Ma vie dans un squat (et sa fin)

Dans cet endroit hors du temps, je me réveillai avec le cœur qui cognait très fort. Dans ma tête les résidus d’un cauchemar qui me laissait transpirant et tremblant ; je mis un certain temps à me demander si j’avais rêvé ou bien si c’était réellement arrivé.

L’idée de me faire virer du seul endroit qui me permettait d’être un peu à l’abri me donnait sans cesse des sueurs froides.

Parce-que vivre dans l’illégalité, sans droit ni titre, était un quotidien fatigant et stressant, j’avais la sensation constante d’avoir un couperet au-dessus de ma tête.

Je n’arrivais à me calmer que lorsque je créais.

Au premier étage de cet immeuble Berlinois occupé illégalement peu après la chute du mur, vivait un groupe d’artistes dont je faisais partie. Les murs extérieurs étaient recouverts de graffitis, œuvres d’art colorées, évocatrices d’un passé que nous voulions oublier. Ici j’avais trouvé des amis, en tout cas des compagnons de vie comme moi un peu perdus, mais surtout révoltés contre une société dont nous ne comprenions plus le sens. Lire la suite

Délivrances

L’arrivée du train de Brive se fit dans un bruit inquiétant présumant de l’état des wagons et de la vétusté des voies. La gare n’accueillait qu’un groupe de cinq personnes, serrées les unes contre les autres, visages fermés dans l’attente. Un homme âgé jouait avec les clés de sa voiture (une BMW), un couple se serrait tendrement, deux jeunes enfants l’entouraient les visages noircis par des coulées de larmes poussiéreuses.

Une jeune femme élégante descendit le marchepied, poussa un cri strident d’enfant excité, salua à grands renforts de gestes et s’approcha du groupe. Personne ne bougea et rapidement son humeur joyeuse stoppa au regard des attitudes fermées de tous. Ils n’avaient pas changé. Lire la suite

Le fuyard

Au milieu de la basse cour, le coq salue les premières lueurs du jour. Un jour comme les autres ? Pas tout à fait. Le chant du coq est suivi de l’aboiement des chiens nerveux, excités.

Dans sa chambre, l’homme alerté par leur chahut inhabituel se lève rapidement, ouvre la fenêtre et à travers les persiennes observe la place du village.

Rien ne bouge et pourtant il lui semble que le glouglou de la fontaine soit plus précipité que d’habitude. Le regard fixe, l’homme observe le chat noir des voisins qui contourne la fontaine, il presse le pas pense-t-il, non, vraiment il se passe quelque chose. Lire la suite

Chemin du garde forestier

Tout en cherchant à réveiller un souvenir éphémère, qui semblait à ce jour enfoui au plus profond de lui-même, Olivier se surprit en tenant ce raisonnement : trouver du bois de chauffage, en faire la coupe personnellement, est une opération rentable, qui plus-est, voilà une saine occupation, je vais demander à mon ostéo, si cette activité est compatible avec mes problèmes lombaires.

A dire vrai, Olivier n’aurait jamais entamé ce processus si, un autre élément de l’annonce n’avait retenu son attention. En réalité, la maison des Essarts représentait un lien probable avec un passé inconnu de lui, mais qui pourtant, l’incita sans plus de réflexion à acquérir le lot. Acheter une tronçonneuse, est à la portée de tout le monde, mais fouiller l’insondable, n’est pas à la portée de tous. Lire la suite

Terrain vague

Espace libre et dégagé

Vide et délaissé

Oublié d’une occupation humaine

Ou dévasté puis livré à lui-même,

Le terrain vague et cabossé

Fera rêver des bâtisseurs habités

De l’envie d’ériger là

Des murs, des tours, un habitat,

Des rues, des parkings, des quartiers entiers.

Et les gamins prisonniers

De ces villes de cloisons

De béton quadrillées en prisons

S’en iront aux franges de l’urbain

Chercher une friche, un terrain,

Un bout de terre abandonnée

Où leurs cris et leurs jeux

Ne dérangeront pas les acrimonieux.

Le terrain vague et ses broussailles,

Ses trous, ses gravats, sa ferraille

Abritera le temps d’un nouveau plan

Les rires et les pleurs des enfants,

Et au crépuscule des cieux

Les rendez-vous des amoureux.

Mais quand arriveront grues et pelleteuses,

C’en sera fini de leurs mines radieuses.

Annie Brottier

Littérature potentielle sur le thème des Franges Urbaines

Titres de livres à venir ( ou non) avec le nom de leurs auteur.es

nouvelles

Le château d’eau de ma mère (RMQ); Gens du voyage, la transgression (D. D’Oliveira) ; Zone désaffectée (Annie Brottier) ; Dépotoir public (Clarysse) ;  Les clos-masures ont disparu (M. Odile Jouveaux) ;

– romans

La part du ghetto (RMQ) ; La maison du garde-forestier (D. D’Oliveira) ; La révolte des terrains vagues (Annie Brottier) ; L’ombre du château d’eau (Clarysse) ; Le mitage des campagnes (M. Odile Jouveaux) ;

– polars

Disparition à l’aéroport (RMQ) ; Folie meurtrière sur l’échangeur (D. D’Oliveira) ; Le château d’eau a disparu dans la nuit (Annie Brottier) ; Le cadavre de l’aéroport (Clarysse) ; Le train siffle trois fois (M. Odile Jouveaux) ;

– essais

Les gens du voyage : présence et accueil depuis le 19e siècle (RMQ) ; Trafics en tous genres sur la friche nord (D. D’Oliveira) ; Comment concilier rave-parties et friches commerciales (Annie Brottier) ; les décharges humaines (Clarysse) ; De la nécessité de créer des bassines aux abords de terrains de camping (M. Odile Jouveaux) ;

– recueils de poèmes

Poésie des espaces oubliés (RMQ) ; Anthologie lexicale des jardins ouvriers (D. D’Oliveira) ; Ô zones mutantes, plages de rêveries (Annie Brottier) ; Divagations sur terrain vague (Clarysse) ; J’ai même rencontré des tziganes heureux (M. Odile Jouveaux) ;

– littérature érotique

La blonde des échangeurs (RMQ) ; Licence au rond-point G (D. D’Oliveira) ; Les impensés d’un jardin d’accueil (Annie Brottier) ; Le jardin des sens (Clarysse) ; La belle endormie (M. Odile Jouveaux) ;

– romans épistolaires

Le cercle littéraire des amateurs de friches industrielles (RMQ) ; Du menuet à la rêve-partie (D. D’Oliveira) ; Échanges autour d’un rond-point sans fin (Annie Brottier) ; Correspondances d’un échangeur (Clarysse) ; Au cœur de la ville, naissance d’un bidonville (M. Odile Jouveaux) ;

– biographies

Ernest, graffeur d’usine désaffectée (RMQ) ; Les gens du voyage, Django Reinhardt (D. D’Oliveira) ; La vie d’un passionné de l’aménagement glissant (Annie Brottier) ; Le parcours d’un homme du voyage (Clarysse) ; Petite histoire de l’aménagement du territoire, utopie des années 60 (M. Odile Jouveaux) ;

– autobiographies

Ma vie, mon œuvre aux franges de l’urbain (RMQ) ; Entre friches et sentiers, mon dilemme (D. D’Oliveira) ; Le jour où j’ai atterri dans une déchetterie (Annie Brottier) ; Ma vie dans un squat (Clarysse) ; C’est une maison bleue en haut de la colline (M. Odile Jouveaux) ;

– contes

La princesse des bidonvilles (RMQ) ; Contes éphémères du Château de la Marquise (D. D’Oliveira) ; Jadis vivait au fond d’une friche … (Annie Brottier)  ; La belle et le bidonville (Clarysse) ; À tire d’aile : vol au-dessus de la décharge (M. Odile Jouveaux) ;