Pourquoi larguer les amarres, et comment ?

Elle est montée dans le train. Petit sourire en coin. Depuis des semaines elle vivait chez sa fille cadette. Le courant ne passait pas entre elle : survoltage, tension, suivi de périodes aphasiques plus ou moins contrôlées, histoire d’avoir la paix. Sa vie durant elle s’était calée sur le rythme des autres. Jeune fille, c’était le père qui imposait son tempo. Lire la suite

écouter les yeux fermés… s’en vient le rêve de Bella Bartok

 

Béla Bartok, hôpital de Westside  New York 22/09/1945

Je suis épuisé. Se pourrait-il que la fin approche ? J’aimerais finir ce concerto pour piano, mais je ne trouve pas les notes pour le final. Mes doigts se crispent, ma vue se brouille sur la portée où dansent les notes. La douleur ne me laisse pas de répit, ma pensée divague, j’entame une valse lente qui me pousse hors du lit, je quitte la chambre, je voudrais courir dans ce long couloir qui diffuse en boucle les premières mesures de la symphonie inachevée, symphonie désespérée. Je m’approche de la porte close, trouve la force de la pousser. Lumière éblouissante : une foule immense bras et main droite tendus vers moi lance un tonitruant Sieg Heil qui me glace. Lire la suite

Ah, Dieu, que la guerre est jolie…

image générée par Intelligence Artificielle
Image générée à priori, par une Intelligence Artificielle sous influence

 

Ils sont là, engoncés dans leur lourde vareuse au milieu de la rue jonchée de gravats, le regard figé sur l’horizon blafard noyé dans le brouillard et la poussière. Sous un ciel plombé, les immeubles aux façades défigurées se maintiennent debout appuyés l’un à l’autre. Les deux soldats abasourdis découvrent l’ampleur du désastre. Ils ne peuvent reculer, il leur faut avancer jusqu’au bout de la rue, sentinelles effarées sorties d’un cauchemar effroyable. L’ennemi a fui, reste le silence assourdissant des âmes blessées. La mort s’est invitée, elle ricane sur les ruines. Il leur faut avancer, déblayer le terrain, déjouer les pièges semés par l’occupant, reprendre pas à pas ce qui leur appartient du moins ce qui l’en reste : un morceau de terrain mêlé du sang du vaincu à celui du vainqueur. Lire la suite

Rencontres

Un bonheur

Elle se tient assise sur le bas côté de la route, l’œil mis-clos, indifférente. Elle semble se reposer. Seuls, par petit groupe les marcheurs circulent devant elle sans la voir, sans même la regarder. Les pèlerins s’égrènent tout au long du chemin entraînant avec eux la poussière du sentier au rythme régulier de la foulée du marcheur. Ils s’éloignent. Imperturbable elle prend le temps, se fond sur le sol dans la lumière dorée du soleil couchant, absorbée par le bruissement du vent qui chatouille les feuilles et le gazouillis des oiseaux qui voltigent au ras de la sente. Lire la suite

Dans le leurre du seuil

Cut-up écrit à partir d'un poème d'Yves Bonnefoy (Heurte, heurte à jamais ...) et d'un de Louise Ackerman (sur le seuil des enfers...) 

 Sur le seuil des enfers, Eurydice éplorée, dans un suprême effort avait tendu les bras. Le destin la rappelle. Dans la terre noire se jette en criant le passeur vers l’autre rive.
Déjà la barque triste a gagné l’autre bord. Orphée erra longtemps sur la rive infernale. Las d’y gémir il quitta ce rivage témoin de son malheur. Lire la suite

Kukulkan le serpent à plumes

Un escalier chimérique au cœur de la jungle mexicaine

  La pyramide se dresse sur une immense esplanade caillouteuse et déserte ; Sur sa base carrée, elle culmine à trente mètres de haut. Quatre escaliers monumentaux en marquent les points cardinaux. Elle est posée, massive, silencieuse, assoupie attendant l’événement qui deux fois par an la métamorphose.

Les quatre-vingt-onze marches de l’escalier étroites et hautes se dressent comme un mur vers le ciel. Kukulkan sommeille sur les côtés, observe les curieux qui se hissent au sommet de la pyramide. Lire la suite

Le fuyard

Au milieu de la basse cour, le coq salue les premières lueurs du jour. Un jour comme les autres ? Pas tout à fait. Le chant du coq est suivi de l’aboiement des chiens nerveux, excités.

Dans sa chambre, l’homme alerté par leur chahut inhabituel se lève rapidement, ouvre la fenêtre et à travers les persiennes observe la place du village.

Rien ne bouge et pourtant il lui semble que le glouglou de la fontaine soit plus précipité que d’habitude. Le regard fixe, l’homme observe le chat noir des voisins qui contourne la fontaine, il presse le pas pense-t-il, non, vraiment il se passe quelque chose. Lire la suite