Je te regarde et toi, comme souvent tu regardes ailleurs… Tu es assis à ton bureau…à mon bureau plutôt, et tu écris … mais qu’écris tu ? À qui ? Tes jambes, sagement repliées sous ta chaise, ton grand corps penché et absorbé dans la tache, ton costume sombre des jours ordinaires… tu écris et tu ne me regardes pas… Je te fixe pourtant … mais tu ne vois rien, de mon désir, de mon corps qui t’espère… de ce lit bleu, de ma chair dorée, lumineuse.
Les premiers soleils de mai ne semblaient les réchauffer ni l’un, ni l’autre. Ils tremblaient dedans comme de concert. Le choc émotionnel les avait percuté de plein fouet. La violence des récents événements les avait de nouveau réunis, pourtant, rien ne laissait présumer une quelconque réconciliation.
Ils s’était connus sur les bancs du lycée quand lui, né au pays l’avait vu débarquer dans son village puis, simultanément dans sa classe toute timide, ne sachant que faire de ses complexes qui semblaient l’envahir à tout instant. Lire la suite →
Nonchalante et rêveuse, elle observe, l’esprit ailleurs, sans vraiment voir, sans vraiment regarder les gouttes de pluie d’orage qui tracent des rigoles sur les carreaux poussiéreux de la fenêtre entrouverte. Sa bouche pulpeuse embastille une cigarette. À quoi peut-elle rêver ? Deux livres soigneusement fermés, posés à ses pieds, évasion assurée en cette fin de journée. La belle rêveuse n’en finit pas de compter, sans compter, d’observer sans voir, d’écouter sans entendre les gouttes de pluie qui inlassablement se pourchassent puis s’effacent sur le bord de la fenêtre. Les livres abandonnés sur le bord du lit envoûte son esprit. La belle songeuse, s’échappe de la méridienne, le lieu n’a pas de prise, elle s’évade hors du temps, chaque seconde égrène l’instant, le présent soudain passe et s’efface, hors du temps elle fixe et suit la gouttelette qui frappe le carreau puis glisse doucement et disparaît sur le rebord de la fenêtre.
Lettre de Leila Sebbar à Nancy Huston, à moitié effacée dans sa largeur et reconstituée
Les lieux de brassage, comme les gares, les ports, les aéroports, restent pour moi une utopie et signent le carnage où je peux, comme dans une brume, survivre sans savoir partir ou revenir. Lire la suite →
seules les parties réécrites en clair ont pu être restituées par le procédé de la transparence, le reste de cette lettre ayant été définitivement effacé.
Les cafés de village sont des refuges. Chacun le sait par ouï-dire, par la littérature ou par sa propre expérience. Ainsi, au fil des temps, chacun y a fait sa propre expérimentation, ses premiers pas ou de sempiternels allers-retours.
Pour le café du petit bourg qui nous importe, c’est au petit matin, un petit 7 heures, alors que le cafetier qui ne semblait jamais avoir dormi, ses traits de fatigue totalement absents, décrochait un à un, les grands volets de bois peints en vert et écaillés par les intempéries. Le Client du p’tit-noir-mirabelle apparaissait comme par enchantement, avant même, que le cafetier n’ait ouvert sa porte. Lire la suite →