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Deuxième semaine de février. Comme tous les ans, c’est l’euphorie qui précède le carnaval. La télé, les réseaux sociaux, les écrans géants, les placards d’affiches vomissent leurs spots publicitaires en vue de la grande fête qui va faire tourner la tête à toute une population, petits et grands. Comme à chaque fois, la ville abritera une débauche de lumière, de bruit et verra défiler une foule délirante, assoiffée de sensations. C’est à qui aura déniché le costume le plus extra-ordinaire, à qui portera le masque le plus original, à qui se fera remarquer le plus. L’ambiance festive des débuts a fait place à une recherche d’assouvissement personnel de plus en plus intense où l’on ne recherche plus tant l’amusement partagé dans la simplicité que la mise en avant d’un égocentrisme exacerbé. Si adolescent j’avais participé aux premiers carnavals, j’ai depuis pris l’habitude de rester bien tranquillement chez moi en supportant le tintamarre et les détritus qui jonchent les rues aux lendemains de la fête. Lire la suite

Romance or no romance ?

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Nuit de la Saint Valentin. Les candélabres de la place s’allument, les pavés luisent. Il a plu.

La lune est à son zénith, pleine ronde, elle illumine la fontaine majestueuse sur laquelle trône une statue. Sous le halo de la lune,  Éros ou Cupidon, ce serait plutôt un romain ici. Il est prêt à décocher ses flèches,

La rue est déserte. Elle file droit vers le fleuve qui s’étire là bas en contrebas. De part et d’autres, les maisons semblent toutes presque semblables, même hauteur, même style, seules les couleurs des façades différent un peu. Elles aussi semblent désertées, volets fermés. Aucune vie ne s’échappe de ce paysage urbain. 

Presque glauque le décor. Tout est figé, tout semble attendre.

Soudain, on entend le cliquetis des talons de la fille, Lire la suite

Ah, Dieu, que la guerre est jolie…

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Image générée à priori, par une Intelligence Artificielle sous influence

 

Ils sont là, engoncés dans leur lourde vareuse au milieu de la rue jonchée de gravats, le regard figé sur l’horizon blafard noyé dans le brouillard et la poussière. Sous un ciel plombé, les immeubles aux façades défigurées se maintiennent debout appuyés l’un à l’autre. Les deux soldats abasourdis découvrent l’ampleur du désastre. Ils ne peuvent reculer, il leur faut avancer jusqu’au bout de la rue, sentinelles effarées sorties d’un cauchemar effroyable. L’ennemi a fui, reste le silence assourdissant des âmes blessées. La mort s’est invitée, elle ricane sur les ruines. Il leur faut avancer, déblayer le terrain, déjouer les pièges semés par l’occupant, reprendre pas à pas ce qui leur appartient du moins ce qui l’en reste : un morceau de terrain mêlé du sang du vaincu à celui du vainqueur. Lire la suite

De l’autre côté du miroir

The Mirror - une performance d'Alexandre Desplat -  (cliquer sur The Mirror pour voir la vidéo sur Youtube)

en moi plusieurs mois  en émois

s’entrechoquent se touchent et se broient

mon corps vibre se tord et retors m’entraîne

m’enlace  et me mord

en moi deux êtres s’affrontent se ressemblent  

moitié de moitié formant deux moitiés

tu me regardes je te regarde

je regarde ton espace effaré

phare, far comme lointain

comme miroir sans tain

comme double incertain

tu me touches la main  je te touche la main

c’est ma main  la tienne

c’est ta main  la mienne

ne formons-nous qu’un ?

entre nous ce miroir sans tain

entre nous un espace incertain

et la musique gronde

et la musique inonde

comme une vague triste

une nostalgie blessure

c’est mon enfance qui appelle

c’est mon enfance qui geint

mon enfance qui se plaint

qui frappe à ma porte

qui me touche et m’emporte

mon enfance a pris corps

elle fait corps avec moi

et parfois elle me broie

mon enfance est une danse

une bagarre  un combat

je ne la lâche pas

je l’enlace  je l’entends

elle ne me lâche pas

m’empêche d’avancer

m’empêche de penser

des voltes  des survoltes

des contre-ut et des contre-tu

tu me tues  je te tue

nous ne faisons plus qu’un

des sautés  des piqués  des sauts de deux

de la vitesse

parfois de la tendresse

un mélange ambigu dont on ne sait sur la scène lequel

lâchera l’autre

corps à corps  cœur à cœur

lancés  pas de deux

pas de deux entrechats

ballets et arabesques

araignée Louise Bourgeois

toile tissée par l’invisible Ariane

chorégraphie graphique

ensemble graphité

entrechats   jetés   mal portés    mal aimés

enchevêtrés de larmes   enchevêtrés sans arme

butés

ni l’enfant  ni l’adulte ne lâche   ce combat empêtré

et puis il faut que ça arrive

dire adieu au passé

en quelques enjambées   se prendre   se déprendre

essayer d’oublier

je t’aime et je te tue    je veux ma liberté

j’aime ma liberté

enfance délinquante   enfance déchirée   ôte-toi de ma vue

laisse-moi respirer

 

tu m’étouffes tu es beau

beau comme le ciel

comme un ciel orageux comme une nuit d’été

ta jeunesse m’étreint

ta jeunesse me blesse

mon miroir me leurre 

mon miroir m’éteint

et je rêve et je songe et j’oublie l’heure et le temps

dans passé je me plonge

je tourne

je tourne jusqu’à l’évanouissement

mon corps

pulse pulse pulsations

pulse pulse contorsions

mes pulsions me font mal

le passé me rattrape et frappe la musique

la musique du temps frappe

la musique de l’automne

aux couleurs impalpables  

aux mots indéchiffrables

tous les non-dits   les interstices    les failles

les entre-deux   les entrechats bavards

en disent plus long encore

qu’un silence trop long

qu’une mémoire pleine

qu’un trop plein de poésie

c’est le passé qui vibre

une voix trop aiguë    un espace ambigu

je reste seule quand mon enfance me lâche

quand de l’autre côté du miroir  repart

et me laisse abattue

je veux encore te voir dans mon miroir

te prendre  ne jamais t’oublier

 

mais la réalité est là qui s’invite au réveil

qui s’écrit faiblement

le reflet s’est éteint

 

tu n’existes qu’à peine

 l’autre toi-même est mort

 

dans le miroir sans tain

PASC

The Mirror - Performance d'Alexandre Desplat

 Dans l’univers étoilé, un homme face à son passé d’enfant. Se reconnaître dans ses gestes d’enfant. Interrogation d’enfant. Qui est danse, qui est enfant, qui est reflet,

Violence du geste, on s’attrape, on se laisse, on se jette. La vie. Dominé dominant. Jeu . Frontières du réel dans l’univers infini. 

Jeu, jeté,vaincu rejeté, Pas un jeu. Rapprochement , toucher, vertige du miroir , image inversée. Autre temps , ailleurs, autrement, passé.

Quoi d’autre, l’homme devient homme, enfant disparu. Cadre, cadré, limité , échappé du cadre, refusé le cadre – pourtant toujours rappelé même loin, même inaccessible conscience du même. Lointains. Les lointains ont-ils

une frontière?

Un monde sans ailleurs, sans autre, sans enfance. Mort. Un monde de l’autre interrogé sans cesse. questionné, questionnant. Sans repos, dans la scintillement des étoiles. Homme jamais délivré de son enfance, toujours

 infinie.

Sylvie

Mon père, ce héros…

The Mirror - Performance d'Alexandre Desplat - (cliquer sur The Mirror pour voir la vidéo sur Youtube)

Mon père, ce héros.

Enfance baignée par sa présence.

Mi adulte, mi enfant, un peu moi, beaucoup lui et cette douceur permanente. Le jeu nous liait, création et réalisation. J’apprenais de lui, il prenait de moi. Univers de l’échange, du don. Dédoublement, deux pour une vie.

Égalité.

Amour dupliqué, aucune barrière de l’âge.

Reflet de ce qu’il est pour un, de ce qu’il sera pour l’autre.

Reproduire le modèle, suivre l’envolée avec grâce

Et la rupture : s’affranchir, grandir et prendre la place.

RMQ

Miroir

The Mirror - Performance d'Alexandre Desplat - (cliquer sur The Mirror pour voir la vidéo sur Youtube)

Nuit étoilée, miroir reflet, miroir de l’image, mirage du double inversé. Écho d’un monde oublié, devant, derrière, un autre monde ? Qui es-tu toi de l’autre côté ? Reflet miroir, miroir reflet, reflet du passé, je te connais, toi garçonnet aux yeux plongés dans les miens. Tu es mien, je suis tien. J’ai grandi en toi et toi et moi. As-tu peur de te savoir moi ? Ai-je peur de voir en toi ce que je n’ai plus ? Je me rapproche et toi aussi. Je saute et me déhanche et tu me suis. Corps ployé, tête penchée, à droite, à gauche, tu es mon double aux bras tendus, aux mains plaquées sur le fil qui nous sépare. On tourne autour l’un de l’autre, miroir magique au tain fané, miroir sans vitre. Je t’attrape et te happe, toi l’enfant que j’ai été. Virevoltons, mains enlacées, dansons notre amour retrouvé, je t’avais délaissé. Je suis toi, tu es moi, nous sommes l’un d’un même destin. Nos souffles se mêlent, nos corps s’entremêlent, joie intense d’une danse enivrée d’un amour partagé. D’un saut tu t’éloignes et je te retiens du bout des doigts, d’un doigt d’une main. Léger, léger et aérien, je suis ton arbre et te maintiens, tu es la liane qui me retient, puis se déroule et tu m’échappes de l’autre côté du reflet vide d’où tu venais. Tu me regardes, me scrutes et me rejettes dans la nuit étoilée, miroir brouillé, mémoire du temps, du temps passé.

Annie Brottier

Des bords, débords…

Des extraits de Les lisières d'Olivier Adam, les bords de ces extraits... d'autres textes...

Et il m’a serrée, n’a pas bu le vin que j’avais commandé. J’étais lovée, déjantée, visiblement ridicule, lèvres accessibles, ses doigts contrôlant quelques promesses. Nourrir la caresse pour faciliter la première avance.

RMQ

Depuis sa droite, il voyait son frère qu’il avait vu deux jours plus tôt sur le parvis. Nous avions ramené un coffre de vêtements. Derrière, son voisin autiste avait doucement quitté ses habits de la rue.

J’ai du, face à la meute absurde, livrer plus de tulipes avant de me rasseoir.

Sylvie

Un soir, je trouvais la mer retirée, comme une apparition qui toujours m’attirait. Seule, face aux limites du vide, vaincue, perdue dans les chemins remplis d’ombres de l’horizon, j’attendais la place intemporelle et vague d’où surgirait le sens. Un visage découpé sur le sable, d’un ancien ou d’un sage, j’aurais juré qu’il était là pour moi, qu’il m’attendait, présage d’un roman.

Annie Brottier

Débords, des bords de texte

Sarah, Manon et moi trépignions devant le paquet aperçu. Tout au long de la journée, forcément nous regardions ce paquet sur l’étal. Notre esprit, bien sûr, pendant ce temps, espérait.

C’est alors que j’empoignais le paquet de toutes mes forces. Je m’imposais, battais Sarah qui avait ri, puis j’ai traîné Manon qui me précédait.

Hein ! C’est que ce paquet ressemblait à un chien, et même il s’agissait d’un chien. Contre leur gré, je l’embrassais. Il existait.

Nicole

Depuis toujours, elle était vouée à être professeur de littérature. Ses enseignants n’avaient cessé de la presser dans cette direction, en raison de son intelligence et de la compréhension vraiment merveilleuse de ses lectures.

Mais ils blâmaient la légèreté de son esprit, car Manon mettait ses talents au service de petits morceaux de texte futiles.  Des conneries !  lui reprochaient-ils, qui n’étaient pas à la hauteur de ce qu’elle pouvait révéler si elle se donnait à fond. Pour elle, cela pesait comme une chaîne trop lourde.

Dominique Benoist

Le soir, j’avais comme toujours l’horizon de la mer et le vide vaguement rempli d’ombres et de presque apparitions.

Quelques places ou choses – le canapé – m’attendaient et gueulaient … comme si, les enfants retirés, nous avions toujours pensé à retrouver son passage.

J’ai attrapé un ancien roman. Lui pouvait me faire sortir, me faire franchir, résoudre les pensées.

Sylvaine Dockery