gorgé de vase et de sable, se mirent dans l’eau.

Annie Brottier

Tapisserie du château d’Angers

Dans la forêt de sapin, sous un ciel d’hiver étoilé, un berger, un tendre agnelet juché sur ses genoux, attendait patiemment que les enfants auxquels il avait signe de le rejoindre sortent de leur abri pour grimper les quelques marches qui menaient à lui. Un livre à la main, il s’apprêtait à leur enseigner les règles de l’élevage ovin et les commandements d’un bon berger. Les trois enfants serrés les uns contre les autres se frottaient les mains pour tenter de se réchauffer. Soudain surgit dans un tintinnabulement de sonnailles qui firent fuir derechef le pauvre agneau effrayé, un manant aux pieds nus enveloppé d’une longue houppelande rouge.

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Alléluia !, psalmodiaient avec béatitude prêtres, chamans, imams, bonzes ou rabbins, tous les  représentants des croyances divines de par le monde.

À la naissance d’un monde nouveau ! célébraient dans l’ivresse rois, présidents, empereurs, dictateurs, tous les représentants du pouvoir de par le monde.

À l’avènement de l’apocalypse !, scandaient les foules exaltées dans les rues des villes de par le monde.

À une destinée nouvelle ! chantait avec bonheur le reste de l’humanité, dans les maisons ou dans les champs de par le monde.

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Le présent du présent, l’attention

Robert COMBAS (1957)

Joueur de pipo poète et non brut

Acrylique sur toile
Signé et daté 90 en bas à droite
Titre complet : « Marcelin de la lune se fait une petite mélodie jolie adossé à un buisson dans la campagne au milieu de fleurs et de l’herbe verte. Dans son imagination, il voit défiler des êtres rigolos et gentils qui se mélangent et s’assemblent comme des puzzles en jouet de bébé. Un corps de belle femme s’avance, elle a une tête de lune et lui il a la « boulle à zéro » ».

Ô toi qui joues de ta flûte et portes cravate et anneau à l’oreille, toi l’homme noir, c’est de ta mélodie que naissent les images enchevêtrées et colorées qui t’entourent. Toi qui es bien installé, tu as arbrisseaux et herbe verte, feuilles mordorées et tronc d’arbre rouge pour dossier. Et tu joues, tu tapes la mesure de tes grands pieds nus. Les souvenirs s’échappent et occupent l’espace, ils s’imbriquent, cernés de noir sans se mélanger. Et à chaque battement de la mesure surgit une nouvelle silhouette, instant présent d’un passé ressuscité par les notes égrainées en chapelets virevoltant.

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