Franchir la frontière

Il y a dehors des émerveillements, des voûtes célestes, des voies lactées, des éblouissements

Il y a dehors des soleils qui tempèrent, des lunes sur lesquelles on veut marcher.

Il y a dehors des millions de formes de vie, des explosions de culture.

Il y a dehors tant de choses, que je voudrais embrasser.

Mais, il y a dehors aussi, des explosions géo solaires, des catastrophes nucléaires, des tsunamis et de violents tremblements de terre. Lire la suite

Franchir la frontière

Debout depuis six heures du matin, comme chaque jour, Frédéric n’arrivait pas à émerger de ses rêves. Il était né d’une famille modeste d’agriculteurs de la campagne bretonne et sa vie s’étirait au rythme des besoins des animaux de la ferme.

Les efforts physiques constants que nécessitaient les travaux journaliers avaient développé chez lui une musculature puissante ; le père ne plaisantait pas avec le travail, il fallait trimer à chaque heure de la journée, être fort, ne pas baisser les bras, même malade. La faiblesse était un mot à bannir parce qu’elle ne devait pas être.

Ce père dont il évitait de croiser le regard tellement il redoutait qu’il ne lise dans le sien.

Depuis son plus jeune âge Frédéric ressentait qu’il n’était pas à sa place dans ce corps dont il ne voulait pas, ce corps qui le répugnait et qu’il scarifiait depuis ses douze ans. Lire la suite

Le rêve

Du haut de la falaise, une femme pleure, les yeux fixés au loin sur les verts et les gris de la mer. Elle pleure l’amour, éternelle souffrance des désillusions, des disparitions. L’amour perdu de son homme, marin dévoré par l’océan déchaîné. Dévoré par les flots écumants de la tempête, lui qu’on condamnait à crever d’avoir toujours trop bouffé. Elle le voit, il est là gisant dans la poussière voletante du crépuscule. La mort le guette et il rêve d’une gourmandise sans limite, au nez et à la barbe de ces corbeaux malfaisants, ces oiseaux de malheur. Et l’aube se lève, tendre aux oisillons du printemps qui s’échappent de la bouche du mourant vers le chèvrefeuille accroché au mur du jardin.

Annie Brottier

Le rêve

L’aube ne se lèvera plus sur le champ de bataille. La plaine porte la mort et fige le temps. Sous les pierres sèches isolées, sous les rayons affaiblis, la chaleur peine à souffler un filet de vie.

Viens dit la mort telle qu’à ta naissance, les mains nues et la tête dans les nuages. Elle la suit marionnette d’un théâtre improvisé où sa bouche, ses yeux, ses cheveux trahissent des gourmandises interdites.

Peut-elle appeler l’amour qui réunit et qui détruit ? Le bateau des sentiments vogue la galère. L’océan immense en colère se dresse à l’horizon, barrage infranchissable ; l’amour apaisé ne la comblera pas.

RMQ