Je touche, je tâte…

Je touche, je tâte… la forme générale ? Plutôt rectangulaire. Un objet froid que je retourne. Ah, un creux , rugueux par endroits. Mon doigt accroche, sensation désagréable comme la râpe à gruyère. Je sens presque la douleur de la peau arrachée et le sang qui perle. Souvenir récent d’un épluchage. Au fond de cette cavité la surface est toujours râpeuse et je m’en extirpe avec soulagement. Rien d’autre apparemment  à voir, enfin à sentir. Lire la suite

Regrets

Enki Bilal expose ses fantômes au Louvre (2013)

Comtesse Maria del Carpio (F.Goya) et les jumeaux 

Elle les avait rêver si souvent qu’elle n’en avait plus peur, qu’elle aurait pu les presser sur son cœur sans craindre de devoir se cacher de la servitude de son entourage, un entourage écrasant, étouffant auquel elle avait dû toute sa vie se soumettre. Née marquise de la Solana, la petite Maria avait grandi dans le monde aristocratique de l’Espagne du XVIIIème siècle, aux mœurs sclérosantes et aux codes stricts auxquels il fallait se plier sans conditions. C’était une enfant vive et riante que les maîtres chargés de son éducation avait peiné à maintenir en place tant elle débordait d’imagination et de vitalité. En grandissant elle s’était assagi intégrant le modèle qu’on lui assignait. Cependant bouillonnaient toujours en elle le désir de liberté et l’envie de suivre un destin différent. Lire la suite

Happée

Zao Wou-Ki

 

J’aime au hasard de mes flâneries dans les villes m’aventurer dans les galeries de peinture qui ne manquent pas de fleurir dans les ruelles piétonnes des vieux quartiers. Ce jour-là l’affiche de l’artiste chinois exposé m’avait attirée et je me trouvai sitôt entrée dans un univers d’intenses couleurs jetées avec vigueur sur des toiles qui vibraient d’une vie presque palpable. Lire la suite

Le cercle

Devant sa toile qu’il avait pris soin de bien tendre et d’enduire d’un blanc mat immaculé, le peintre mesurait l’étendue du vide auquel il faisait face. Les envies de peindre, les idées foisonnantes qui hantaient son cerveau au point de l’empêcher de dormir ne manquaient pas. Des corps, des paysages défilaient, s’imbriquaient se dissociaient ou se fondaient pour reformer d’autres tableaux vivants à ses yeux d’artiste, enfermés dans le tambour bouillonnant de son imagination. Mais ces visions qui l’éblouissaient et le faisaient souvent se précipiter dans sa pièce atelier, prêt à passer à l’action, disparaissaient dès l’instant où il posait les yeux sur la toile étincelante de blancheur et d’un vide abyssal.

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Une fugue inachevée

Avant même d’ouvrir les yeux, Alizée sentit que ce qui allait advenir d’elle relèverait pour le moins de l’inattendu, sinon de l’irrationnel. Le silence qui émanait de la pièce pesait sur son corps allongé sur le lit à baldaquin qu’elle avait trouvé somptueux la veille en se glissant dans les draps brodés aux armoiries du château. Son hôte l’avait accueillie avec gentillesse et avait su la réconforter après qu’elle lui eut raconté ce qu’elle venait de vivre.

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