Maintenant un homme meurt en défendant son pays armé par les puissances occidentales qui se tiennent à distance et dans un champ inondé de soleil le riziculteur cambodgien les pieds dans l’eau sème les semences de riz à la volée et dans un village pyrénéen le cortège funéraire pénètre dans l’église au son de La Montagne de Jean Ferrat en hommage à celui dont on célèbre la mémoire et dans le métro parisien hommes femmes et enfants s’engouffrent et s’entassent dans le wagon qui démarre et le corps du soldat déchiqueté par une bombe gît dans le fossé dépouillé de ses chaussures et l’enfant apeuré les yeux dilatés par l’effroi cherche sa mère dans la foule qui le sépare d’elle et le jeune homme le casque vissé sur les oreilles n’entend pas l’alarme qui se déclenche et se fait bousculer et un homme dans la boue et les gravats de l’éboulement tend un bras aux gens qui tentent de le tirer du piège où il s’enfonce et les viennoiseries déposées sur la table s’envolent dans les mains des participants qui les enfournent avec délice sous le regard déçu de ceux qui n’en ont pas.
Annie Brottier
La petite pluie
Maintenant que j’ai traversé le désert
Que j’ai senti sous mes pas la terre craqueler
Que la chaleur torride et suffocante
M’a fait chercher en vain une ombre bienfaisante
–
Lire la suiteLongtemps l’aveugle a chanté dans les sous-sols du métro. Il avait des stations préférées selon les heures de la journée, passant de l’une à l’autre quand la fréquence des pas et le volume sonore diminuant lui indiquaient les heures d’affluence. Vêtu de son éternelle veste râpée aux poches déformées, il filait le long des murs sans crainte du moindre obstacle, le pas assuré, la tête redressée, sa canne blanche balayant le vide devant lui d’un geste rapide et cadencé.
Récit sans fin
Le réveil sonna à sept heures. M se leva, enfila sa robe de chambre et ses pantoufles, et après ses ablutions rituelles se rendit dans la minuscule cuisine où la tasse et le sucrier qu’il avait méthodiquement disposés la veille au soir sur la table, l’attendaient. Son emploi du temps était réglé comme du papier à musique, à l’image de sa vie rythmée par les journées qui s’ensuivaient dans l’alternance cyclique des heures dévolues à son travail d’employé aux écritures et celles qu’il passait calfeutré chez lui, à lire son journal, à dîner devant son poste de télévision et à aller se coucher à vingt-deux heures trente précises. Cette vie quasi monastique lui convenait parfaitement, il se disait sans ambition particulière, à l’abri des considérations futiles de ses contemporains. Lire la suite
Le cycle de la lune
Dans la nuit noire luit la lune, astre céleste, satellite immuable compagne de la Terre. Elle est changeante et capricieuse, tantôt pleine tantôt croissant, elle diminue, disparaît et nous revient. Elle est montante ou descendante, énorme disque blafard qui éclaire nos rues et nos campagnes d’une lumière fantomatique. Parfois toute rousse, annonciatrice de pluie ou de mauvais présages. Elle poursuit son cycle invariable, sa rotation autour de la Terre en vingt sept jours et des poussières, jouant de son influence sur les liquides terrestres, le flux et le reflux des marées, le sang des femmes, sur les accouchements plus nombreux les nuits de pleine lune.
Passé, présent, futur
Tu te tournes vers le passé
pour mieux comprendre le présent
envisager un temps futur
bien plus riant que le présent
Pourquoi en vouloir au passé ? Lire la suite
Tu entends ce que j’entends ?
Écoute les tambours , les chants montent de plus en plus fort dans la nuit. Ils dansent au cœur du village bruissant de vie, les pieds battent la mesure sur le sol poussiéreux, c’est la cérémonie du feu, c’est l’Afrique et la puissance de son rythme.
Écoute le bruit des hommes, le chant, les paroles, la musique des mots d’une langue hispanique mêlée au brouhaha des rues d’une grande ville brésilienne. Entends les klaxons, un air de samba, les gens qui parlent en passant près de toi et qui s’éloignent et se noient dans la foule.
Brouhaha
Des sons jalonnent mon histoire
Des sons jalonnent mon histoire, des bruits, émanations de vie, séquences furtives surgies d’un espace de cerveau oublié, tapies dans un coin obscur de ses circonvolutions, à l’affût d’un rappel qui soudain me secoue sans prévenir. Il suffit que j’entende les premières notes du carillon de Westminster pour me retrouver gamine, plantée devant l’horloge murale de ma grand-mère, à suivre avec fascination l’oscillation régulière du balancier, à écouter le tic tac, tic-tac qui égraine les secondes.
Une planète rechargeable…

Annie Brottier