Le sommeil m’emporte dans l’obscur de la nuit au-dessus des fougères dans les sous-bois ambrés d’où la colombe s’envole bercée par les chants lointains de l’orgue de barbarie des rues de Paris de mon enfance une douce mélodie  qui soudain se brise au fracas du canon piège de mon sommeil envolé

Annie Brottier

La dernière heure

« C’est votre dernière heure » Séance d’écriture, invisible temps, imprévisible et pourtant. J’ai la tentation de laisser libre cours à des désirs qu’en aucun cas je n’aurais cru pourvoir assouvir, à des envies que jamais je ne me serais accordée le droit de satisfaire. Mais après tout, à la dernière heure, tout peut être permis, qu’aurais-je à perdre ? Autant en profiter à fond et partir avec un sentiment de plénitude, celui qu’on ressent à l’obtention d’un objet longtemps convoité ou à la réussite de l’épreuve qu’on redoutait. Lire la suite

La voix de la femme

Profonde et chaude, chatoyante en modulations, la voix de la femme m’entraîne dès l’instant où je l’entends, dans son monde intérieur, dans le moment de sa vie qu’elle raconte et décrit. Sa voix est posée, elle n’a pas d’âge et s’écoule sans heurts, pourtant ponctuée d’arrêts qui marquent l’intensité des mots. Je sens qu’elle a vécu cette femme, qu’elle a souffert et je devine son regard intense et ses paupières ourlées de longs cils noirs. Lire la suite

Je touche, je tâte…

Je touche, je tâte… la forme générale ? Plutôt rectangulaire. Un objet froid que je retourne. Ah, un creux , rugueux par endroits. Mon doigt accroche, sensation désagréable comme la râpe à gruyère. Je sens presque la douleur de la peau arrachée et le sang qui perle. Souvenir récent d’un épluchage. Au fond de cette cavité la surface est toujours râpeuse et je m’en extirpe avec soulagement. Rien d’autre apparemment  à voir, enfin à sentir. Lire la suite

Regrets

Enki Bilal expose ses fantômes au Louvre (2013)

Comtesse Maria del Carpio (F.Goya) et les jumeaux 

Elle les avait rêver si souvent qu’elle n’en avait plus peur, qu’elle aurait pu les presser sur son cœur sans craindre de devoir se cacher de la servitude de son entourage, un entourage écrasant, étouffant auquel elle avait dû toute sa vie se soumettre. Née marquise de la Solana, la petite Maria avait grandi dans le monde aristocratique de l’Espagne du XVIIIème siècle, aux mœurs sclérosantes et aux codes stricts auxquels il fallait se plier sans conditions. C’était une enfant vive et riante que les maîtres chargés de son éducation avait peiné à maintenir en place tant elle débordait d’imagination et de vitalité. En grandissant elle s’était assagi intégrant le modèle qu’on lui assignait. Cependant bouillonnaient toujours en elle le désir de liberté et l’envie de suivre un destin différent. Lire la suite

Happée

Zao Wou-Ki

 

J’aime au hasard de mes flâneries dans les villes m’aventurer dans les galeries de peinture qui ne manquent pas de fleurir dans les ruelles piétonnes des vieux quartiers. Ce jour-là l’affiche de l’artiste chinois exposé m’avait attirée et je me trouvai sitôt entrée dans un univers d’intenses couleurs jetées avec vigueur sur des toiles qui vibraient d’une vie presque palpable. Lire la suite

Le cercle

Devant sa toile qu’il avait pris soin de bien tendre et d’enduire d’un blanc mat immaculé, le peintre mesurait l’étendue du vide auquel il faisait face. Les envies de peindre, les idées foisonnantes qui hantaient son cerveau au point de l’empêcher de dormir ne manquaient pas. Des corps, des paysages défilaient, s’imbriquaient se dissociaient ou se fondaient pour reformer d’autres tableaux vivants à ses yeux d’artiste, enfermés dans le tambour bouillonnant de son imagination. Mais ces visions qui l’éblouissaient et le faisaient souvent se précipiter dans sa pièce atelier, prêt à passer à l’action, disparaissaient dès l’instant où il posait les yeux sur la toile étincelante de blancheur et d’un vide abyssal.

Lire la suite