Chronos, toi à qui on attribue la maîtrise du temps, toi à qui on a sacrifié tant de notre temps, toi qui nous angoisses et nous stresses à longueur de temps, tu ne vaux pas même le millième de seconde du temps précieux que je vais te consacrer. Minable chef d’orchestre d’un espace qui n’aspire qu’à être tout simplement, Lire la suite →
Donner du temps au temps ! Qui a bien pu donner du temps à l’instant ? Baliverne !
Chronos ne s’attrape pas, ne se mesure pas ! Il se joue de nos vaines tentatives pour le maîtriser. Il fuit ce salopard et ricane bêtement. Chronos- escroc !
Chronos tu infiltres nos vies du jour de notre naissance jusqu’à notre mort !
Le songe de Jacques Villeglé s’affiche. Les murs parlent et l’interpellent. Le kaléidoscope des couleurs l’agresse. Il pleure, ses larmes délavent les bleus, jaunes, ocres, roses. Une tourterelle est plaquée au mur, crucifiée. Ses yeux clignotent sur le blanc entaché de rouge sang.
Entrée 21, son père gaulliste l’attend. Il a pris les traits de Pompidou pour le tromper, encore une fois, comme d’habitude, tu vas voter Bernard Chenot ou je te déporte ! Jacques Villeglé tremble. Il est à vélo dans les rues de Paris. A Chaillot, la folle l’attend, le grand Giraudoux c’est lui. Le sac à dos rempli de tracts, il pédale vigoureusement vers l’hôtel de ville et s’il arrivait trop tard? Les affiches placardées sont illisibles, déchirées et souillées. Face au mur, des hommes entravés urinent sur l’appel du Général, main sur le sexe du voisin pour diriger le jet.
Le froid du drap souillé réveille Jacques Villeglé.
Scott Wade est à court de projet. Allongé sur le dos, bras croisés sous la tête, il s’endort et se met à rêver. Il voyage sur long in the road en musique comme au temps de son adolescence et se remémore les dessins effectués sur les vitres des voitures chargées de poussières sur les parkings. Il se remémore, comme en miroir, dessinant un couple d’amoureux enlacés sur le parking d’El Paso qui venait de sortir d’un musée. Il s’amuse à le façonner avec précision sur la lunette arrière de la Toyota Yaris, se livrant à cette création ultime, puis transcendé par cette expérience, il la renouvèle sur d’autres voitures maquillées par le sable. Sur la route de Monument Valley dans l’Arizona à l’abri des regards il dessine sur la lunette arrière d’une voiture rouge, sculptant ainsi le toit des maisons du village Navarro en contre-jour et en arrière-plan une montagne. Il créé un paysage de cactus qui ressemblent en partie à des Totems puis se surprend à représenter un guerrier style Robocop, affublé d’une lance, prêt à décapiter les totems, fruits de son imagination, lorsque apparait les yeux d’un canard éberlué en plein milieu en avant du tableau qui semble sidéré par la scène. Seule la voiture témoigne de l’instant.
Il est assis au coin de la rue sur un pot de peinture, tient entre ses mains la perche qui supporte le pinceau. Il regarde au bout de la rue, attend depuis longtemps la petite fille au ballon-cœur. Pour l’attirer, rien de plus simple : il trace des lignes parallèles qui traversent la rue, grimpent sur le mur et s’épanouissent en une fleur jaune qui semble dire : je suis là. Il attend. Ne voyant rien venir, il se lève ramasse le pot de peinture, endosse la perche-pinceau, arpente la ville, choisit une autre rue, imprime son passage sur le sol et le mur. La ville se pare de ses fleurs jaunes écloses soudainement sur les murs sans âmes. Puis, il attend, il attend la petite fille au ballon-cœur. Les passants le connaissent, les enfants sautillent sur les traits jaunes qui les conduisent vers la fleur épanouie sur le mur. Impassible et muet il poursuit inexorablement son histoire, son rêve sans fin. Notre peintre s’inscrit dans la ville, il fait parti du mobilier urbain