J’imagine… Un vieil homme attend, assis une sur pierre blanche lissée au fil du temps par les eaux de pluie et polie par la toile de son pantalon.
Il est adossé au mur du moulin de la Sauvagère, vous savez, le vieux moulin à eau de Bricqueville la Blouette. Désaffecté depuis bien des années, il sert maintenant de lieu de respiration aux quelques rares randonneurs particulièrement bien renseignés. Lire la suite →
Face à la fenêtre aux persiennes mi-closes dans cette chaude après-midi d’été, alanguie sur son édredon bleu à frange blanche, rideaux ouverts du baldaquin aux couleurs identiques, confortablement appuyée sur son avant-bras et dos reposant sur un épais oreiller, une jambe repliée sur l’autre, dans un relâchement total, elle s’est mise à l’aise dans un pantalon de toile ample et léger, un body pastel lui découvrant le buste. Lire la suite →
Immobile et secrète, ce chant d’oiseaux printanier m’absorbe. Caresse du vent frais sur mon visage et des rayons du soleil d’avril. Au loin les ambulances veulent me détourner, me ramener à ma condition, à ces jambes qui ne me portent plus, comme deux tiges mortes, inertes. Envole toi encore, petite âme douloureuse, monte en haut de cet arbre, rejoint cet oiseau et sa trille, vers le bleu du ciel, vers la mer immense, familière aux mouettes et aux rudes marins.
Je te regarde et toi, comme souvent tu regardes ailleurs… Tu es assis à ton bureau…à mon bureau plutôt, et tu écris … mais qu’écris tu ? À qui ? Tes jambes, sagement repliées sous ta chaise, ton grand corps penché et absorbé dans la tache, ton costume sombre des jours ordinaires… tu écris et tu ne me regardes pas… Je te fixe pourtant … mais tu ne vois rien, de mon désir, de mon corps qui t’espère… de ce lit bleu, de ma chair dorée, lumineuse.
Les premiers soleils de mai ne semblaient les réchauffer ni l’un, ni l’autre. Ils tremblaient dedans comme de concert. Le choc émotionnel les avait percuté de plein fouet. La violence des récents événements les avait de nouveau réunis, pourtant, rien ne laissait présumer une quelconque réconciliation.
Ils s’était connus sur les bancs du lycée quand lui, né au pays l’avait vu débarquer dans son village puis, simultanément dans sa classe toute timide, ne sachant que faire de ses complexes qui semblaient l’envahir à tout instant. Lire la suite →
Nonchalante et rêveuse, elle observe, l’esprit ailleurs, sans vraiment voir, sans vraiment regarder les gouttes de pluie d’orage qui tracent des rigoles sur les carreaux poussiéreux de la fenêtre entrouverte. Sa bouche pulpeuse embastille une cigarette. À quoi peut-elle rêver ? Deux livres soigneusement fermés, posés à ses pieds, évasion assurée en cette fin de journée. La belle rêveuse n’en finit pas de compter, sans compter, d’observer sans voir, d’écouter sans entendre les gouttes de pluie qui inlassablement se pourchassent puis s’effacent sur le bord de la fenêtre. Les livres abandonnés sur le bord du lit envoûte son esprit. La belle songeuse, s’échappe de la méridienne, le lieu n’a pas de prise, elle s’évade hors du temps, chaque seconde égrène l’instant, le présent soudain passe et s’efface, hors du temps elle fixe et suit la gouttelette qui frappe le carreau puis glisse doucement et disparaît sur le rebord de la fenêtre.
Lettre de Leila Sebbar à Nancy Huston, à moitié effacée dans sa largeur et reconstituée
Les lieux de brassage, comme les gares, les ports, les aéroports, restent pour moi une utopie et signent le carnage où je peux, comme dans une brume, survivre sans savoir partir ou revenir. Lire la suite →