À l’aube naissante

Brume effilochée

Dénude la montagne

Contemple le pin

Sortie de la forêt, assise au pied de l’arbre, dos appuyé au tronc j’observe au loin la brume légère qui cache la montagne. Un voile translucide descend du ciel pour se perdre sur le flanc escarpé de la cime bleutée. Un courant d’air frais me caresse le visage. Les branches basses du pin frissonnent, émettant un chuintement craintif et sourd. La tête du pin se courbe légèrement puis se tend vers la montagne dont on aperçoit le sommet. Le voile se déchire, s’érafle, s’accroche à ses pieds couvrant de ses plis froissés le fond de la vallée. Le pin lui, s’étire, s’allonge et grandit. Dans une course folle il s’efforce d’atteindre le sommet du mont qui se fige là-haut entre ciel et terre, la tête dans les étoiles, les pieds dans la glaise.

Le pin n’en finit plus de croître. La montagne ne bouge pas. Splendeur enveloppée dans un voile de brume, elle observe la cime du pin qui lui chatouille les pieds. Elle le sait ; il n’y arrivera pas. L’arbre s’épuise. Avant la fin du jour il renoncera à gravir le flanc du mont sacré, histoire de babiller sous la nuée céleste, suspendu dans l’espace flottant, sans racines au milieu des étoiles au-dessus de la pointe du mont sommeillant.

Le rêve alors s’estompe dans la nébuleuse confuse de l’aube naissante.

M.Odile Jouveaux

Le vol

Parois abruptes

Sapins surplomb et vide

Vapeurs éthérées

Perchée au sommet de la paroi abrupte, je devine, à travers les lambeaux de brume diaphanes, les contours du torrent furieux qui dévale de la haute montagne. Le grondement sourd des masses d’eau qui s’écrasent sur les rochers en contrebas retentit dans la gorge étroite. J’imagine le galop d’un troupeau de chevaux blancs, je les vois crinières au vent, écumant de fatigue, ivres de la cavalcade effrénée qu’ils mènent depuis les sommets. Je suis fatiguée

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Le rêve

S’échappe la roche

Effluves happés par le vent

Danse le brouillard

Ils s’échappent de la terre, doucement. Pics de marbre et d’ardoises. Les silhouettes presque humaines sont accrochées aux roches sombres et délavées. Les pics en forme de phallus sont attirés par les cieux, happés par le vent, fumées denses et dansantes. Fumet blanc de beauté et d’espoir. Estampe de brouillard cotonneux. Seuls… le monde n’existe plus. Le vide est partout. Seuls… restent leurs vagues contours, peintures dégoulinantes de pleurs.

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