Un temps certain

Ce matin là, je me lève dès l’aube. Pas de temps à perdre, on dit qu’il est compté. Comment combler ce temps ?

L’aube, enfin c’est plutôt quand je veux. Plus d’obligations de réveil depuis peu de temps. C’est déjà une première merveille. Prendre le temps, perdre son temps… comment savoir !

Je me lève donc, le pied droit en avant, je quitte la maisonnée sans bruit, tous sont encore endormis. Lire la suite

La voix de la femme

Profonde et chaude, chatoyante en modulations, la voix de la femme m’entraîne dès l’instant où je l’entends, dans son monde intérieur, dans le moment de sa vie qu’elle raconte et décrit. Sa voix est posée, elle n’a pas d’âge et s’écoule sans heurts, pourtant ponctuée d’arrêts qui marquent l’intensité des mots. Je sens qu’elle a vécu cette femme, qu’elle a souffert et je devine son regard intense et ses paupières ourlées de longs cils noirs. Lire la suite

Combattante

La voix est chaude, calme. Elle parle, face caméra, essayant de cacher son angoisse, presque détachée sans regard vers l’extérieur. Pourtant, on la sent tendue, tendue vers son histoire.

C’est une belle jeune fille, grande, élancée, à peine sortie de l’adolescence. Elle est éduquée, réfléchie, mature, déjà presque une femme. Lire la suite

Invisible

J’écoute le reportage de radio Bégum autour du témoignage de Hamida. Une voix dans ma cuisine, un souffle qui me touche. Cette femme qui raconte semble marquée par la résignation. Elle est belle, c’est certain. Cachée sous un voile, je la devine assise, les jambes couvertes d’un pantalon noir caché sous une robe large et longue de même couleur. Lire la suite

Je touche, je tâte…

Je touche, je tâte… la forme générale ? Plutôt rectangulaire. Un objet froid que je retourne. Ah, un creux , rugueux par endroits. Mon doigt accroche, sensation désagréable comme la râpe à gruyère. Je sens presque la douleur de la peau arrachée et le sang qui perle. Souvenir récent d’un épluchage. Au fond de cette cavité la surface est toujours râpeuse et je m’en extirpe avec soulagement. Rien d’autre apparemment  à voir, enfin à sentir. Lire la suite

La photo

J’entre dans la chambre et époussette rapidement les meubles. C’est vite fait, elle n’est pas encombrée et je ne suis pas regardante sur le ménage. Je ne m’attarde pas. Pourtant, ce matin-là, en arrivant à la petite table basse et la petite chaise d’enfant le chiffon hésite, marque une pause, puis lisse doucement le bois verni. Une bouffée de nostalgie m’étreint soudain. Je renouvelle mon geste comme si je voulais faire apparaître sur le pin clair, pareil à un miroir profond, la trace d’une empreinte, d’une image qui se serait imprimée ici et qu’il suffirait de révéler avec un chiffon qui en chaufferait la surface à la façon d’un révélateur photographique. Je sais pourtant ce qui émanerait de cette image en négatif. Lire la suite

Le carnet

Il était en cuir rouge avec la tranche dorée et fermé par un élastique rouge, aussi – format A6 10,5 par 14,8 cm – petit et pourtant riche. Toujours sur moi, il était le témoin de mes découvertes, de mes apprentissages, de mes savoirs. Je l’avais divisé en trois parties égales, la première pour les numéros de téléphone des personnes que j’aimais, le milieu pour noter les dates importantes pour moi, naissances, décès, réussites, voyages etc… et la dernière et là,  je le prenais à l’envers, les livres lus et les films vus adorés. Il devait rester inviolable comme une partie de mon corps et en tout état de cause le rempart à mes pertes de mémoire. Lire la suite