Chronoécriture

Partir un jour, partir toujours

Toujours l’amour revient

toujours l’amour retient

toujours l’amour….

Maintenant je n’attends plus, trop tard,

maintenant c’est le vieillissement qui m’attend

 Prolonger la vie, durer plus longtemps

 À quoi bon ?

 Partir c’est agir, c’est bouger, dans quel sens partir ?

 vers le futur ou le passé

partir vers le temps qui s’écoule.

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La Delorean de mes rêves.

« Il ne faut jamais couper le moteur de la DeLorean, faute de rester coincer dans un univers parallèle. » C’est ce que m’avait recommandé Robert Zemeckis, le célèbre réalisateur de ‘Retour vers le futur’.

J’étais dans ma grange, entouré de mes tracteurs, de mes faucheuses et de ma moissonneuse. C’est là, que j’avais installé mon atelier. Mon travail du moment, restauration et de customisation de ma DeLo, venait de s’achever. Je me suis installé à bord de l’engin fabuleux. J’ai appuyé sur le starter. Le moteur s’est mis à vrombir. Les poils du chat se sont redressés. Les fétus de pailles se sont envolés, j’étais tout excité. J’ai enclenché la première, passé la seconde dans un bruit infernal d’échappement. Le cheval s’est cabré, les vaches ont beuglé à tue-tête. Les gens du village ont crié l’hourra, l’extase a gagné. Dans mon calcul, la grande ligne droite conduisant à la nationale devait suffire. J’avais tout juste appuyé sur l’accélérateur extratemporel que déjà, je ne voyais plus la terre.

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Ne pas perdre de temps… (chronoécriture)

Partir, c’est m’en aller, mais… ?

Toujours pour plus, je suis insatiable, gourmand, impétueux.

Je suis en arrêt, la pendule me regarde, le balancier s’est figé.

Prolonger la vie encore un jour, encore une heure, un instant, le temps de voir, le temps d’emporter.

Partir sans retour, il est trop tôt pour ne pas se retourner et oublier le temps passé.

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Allégorie du temps

Et je vis le galet. Tout rond, tout lisse, se jouant du courant. Né à la source des Cévennes hautes, détaché du ventre des monts. Il déambule au fond du canyon, un choix s’impose : le Gard, la Lozère ? La route est longue jusqu’au Rhône. Il poursuit le flux, passe sous le pont du Gard, salue les romains bâtisseurs du premier siècle. Il se sent exister, pas par la taille il est si petit, mais grâce à son grand âge. Mialet, ville de miel, il se laisse couler sous l’arche en pierre du pont des camisards. Encore cent trente kilomètres jusqu’au Rhône, il glisse en une descente serpentine le long du gardon d’Anduze.

RMQ

PS: Erreur de parcours. Il est arrêté sur ce bout de plage sauvage par les pieds nus d’un baigneur en manque de ricochets ; mes pieds.

Le temps est un.e couturier.e

D’une bobine de fil surgie d’un écrin, il nait, s’élance en brodant sa toile aux couleurs variées. Mesuré, il s’étend en filant comme file l’araignée, au gré du vent, une toile où se déposent au fur et à mesure des points qui ressemblent à des gouttes de rosées, parfois brillantes, parfois sombres. Il court et file dans un mouvement perpétuel, file et refile à la recherche des points perdus. Il assemble et consolide.

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Elle caméléone

Comme une mésange bleue, la tête dans les plumes, elle relève la tête de sous son aile, comme après une sieste et s’étire en appui, se retourne et tend la main comme pour demander un soutien mais sans insistance. Puis, se levant, elle se retourne après une flexion suspendue, dit quelques mots à haute voix comme les hauts vents d’une musique intérieure et en soubresaut, étend son corps, pivote en joignant jambes et bras pour enfin se retourner comme une ritournelle. Évoluant dans une position d’attente, elle tend l’oreille, semble écouter un instant le silence. Elle mesure dans de petits gestes les limites de l’espace en effectuant quelques mouvements vers le haut puis vers le bas. Après quoi, dans un mouvement limpide, elle s’arrête avec une hésitation élégante comme si elle refusait un envol. Elle se met alors à lever les pieds en alternance comme pour mesurer ses appuis puis balayant l’espace, elle pivote pour enfin décider de s’allonger sur le sol, l’espace d’un moment. C’est alors, qu’elle prend le temps de respirer le vide et se relève dans un équilibre gracieux en appuyant ses jambes et ses bras lui permettant de s’asseoir.  Et, surprise, elle s’étire et prenant appui dans un geste retenu ou courte pause, elle tend son corps et se remet en mouvement, sans bruit, au ralenti et s’élève du sol dans une avancée où sa tête bascule de droite à gauche puis de gauche à droite, d’avant en arrière et regardant le ciel, elle s’envole comme un colibri pour enfin disparaitre.

MarieThé

Elle caméléone

extrait des improvisations de Eva Matias

Il y a un rêve et un corps. Le rêve est dans le corps.

Intériorité torturée et ouverte à la page généreuse, le don vit. L’enrobée aussi. Sérénité offerte où les racines enfantées du bien être se tendent vers l’horizon, puis suspendent les mots. Pourquoi pas le vent qui buffe , TWIST AGAIN et trouble. INFIRMITÉ.

C’est un tourbillon cadencé : y a qu’à ouvrir la pieuvre féminine et lascive. Lauréate du concours de douceur, casting réussi. Chevilles dénouées puis autoritaires, oser encore, oser être ballon et s’envoler dans le bleu. La désarticulation à volonté, pourquoi combler, non et non, s’enivrer de sagesse et glisser pour ressusciter. Sueur chaude de la femme statue, membres fleuris et fesses piquantes. Direction l’horizon et sur la route, un squat de tendresse. Se tortille la fille et s’approprie l’équilibre. Le pas en avant conquérant. Un bruit de bottes sous contrôle. La marionnette fait de l’œil, appâte et vous attend.

RMQ

Elle caméléone

Il y a un rêve et un corps. Le corps est dans le rêve

Elle est seule, au milieu de la pièce vide. Accroupie sur le sol, pieds nus, immobile, absente, indifférente à ce qui l’entoure, enfermée dans sa bulle. Lentement elle se relève, le bras droit s’étire, la main saisit le souffle d’air qui palpite autour d’elle. Elle se perd, s’étire, pivote sur elle-même, marche à pas lent avant, arrière, sur le côté, elle s’en va, danse, danse avec les mots qui s’échappent de sa bouche. Elle écoute, écoute la musique, vibrato étouffé, perdu loin, loin dans son âme égarée.

Silencieuse, elle se recroqueville, s’allonge sur la dune bleutée, se relève alors et de sa main agile attrape le vent, l’air, l’espace.

Elle jongle avec son corps, se tortille, se balance, se déhanche, se trémousse. Soudain elle s’emballe tend les bras vers les étoiles, lévite doucement, se laisse planer, disparaît. Elle s’en est allée. Il reste sur la dune l’empreinte de ses pas que l’écume de mer bientôt emportera.

M.Odile Jouveaux