– – – Limites des limités

Forme sans limites – éloignées ou fortuites –

Lisière atteignable au risque de frôler –

L’incompréhensible nuisible –

Sans suite construite – le tableau fuite –

Borde et déborde la ligne inscrite –

Déstructure et invite au rêve – au précipice –

Au basculement – au bousculement des conventions –

À l’équilibre des possibles émergeant –

Et devant lui s’agitent les hypocrites – Lire la suite

image générée à priori, par une Intelligence Artificielle sous influence

Deuxième semaine de février. Comme tous les ans, c’est l’euphorie qui précède le carnaval. La télé, les réseaux sociaux, les écrans géants, les placards d’affiches vomissent leurs spots publicitaires en vue de la grande fête qui va faire tourner la tête à toute une population, petits et grands. Comme à chaque fois, la ville abritera une débauche de lumière, de bruit et verra défiler une foule délirante, assoiffée de sensations. C’est à qui aura déniché le costume le plus extra-ordinaire, à qui portera le masque le plus original, à qui se fera remarquer le plus. L’ambiance festive des débuts a fait place à une recherche d’assouvissement personnel de plus en plus intense où l’on ne recherche plus tant l’amusement partagé dans la simplicité que la mise en avant d’un égocentrisme exacerbé. Si adolescent j’avais participé aux premiers carnavals, j’ai depuis pris l’habitude de rester bien tranquillement chez moi en supportant le tintamarre et les détritus qui jonchent les rues aux lendemains de la fête. Lire la suite

Miroir

The Mirror - Performance d'Alexandre Desplat - (cliquer sur The Mirror pour voir la vidéo sur Youtube)

Nuit étoilée, miroir reflet, miroir de l’image, mirage du double inversé. Écho d’un monde oublié, devant, derrière, un autre monde ? Qui es-tu toi de l’autre côté ? Reflet miroir, miroir reflet, reflet du passé, je te connais, toi garçonnet aux yeux plongés dans les miens. Tu es mien, je suis tien. J’ai grandi en toi et toi et moi. As-tu peur de te savoir moi ? Ai-je peur de voir en toi ce que je n’ai plus ? Je me rapproche et toi aussi. Je saute et me déhanche et tu me suis. Corps ployé, tête penchée, à droite, à gauche, tu es mon double aux bras tendus, aux mains plaquées sur le fil qui nous sépare. On tourne autour l’un de l’autre, miroir magique au tain fané, miroir sans vitre. Je t’attrape et te happe, toi l’enfant que j’ai été. Virevoltons, mains enlacées, dansons notre amour retrouvé, je t’avais délaissé. Je suis toi, tu es moi, nous sommes l’un d’un même destin. Nos souffles se mêlent, nos corps s’entremêlent, joie intense d’une danse enivrée d’un amour partagé. D’un saut tu t’éloignes et je te retiens du bout des doigts, d’un doigt d’une main. Léger, léger et aérien, je suis ton arbre et te maintiens, tu es la liane qui me retient, puis se déroule et tu m’échappes de l’autre côté du reflet vide d’où tu venais. Tu me regardes, me scrutes et me rejettes dans la nuit étoilée, miroir brouillé, mémoire du temps, du temps passé.

Annie Brottier

Envols embrumés

Les dessins ont été crées durant le stage arts plastiques/écriture par Annie Brottier

J’avais longtemps rêvé d’une petite maison en bord de mer, un havre de paix propice à assouvir mon désir de solitude ainsi que ma passion pour les oiseaux. Après plusieurs mois de recherche dans le Cotentin, j’avais fini par dénicher la perle blanche aux volets bleus, à deux pas de la mer,  d’où j’entendais le ronflement des vagues qui se brisaient ou s’étalaient lascivement sur la plage, selon l’humeur du temps.

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Terrain vague

Espace libre et dégagé

Vide et délaissé

Oublié d’une occupation humaine

Ou dévasté puis livré à lui-même,

Le terrain vague et cabossé

Fera rêver des bâtisseurs habités

De l’envie d’ériger là

Des murs, des tours, un habitat,

Des rues, des parkings, des quartiers entiers.

Et les gamins prisonniers

De ces villes de cloisons

De béton quadrillées en prisons

S’en iront aux franges de l’urbain

Chercher une friche, un terrain,

Un bout de terre abandonnée

Où leurs cris et leurs jeux

Ne dérangeront pas les acrimonieux.

Le terrain vague et ses broussailles,

Ses trous, ses gravats, sa ferraille

Abritera le temps d’un nouveau plan

Les rires et les pleurs des enfants,

Et au crépuscule des cieux

Les rendez-vous des amoureux.

Mais quand arriveront grues et pelleteuses,

C’en sera fini de leurs mines radieuses.

Annie Brottier

Littérature potentielle sur le thème des Franges Urbaines

Titres de livres à venir ( ou non) avec le nom de leurs auteur.es

nouvelles

Le château d’eau de ma mère (RMQ); Gens du voyage, la transgression (D. D’Oliveira) ; Zone désaffectée (Annie Brottier) ; Dépotoir public (Clarysse) ;  Les clos-masures ont disparu (M. Odile Jouveaux) ;

– romans

La part du ghetto (RMQ) ; La maison du garde-forestier (D. D’Oliveira) ; La révolte des terrains vagues (Annie Brottier) ; L’ombre du château d’eau (Clarysse) ; Le mitage des campagnes (M. Odile Jouveaux) ;

– polars

Disparition à l’aéroport (RMQ) ; Folie meurtrière sur l’échangeur (D. D’Oliveira) ; Le château d’eau a disparu dans la nuit (Annie Brottier) ; Le cadavre de l’aéroport (Clarysse) ; Le train siffle trois fois (M. Odile Jouveaux) ;

– essais

Les gens du voyage : présence et accueil depuis le 19e siècle (RMQ) ; Trafics en tous genres sur la friche nord (D. D’Oliveira) ; Comment concilier rave-parties et friches commerciales (Annie Brottier) ; les décharges humaines (Clarysse) ; De la nécessité de créer des bassines aux abords de terrains de camping (M. Odile Jouveaux) ;

– recueils de poèmes

Poésie des espaces oubliés (RMQ) ; Anthologie lexicale des jardins ouvriers (D. D’Oliveira) ; Ô zones mutantes, plages de rêveries (Annie Brottier) ; Divagations sur terrain vague (Clarysse) ; J’ai même rencontré des tziganes heureux (M. Odile Jouveaux) ;

– littérature érotique

La blonde des échangeurs (RMQ) ; Licence au rond-point G (D. D’Oliveira) ; Les impensés d’un jardin d’accueil (Annie Brottier) ; Le jardin des sens (Clarysse) ; La belle endormie (M. Odile Jouveaux) ;

– romans épistolaires

Le cercle littéraire des amateurs de friches industrielles (RMQ) ; Du menuet à la rêve-partie (D. D’Oliveira) ; Échanges autour d’un rond-point sans fin (Annie Brottier) ; Correspondances d’un échangeur (Clarysse) ; Au cœur de la ville, naissance d’un bidonville (M. Odile Jouveaux) ;

– biographies

Ernest, graffeur d’usine désaffectée (RMQ) ; Les gens du voyage, Django Reinhardt (D. D’Oliveira) ; La vie d’un passionné de l’aménagement glissant (Annie Brottier) ; Le parcours d’un homme du voyage (Clarysse) ; Petite histoire de l’aménagement du territoire, utopie des années 60 (M. Odile Jouveaux) ;

– autobiographies

Ma vie, mon œuvre aux franges de l’urbain (RMQ) ; Entre friches et sentiers, mon dilemme (D. D’Oliveira) ; Le jour où j’ai atterri dans une déchetterie (Annie Brottier) ; Ma vie dans un squat (Clarysse) ; C’est une maison bleue en haut de la colline (M. Odile Jouveaux) ;

– contes

La princesse des bidonvilles (RMQ) ; Contes éphémères du Château de la Marquise (D. D’Oliveira) ; Jadis vivait au fond d’une friche … (Annie Brottier)  ; La belle et le bidonville (Clarysse) ; À tire d’aile : vol au-dessus de la décharge (M. Odile Jouveaux) ;

Le rêve

Du haut de la falaise, une femme pleure, les yeux fixés au loin sur les verts et les gris de la mer. Elle pleure l’amour, éternelle souffrance des désillusions, des disparitions. L’amour perdu de son homme, marin dévoré par l’océan déchaîné. Dévoré par les flots écumants de la tempête, lui qu’on condamnait à crever d’avoir toujours trop bouffé. Elle le voit, il est là gisant dans la poussière voletante du crépuscule. La mort le guette et il rêve d’une gourmandise sans limite, au nez et à la barbe de ces corbeaux malfaisants, ces oiseaux de malheur. Et l’aube se lève, tendre aux oisillons du printemps qui s’échappent de la bouche du mourant vers le chèvrefeuille accroché au mur du jardin.

Annie Brottier