Des sons jalonnent mon histoire, des bruits, émanations de vie, séquences furtives surgies d’un espace de cerveau oublié, tapies dans un coin obscur de ses circonvolutions, à l’affût d’un rappel qui soudain me secoue sans prévenir. Il suffit que j’entende les premières notes du carillon de Westminster pour me retrouver gamine, plantée devant l’horloge murale de ma grand-mère, à suivre avec fascination l’oscillation régulière du balancier, à écouter le tic tac, tic-tac qui égraine les secondes.
Mémoire sonore
Mercredi matin, vers huit ans… sept ans… ou neuf ans.
- Clap ! claps ! Le clap clap feutré des chaussons qui montent l’escalier, léger bruit toutefois, souple et rapide.
- Ziiiip ! Un zip, deux zips, la tridule des anneaux qui glissent sur leurs tringles, ma mère tire les doubles rideaux.
- Woulf! les draps qui bruissent, cotonneux comme bruirait un petit lapin de dessous sa maman. Dernier emmitouflage, ultimes secondes d’un confort douillet.
Les sons de mon histoire
Nous passions souvent les vacances d’été à la ferme de mes grands-parents. Les sons de ce lieu me reviennent à l’oreille : le caquètement des poules quand elles venaient de pondre, toutes fières de l’annoncer à la ronde ; le chant du coq le matin ; le meuglement des vaches à l’étable ou dans les champs quand on leur apportait l’eau et le foin ; le bruit métallique du premier jet de lait dans le seau ;
Juste une tranche…
Il l’a pourtant fait ; écrire une tranche de vie.
Il aurait pu nous parler longuement des délices de la Savoie en été, et de ses sentiers escarpés. Du Verdon et son canyon majestueux, de l’Alsace et des Vosges aux couleurs éclatantes, de la forêt Noire en contrescarpe, du Mont Dore et du Mont Chauve au crâne pelé, il aurait pu…
Sur les traces de Klee

Max est allongé sur le ventre, visage tourné vers la mer. Il sort de sa léthargie. Il ne se souvient de rien, ni où il est ni pourquoi, ni comment il est arrivé là, juste devant ce chemin rectiligne qui fuit vers l’horizon. Il est seul. Pas de bruit sinon le ronflement des vagues qui se brisent sur les galets.Le soleil est au zénith. Il fait très chaud. De part et d’autres de cette voie tirée au cordeau, d’autres chemins se côtoient mais jamais ne se croisent dans une succession de divisions du sol en carrés, rectangles longilignes et fins, étroits,plus larges, tous teintés de couleurs bleutés, roses, orangés, vertes disparaissant à l’horizon dans une harmonie de bleus , espace infini, grandeur éternelle.
Singulière rencontre
Je vivais seule au bord du lac à un mille de tout voisinage, dans une cabane que j’avais bâtie avec la ferme intention de survivre grâce à ce qui m’entourait, coupée du monde… enfin… presque.
Jouer les Robinson n’était pas ma tasse de thé mais j’éprouvais alors le besoin de silence, de paix, d’étendues, d’espace. Être seule ne m’effrayait pas. Me rapprocher de la nature dans ce qu’elle a de brut et de sauvage était plus hasardeux.
Texte d’un endroit où j’ai passé deux ans
Quand j’écrivis les pages suivantes ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seule au pied d’une montagne à mille de tout voisinage, en une maison que j’avais bâtie moi-même, au bord de la rivière d’ASHIM en Norvège, et ne devais ma vie qu’au travail de mes mains.
J’habitais là deux ans et devint connue sous le nom de l’Hermite Blanche la recluse.
Avant …
Elle cherche l’horizon mais tout est obstrué par des murs de béton.
Le bruit des vagues lui revient en premier mais ce n’est qu’un bruit : où est la mer ? Qu’ont ils fait de l’horizon ?
Elle avait gardé tellement de souvenirs. L’air saturé d’iode lui chatouille les narines.
Elle ferme les yeux et entrevoit les images d’avant : un scooter cahotant sur les sentiers caillouteux, un pneu crevé sur une route, les paysans accourant avec des chaises pour que les filles puissent s’asseoir, de l’eau et du raisin.
Underground
Ils sont là, avec leurs yeux hagards et fatigués ; hommes noirs sur les quais noirs.
Underground…
Où est la couleur bordel !
Je les vois qui entament la danse des guerriers ; guerriers d’un monde impitoyable, zombies dansant d’un pied sur l’autre, la tête penchée sur les portables.
Fuck ! Bande de minables !
La lumière des portables troue l’obscurité du tunnel.
Au bord de la Gagnières
Quand j’écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seule, dans une clairière pleine de lumière, à un mille de tout voisinage, en une maison que j’avais bâtie moi-même en pays ardéchois, au bord de la Gagnières, rivière torrentueuse qui tire son nom des pépites d’or qu’elle abrite et ne devais ma vie qu’au travail de mes mains.
J’habitais là deux ans et deux mois; à présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé.
Ce n’est pas la Gagnières qui me procurait de quoi vivre. En effet les pépites d’or n’ont d’intérêt que pour celui qui aime l’argent ou qui souhaite en gagner ; or l’argent ne m’intéressait guère.