Tapisserie du château d’Angers

… Mais avant de rejoindre le Nirvana, la vision ultime, notre divination, il nous fallait encore vaincre nos vieux démons, et nous primes nos dagues et nos lances pour combattre nos dernières résistances à vouloir rester encore un peu dans le vieux monde, enfermer dans notre petitesse, bloquer dans nos geôles respectives.

Et la bête était déchaînée, crachant de ses sept têtes, chacune leur suprématie spirituelle ou matérielle.

Et l’une, devenue langue de feu vantait les mérites de Dieu, mais, il y avait tant de dieux !

Et l’autre sournoise, pointait l’orgueil et la vanité comme complaisance individuelle, mais, pour mener à quoi !

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Apocalypse

Ô joie ! C’est la fin du monde. Faisons du passé table rase et accueillons la révélation.

Laissons-nous aller à l’ivresse, à la griserie et à la volupté enfin accessibles.

Des temps nouveaux arrivent, qui ne seront que ravissement et réjouissances. Hier c’était guerre, famines, solitude et chagrins, tous excès d’un monde exclave de la technologie.

Désormais, nous pouvons sans honte nous débarrasser des oripeaux défraîchis de la culpabilité.

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Vision

Je fonds dans l’alacrité et l’enjouement, aujourd’hui commence l’apocalypse.

L’ivresse de la vision du nouveau monde, me transporte dans une jubilation sans pareil.

Il est enfin là, le jour de l’épanouissement est venu et je prends avec délectation et griserie, l’idée de mon transfert vers le nirvana.

Finis le temps d’anxiété sans consolation, fini ce chemin de croix sans béatitude.

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Alléluia !, psalmodiaient avec béatitude prêtres, chamans, imams, bonzes ou rabbins, tous les  représentants des croyances divines de par le monde.

À la naissance d’un monde nouveau ! célébraient dans l’ivresse rois, présidents, empereurs, dictateurs, tous les représentants du pouvoir de par le monde.

À l’avènement de l’apocalypse !, scandaient les foules exaltées dans les rues des villes de par le monde.

À une destinée nouvelle ! chantait avec bonheur le reste de l’humanité, dans les maisons ou dans les champs de par le monde.

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Le présent du présent, l’attention

Robert COMBAS (1957)

Joueur de pipo poète et non brut

Acrylique sur toile
Signé et daté 90 en bas à droite
Titre complet : « Marcelin de la lune se fait une petite mélodie jolie adossé à un buisson dans la campagne au milieu de fleurs et de l’herbe verte. Dans son imagination, il voit défiler des êtres rigolos et gentils qui se mélangent et s’assemblent comme des puzzles en jouet de bébé. Un corps de belle femme s’avance, elle a une tête de lune et lui il a la « boule à zéro »

En ombre noire, un joueur de flûte presqu’ au centre, mal assis sur un gazon fleuri de jaune.

En train de s’asseoir ou en train de se lever ?

Nul ne saurait dire, nul n’était là pour voir… à sa suite l’arche de Noé peuplé de bêtes et d’êtres aux cris inintelligibles. Des membres s’entremêlent, ce côtoient, se touchent, remplissent la toile jusqu’à la saturer. Pas d’espace vide, aucun silence et partout des yeux aussi sots que grenus. Tout un peuple dans une jungle folle qui s’ébroue et cherche à se faufiler entre les branches rouges d’un arbre tentaculaire. Un crocodile bleu a avalé un alligator piquant.

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Le présent du présent, l’attention

Robert COMBAS (1957)

Joueur de pipo poète et non brut

Acrylique sur toile
Signé et daté 90 en bas à droite
Titre complet : « Marcelin de la lune se fait une petite mélodie jolie adossé à un buisson dans la campagne au milieu de fleurs et de l’herbe verte. Dans son imagination, il voit défiler des êtres rigolos et gentils qui se mélangent et s’assemblent comme des puzzles en jouet de bébé. Un corps de belle femme s’avance, elle a une tête de lune et lui il a la « boulle à zéro » ».

Ô toi qui joues de ta flûte et portes cravate et anneau à l’oreille, toi l’homme noir, c’est de ta mélodie que naissent les images enchevêtrées et colorées qui t’entourent. Toi qui es bien installé, tu as arbrisseaux et herbe verte, feuilles mordorées et tronc d’arbre rouge pour dossier. Et tu joues, tu tapes la mesure de tes grands pieds nus. Les souvenirs s’échappent et occupent l’espace, ils s’imbriquent, cernés de noir sans se mélanger. Et à chaque battement de la mesure surgit une nouvelle silhouette, instant présent d’un passé ressuscité par les notes égrainées en chapelets virevoltant.

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Instants en suspens

Un temps d’attente comme un ralenti

Attendre, j’attendais dans les coulisses, le cœur battant la chamade et tremblante, me demandant si les mots allaient me revenir, si je serai assez légère lorsqu’il me recevrait dans ses bras et me porterait. Nous étions invités dans ce théâtre des Amandiers à Nanterre à jouer des personnages orageux dans la Mouette de Tchekhov.

Ma mémoire se brouillait et je n’arrivais pas à entendre ce qui se disait sur scène. Pas de souffleur en vue, il y avait longtemps que les trous de souffleur avait disparu. Un méchant courant d’air s’infiltrait dans mes os comme un air glacé qui aurait voulu me gifler.

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L’attente

Un voyage inespéré

Enfin nous étions arrivés à Phnom Penh au Cambodge, un voyage prévu de longue date et remis à plus tard, bien plus tard, on ne savait quand, impossible de savoir quand ce satané fichu virus se calmerait et laisserait le monde entier reprendre son souffle et respirer. Un voyage attendu depuis deux longues années passées à espérer, à guetter, à se faire bousculer, bringuebaler entre les fermetures de frontières d’un pays ou de l’autre au gré des contaminations. L’attente du moment où je pourrais enfin serrer dans mes bras ma fille installée là-bas me parut interminable. Aucun moyen de télécommunication aussi sophistiqué soit-il ne saurait remplacer la présence et le contact des êtres qui nous sont chers.

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Texte de Clarysse

Tel est pris qui croyait prendre.

 

Mon grand-père avait choisi cet almanach pour la photo, pas pour la célèbre phrase de la fable de La Fontaine intitulée le rat et l’huitre  : « tel est pris qui croyait prendre ».

La photo, c’est un pêcheur, cigarette au bec, en train de sortir un poisson de l’eau avec une épuisette.

Moi je détestais cette scène du pauvre brochet (en était-ce un d’ailleurs ?) cherchant désespérément à respirer.

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