Dans le port d’A., il y a des marins qui tissent et retissent leurs filets, la gueule faisandée par le sel, la gueule faisandée par l’alcool, la gueule vérolée par celles…
Et sur sa jetée, d’autres pleurent le départ de leurs fils, le départ de leurs hommes. Le temps va être long et, s’ils étaient en danger ?
Moi, mon seul horizon c’était la solitude. Quand bien même, entend-on sur les ondes ce refrain, la solitude, ça n’existe pas, j’ai longtemps fait de la solitude un refuge, aujourd’hui encore, parfois.
Bien entendu, je ne suis pas né avec ce sentiment mais c’est insidieusement qu’il a envahi mon univers. En réalité je ne suis pas né solitaire, mais déjà au berceau la solitude m’enveloppait comme un lange. Pas de soins maternels, pas de cocooning dans le lit parental, mais quand même une bienveillance qui ne me comblait pas, et la solitude qui me berçait.
Forcément, je ne pouvais pas comprendre les fondements de cette solitude, même, si mon histoire racontée fait ressortir une enfance plutôt timide dès la maternelle – maternelle ignorée de mes parents, absents.
Mais tout cela, devait néanmoins me sembler naturel, car la solitude ne s’apprend pas, elle vous apprivoise. Comme une mère, elle vous entoure, cohabite, vous fait des clins d’œil si bien, que vous finissez par l’adopter comme une amie, une confidente. Alors le grand lit, dans la chambre du fond, juché à un mètre du sol, se transformait en niche où, protégé par un édredon d’une grosseur invraisemblable, je pouvais tantôt m’habituer, tantôt haïr ma solitude. Alors le tas de sable, déposé contre le mur à l’arrière de la maison, sans doute à l’abri des prédateurs, mais hors de vue de mes grands-parents, était-il pour moi le terrain de jeux idéal, pour jouer avec la solitude. J’y faisais des châteaux de solitude, y creusais des tunnels de solitude, y cachais mes quelques soldats de plomb pour enfin, faire la guerre à la solitude.
Mon seul horizon, croyais-je, était la solitude. Au fil du temps, cette compagne m’est devenue fidèle et même, si la vie ma révélée plusieurs visages, la solitude sait, quand cela est nécessaire, toujours venir à ma rescousse.
Passer le fronton de la plage, les derniers réverbères, les dernières cabines de bain et se laisser transporter par un crépuscule naissant. S’imaginer un ciel bleu sombre, noircissant encore, des nuages blanc-gris virant au sombre et, entendre le chuintement léger d’une bise, faisant seulement claquer les drapeaux de plage. Et, sans forcer, d’un simple plissement des yeux, découvrir au loin, la bande claire de sable fin qui fait deviner un début d’horizon. Et puis, rien qu’au travers cette image, se laisser imprégner de l’air salin, qui vivifie et qui détend, préparant ainsi une nuit bercée d’un doux ressac.
Vous voulez comme ce chasseur d’images, que cet instant dure, alors, décalquer cette photo et son ambiance sur vos rétines, avant de vous en retourner.
Le rêve commence-t-il derrière cet horizon, sur sa ligne ou bien, avant même d’y arriver ? Tout est question de plénitude et de sérénité. La fermeture maintenant de vos paupières, n’empêche en rien, la fabrication d’un autre univers. À cet horizon, votre espace spatiotemporel vous laisse incertain, vous suggérant que vous appartenez toujours au monde réel, bien que s’y déroule des événements irréels. C’est comme cela, qu’opère la magie du rêve. C’est pour ça que vous ne pourrez pas trouver d’aboutissement sur la ligne d’horizon, qui n’est qu’imaginaire. Car, pris par la tendresse de vos pensées, vous avancez toujours plus loin, désirant vous gorger de plénitude, mais vous n’atteindrez jamais réellement le plein de ce bonheur tant désiré, de ce rayonnement. Pourtant quand vous vous réveillerez ce sera l’esprit bienfaiteur du rêve que vous retiendrez. Alors, quand la nuit s’achèvera, ne croyez pas que l’horizon s’altérera, car les soirs suivants, vous y retrouverez de nouvelles limites insoupçonnées.
Et vos pensées elles-mêmes, deviendront votre propre horizon.
Il y eut un soir, il y eut un matin. Terre et eau confondues, corps enlacés, regards effrayés, étonnés, création d’un monde surgi de l’eau, nourriture céleste de la terre-mère, mère de toute vie. Les hommes sont nombreux, nus, en groupe, en couple, le papillon géant butine un chardon bleu, les oiseaux énormes observent la caravane burlesque qui s’éloigne lentement. Dans la nuit, la chouette observe le chaos. Création divine, frénésie insolite, songe extravagant, concentré de vie, nous sommes entrainés dans une danse insolite.
Point de vue d’un enfant
Beaucoup de monde, des hommes tout nus, il y en a un qui fait l’arbre droit dans l’eau. Une cigogne a fait son nid entre ses jambes. Les oiseaux sont plus gros que les hommes. Un petit rat observe un homme caché à l’entrée d’une sorte de fleur. C’est comme dans un rêve. Un vrai faux rêve. Ça donne envie d’aller se baigner dans l’eau très bleue. C’est le bazar. On peut tout faire, se baigner, enlacer la chouette qui se laisse faire, attraper des gros poissons qui vivent hors de l’eau. C’est magique. C’est vrai mais quand même un peu faux.
Point de vue de la couleur : blanc
Les corps sont nus, blancs nacrés, blêmes. Le blanc est plus net dans le monde animalier. Voyez la chèvre surmontée par deux pélicans ou le cheval caracolant auprès du lion. Le jabot du chardonneret géant qui observe le couple dansant dans l’eau bleutée.
Marie Odile Jouveaux
Portraits
Cette œuvre est constituée d’un nombre important de portraits, parfois figures foisonnantes comme celles situées au premier rang en bas de la peinture : portraits en buste d’hommes et de femmes aux visages amusés, se touchant les têtes et les corps dans un entremêlement de bras et de cheveux ou en ronde, immergés dans l’eau. Symboles paisibles d’une humanité heureuse entourée de fruits à déguster.
D’autres sont représentés en couple nus et unis, accouplés parfois en des gestes érotiques, certains semblant animés comme dans une danse ; d’autres encore chevauchent des animaux fantastiques en des poses très suggestives membres presqu’écartelés et sexe offert.
Ils semblent se diriger ensemble vers une destination prometteuse dans leur innocente crédulité, bêtes et gens mêlés. Un couple au centre, protégé par une sphère végétalisée, regarde avec confiance, comme par une fenêtre, le monde qui s’offre à eux.
Point de vue cinématographique
Ce tableau est une succession de scènes qui, prises l’une après l’autre, constitueraient le scénario de la Création. Un long travelling latéral pour la marche, en haut du tableau, pourrait être le point d’aboutissement et la synthèse de cette Création en mouvement où mondes végétal, animal et humain se côtoient. La première apparition à l’écran serait ce couple primitif, sortant de la bulle transparente d’une fleur et qui, après l’exploration timide de leurs deux corps, crèverait la paroi et partirait rejoindre leurs congénères, d’abord dans le bleu de la mer où une vue en plongée oblique les montrerait, dévorant un énorme fruit, source de vie. Des oiseaux géants aux cris perçants mais harmonieux constitueraient la bande son et leur mélodie accompagnerait leurs découvertes. Une caméra à l’épaule pénétrerait les groupes entassés pour en montrer les liens serrés et les visages en gros plan tour à tour paisibles ou intrigués. La boule centrale flotterait doucement au gré des ondulations de l’eau.
Cette œuvre donne à voir ce partage d’écran où l’espace évolue au fil du temps et nous emporte dans ses tribulations.
Scénario original et réalisation Jérôme Bosh
Point de vue d’un spectateur contemporain du peintre
Quel étrange tableau que celui de ce peintre, Jérôme Bosch, qu’il a intitulé le Jardin des Délices. Je ne sais ma foi pas, s’il s’agit d’une œuvre à caractère sacré comme le sont généralement les triptyques ou une perversion du genre. Après la première impression de surprise passée, tant cette peinture foisonne de figures fantastiques et étonnantes on décèle la volonté de représenter les hommes d’avant le péché. Adam et Eve trônent au centre du tableau, protégés par une membrane rosée et sont en harmonie avec le monde qui les entoure. Les éléments de la Création, tels que nous le révèle la Bible, végétal, animal et humain ainsi que les quatre éléments, terre, feu, air et eau s’entremêlent comme dans un espace idéal. Point de perversité, les corps nus jouissent de leurs sensations , hommes et femmes s’unissant l’un à l’autre dans un paradis abondant en ressources, poissons, animaux terrestres et oiseaux les accompagnant pour leur bien- être.
Pourtant certains détails contribuent à nous interroger sur le devenir de cette humanité : des figures inquiètes et même tourmentées insinuent chez le spectateur une certaine angoisse ; quelque chose dans les postures parfois tête en bas ou silhouettes cassées nous forcent au doute. Finalement on est presque au bord de la gêne. Sous-jacent à ce paradis se profile la catastrophe à venir : le Déluge ou l’enfer ?
Cette peinture a t-elle sa place dans une église comme c’est le cas actuellement ou le commanditaire doit-il le conserver à titre privé comme une œuvre profane ?
Point de vue du noir
Cette peinture dans les couleurs primaires jaune, bleu et rouge semble par endroit pervertie par un noir velouté qui ne s’affirme pas mais sème le doute sur la beauté de l’ensemble.
La coquille, sombre, aux noirs reflets, emprisonne un corps et est portée comme un lourd fardeau par un homme qui ploie sous sa charge. Comme une tache qui s’inscrit en contraste avec l’ensemble et nous interpelle .
Josette Emo
Point de vue : interview
– D’où vous vient tout cet imaginaire ? Ces êtres fantastiques, vous les avez rêvés ?
– Effectivement c’est un monde onirique, fascinant, qui n’est pas la reflet de la réalité ; et c’est ce qui m’intéresse. J’ai pu, pour certaines, les tirer de rêves, c’est fort possible mais je n’en ai pas la certitude.
– Y a t-il un sens particulier à ce tableau ?
– Le sens que je lui donne n’est pas forcément le même que celui que vous y trouveriez. On ne peut faire un cours sur ce tableau, ce n’est d’ailleurs pas du tout le but, bien au contraire. Il n’y a pas un sens, seul et unique à lui donner ; sa richesse est justement le ressenti qu’il inspire chacun et chacun y va de son imagination. Chaque personne va y voir une histoire particulière en fonction de son propre vécu. Certains vont le trouver angoissant parce qu’il est trop loin de la réalité, d’autres y verront des scènes de bonheur, de volupté, d’autres un mélange des deux, l’enfer et le paradis réunis. C’est pour ça que je peins, pour susciter l’imaginaire.
Point de vue philosophique :
Quel est le sens philosophique de ce tableau ou plutôt quel est son non-sens ?
On peut dire que cette œuvre n’a de sens que par son non-sens.
A priori, elle représente le monde, la vie, les hommes, les animaux, les fleurs, un mélange de la vie terrestre.
A l’analyse, le sens est difficile à trouver.
Après questionnement, on pourrait dire que l’intérêt de cette œuvre est qu’elle ne veut rien dire ou plutôt qu’elle signifie des milliers de choses, toutes différentes les unes des autres selon l’inspiration et l’imaginaire de chacun.
Que veut dire un couple dans une bulle ? un homme prisonnier d’une coquille de moule, un homme enlaçant une chouette, des personnages à cheval sur une sorte de chat, qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un..Des fleurs et des fruits plus gros que les êtres humains, un énorme oiseau donnant la becquée à ses oisillons humains ?
Ce sont des symboles ; mais quels symboles ? Il en existe sûrement des milliers, tous seront valables car tous viendront de votre ressenti.
Point de vue d’un personnage du tableau :
Allongé dans sa coquille, il fait le mort. Ou bien il est vraiment mort. Peut-être qu’il dort. les personnages autour de lui semblent plutôt paisibles et profitent des fruits terrestres. A -t-il avalé la moule et succombé pour avoir trop mangé ? Ou bien est-il lui-même devenu moule ? Un humain prisonnier ? La coquille semble ne pas pouvoir se refermer.
Son ami le transporte plus loin. Peut-être a-t-il l’intention de l’immerger dans l’eau claire pour tenter de le ranimer ?
Les personnages autour de lui sont indifférents, trop occupés à profiter de tout ce qui leur est offert. Ce qui est étonnant est qu’il est le seul à ne pas profiter de la fête ; est-il celui qui symbolise la mort ? Juste pour rappeler que l’être humain est mortel et que le plaisir n’est pas éternel ?
Point de vue du bleu :
Le bleu est très présent dans le tableau. Les fleurs, les fruits, grosses mûres bien charnues, le bleu de l’eau aussi.
Le bleu c’est le ciel, la mer, les rivières, la couleur des yeux des nouveaux nés..
Le bleu du tableau est plutôt foncé tout en restant lumineux ; tout ce qui est coloré en bleu est symbole de beauté, de plaisir, les fleurs, les fruits, l’eau dans laquelle on se baigne. Il donne une note de gaité, à l’inverse des autres couleurs du tableau. Il donne de la lumière. IL est symbole de paix et d’apaisement.
Clarysse
Point de vue éditorial :
Dans cette œuvre, Jérôme Bosch, se projette dans deux univers, distants de près de 3000 ans. Son imagination pérégrine d’abord aux environs de l’an un, quand il couche sur la toile son interprétation ésotérique du Jardin des Délices – que l’on situe dans un premier temps juste après la tentation du Jardin d’Éden. La feuille de vigne est tombée, découvrant sans contrainte, la nudité jusqu’aux confins de la bestialité, annonçant les prémices de Sodome et Gomorrhe.
Mais Jérôme Bosch, va plus loin dans son écriture et visionne par le biais de ses pinceaux, dans l’esprit Nostradamus, les années 3000 de notre ère. L’humain aura alors perdu toute créativité et sera redevenu bestial. S’accomplira ainsi l’ultime Révélation, d’où se refermera définitivement ce monde, étouffant le vivant – image de la moule qui se referme sur la vie.
Point de vue musical :
Le lyrisme de l’œuvre de Jérôme Bosch, nous fait penser au son de la scie-musicale, à ses vibrations modulaires ou infinies. Ses variations sont étranges et nous envoient au confins… hors de l’espace temporel. Tout comme les vivants de cette toile, dans une harmonie invraisemblable, la tonalité de cette œuvre semble se diluer dans l’éternité, attendant probablement son point d’orgue, le son de la Cymbale Divine.
Point de vue d’une spectatrice actuelle :
Emmener sa fille de quinze ans dans un musée est déjà une gageure en soi. Mais interroger ses sens sur l’œuvre de Jérôme Bosch, au travers de sa toile Le jardin des délices, semble encore plus abscons. D’abord, elle ne sait pas trouver les mots et interroge illico Google. _ Comment qui s’appelle le peintre ? Puis, après avoir balayé les deux ou trois premières lignes du résumé, s’arrête net. Trop long, sans intérêt. Alors, elle me regarde et dit : Il ne devait pas être très bien dans sa tête ton Bosch, j’peux pas imaginer un instant, qu’un oiseau géant m’donnerait la becquée. Et toi, papa, à part les filles à poil, tu y comprends quelques choses ?
Point de vue du jaune :
Si, Jérôme Bosch avait été optimiste en peignant ce tableau, il aurait sans doute employé comme note dominante, le vert, vert nature, vert espoir, ou le bleu d’azur peut-être !
Alors, il faut croire qu’en cette période de sa vie, qu’il fut plutôt maussade, voire pessimiste en transformant le monde d’après Adam et Eve en un jaune perturbé, un jaune bileux, un jaune vomi, un jaune moisissure. Sur sa représentation, aucune couleur n’est vive. Rien ne reflète l’espérance, rien ne dépeint le bonheur. Au contraire, J. Bosch empreint d’un certain réalisme, se sert du jaune pour altérer les autres couleurs. Il nous fait renter dans un univers psychédélique, ou plutôt psychiatrique en utilisant un jaune comme on peut en voir dans les couloirs des asiles, afin d’annihiler toutes euphories excessives. Même quand on regarde les corps humains du tableau, ils apparaissent déjà, être en déliquescence, jaunit d’une mort prochaine.
Longtemps j’ai cru que j’y arriverais. Y pensais-je déjà, entortillonné au bout de mon cordon ? Je ne sais pas, mais à peine défait de ce lien, j’ai chu au plus profond de moi-même, au centre de mon cerveau, dédale anxiogène de méninges, carrefour de connexions infinies, centre névralgique de la pensée, dans lequel aujourd’hui, je reste encore englué.
Au plus loin de mon histoire, je cherche l’eurêka, je cherche la lumière, le bien-être peut-être, le bon sens sûrement, la paix intérieure sans aucun doute, ou encore l’amour absolu.
Mais cette initiation est une prison inextricable. Alors, j’en veux à celui qui a créé la semence, me disant, à quoi bon puisqu’elle redeviendra poussière. J’en veux à mes propres gamètes, à mon propre spermatozoïde qui s’est perdu, même s’il pense avoir trouver son chemin en faisant moi-même, car finalement je me sens toujours aussi perdu dans l’ineffable recherche. Souvent dans cet enchevêtrement reptilien, j’erre à la quête de l’inconditionnel, mais cet inconditionnel sans-cesse déstructure mes convictions et forge mon angoisse.
Souvent j’emprunte des tunnels où je rencontre d’autres âmes dans l’errance qui me racontent que, sur leurs routes, ils ont attrapé un bonheur, mais que celui-ci a fini par leur échapper, faute de n’avoir pu le fixer, ni même l’accrocher au fil. Parfois dans ces méandres méningés, passe un train que j’emprunte – allègre et plein d’espérance – qui m’emmènera vers la lumière, mais là encore, au contraire, il s’enfonce comme les métros qui plongent dans les profondeurs de la terre, sous les vastes mégalopoles. Parfois, comme dans un palais des glaces, je devine l’extérieur, je devine l’amour et je me mets à courir sans anticipation, et sur les parois je m’écrase.
Alors, je crie, mais je n’entends que l’écho de ma propre voix, l’écho de mes propres rêves.
Longue est l’épreuve, épreuve infinie qui ne s’arrête jamais. Pour lors, au plus profond de mon cerveau, je circonvolutionne mes méninges, doutant de l’absolu. Et les années passent, passent et je reste dans ce complexe indémêlable.
Je pense à Pierre matérialiste invétéré mais qui a fini par un grave burn-out. Je pense à Paul qui a connu les femmes, mais qui était fou de masturbation. Je pense à Louis, le grand sportif qui est maintenant obèse et vit dans les douleurs. Je pense à Johnny qui a connu la gloire, mais qui a fini dans l’alcool. Je pense à X et à Y, que je trouve tristes et amers, malgré les apparences.
Alors je m’écarte pour prendre la voie d’à côté, où l’herbe semble plus verte, mais en réalité, rien ne me rassure, rien ne m’apaise comme si, l’on avait obstrué toutes les sorties du labyrinthe. J’ai pourtant l’impression, qu’à côté de ce labyrinthe, existe autre chose, une cellule grise m’en a parlé comme du contentement, mais voilà, c’est à l’extérieur du labyrinthe, et le labyrinthe est bouché. Oui, longtemps j’ai cru que j’y arriverais, parfois encore, j’avance, je tâtonne, j’envie puis je me raisonne voyant l’ailleurs, sachant qu’ils sont tous, dans leur propre labyrinthe et, qu’eux aussi redeviendront poussière sans avoir vraiment trouver le bout du tunnel, l’amour absolu.
Normalement, je devrais aimer ton plein, ton plein d’humeur et d’énergie, ton esprit. Car, aimer, c’est aimer tes yeux, ta voie, ton corps, ton odeur, le son de tes vibrations, l’odeur de ta peau, l’odeur de ton intimité. Aimer ton plein est donc naturel, mais aimer ton absence, même quand tu es présente, c’est choisir entre ; aimer ton vide et aimer mon mouchoir. Étrange mouchoir, mouchoir refuge de mes larmes. Larmes qui refusent le vide et, qui ne peuvent s’empêcher de rechercher ton image, le plein de ton être. Image vidée de ton amour, mais image active de nos amours.
Goût sucré de mes larmes qui, me rappelle le miel de ta peau. Mouchoir collecteur dont je ne peux me séparer.
Aimer ton vide est mieux que t’oublier car, dans ton vide, même quand tu es près de moi, j’entends ta voix et même ton rire, même si ton rire s’étouffe au fond de mon mouchoir. Ah ! Ce mouchoir qui est né, lorsque tu as créé ton vide, cette espèce d’espace de cloisonnement, cet espace de labyrinthe où tu as su te cacher, voulu te réfugier.
Ce mouchoir est devenu toi, j’y respire, comme je respirais tes essences et je ne sais plus m’y retrouver entre toi ou, plutôt ton vide et mon mouchoir trop plein de mes chagrins.
Masochisme du philtre d’amour, qui bien que saturé a fini par se déchirer, pour répandre en partie sa substance dans le néant, mais dont l’essence reste prégnante au travers de mon mouchoir.
Qu’en serait-il mouchoir, si toi aussi saturé de mes émotions, je finissais par te perdre. Me resterait-il ton odeur, ton empreinte ?
Je crois que oui, car d’elle qui, ne me présente que son vide, je continue de l’aimer.
Aussi, je ne me résous pas à le jeter, bien que de tendre doudou, il soit devenu éponge, sachant qu’il représente le plein et elle – le vide, mais qu’en cet état, je peux encore aimer. Vide de sa présence ou plein de ses absences, mouchoir encore un peu.
Les riverains savaient qu’après leur train-train de la semaine, s’animerait leur weekend et que l’odeur de poisson se répandrait jusque sous leurs fenêtres, comme se répandraient Ginette et Mariette, les danseuses, si l’on peut dire, les sauteuses de la brasserie du vieux port, faisant se lapider en de courtes heures, le maigre salaire des pêcheurs de morue.
Des morues dans les cales et des morues dans la taverne s’exhaleraient les ‘transpis’ des uns et des autres. Et le port s’animerait et le commerce aussi.
Tous, des forts en gueule qui raconteraient leurs bravoures dans les eaux glacées de la Baltique. Avis à qui pourrait remettre en doute leurs exploits de marin, sachant toutefois, que nul n’avouerait ses propres chiasses provoquées par les creux de dix mètres ou ses larmes secrètes à la peur de plus revoir ses enfants.
Et les ruelles du port ‘s’embruieraient’ et les ruelles du port ‘s’ensaliraient’ de nouveau de chiques jaunies, crachées par les matelots et de pisses odorantes maculant les bites d’amarrage. Et les bouches d’égout tout comme les caniveaux deviendraient d’heureux réceptacles, de tous les ‘dégueulis’ et autres vomissures d’un trop-plein de rhum et du mauvais brassage d’orges pourrissantes.
Un monde extraordinaire pour quelconque passan, un monde ordinaire pour un port de pêche. Et ils les entendront se la raconter, pétant d’orgueil et d’éructation de leurs exploits réels ou inventés.
Et ils se vanteront de la pénétration de leur pénis, qu’ils prendront pour un dû après tant de mois d’abstinence, alors qu’ils n’avaient même pas pu s’astiquer le mât, tant ils étaient fourbus de fatigue.
Et puis, une nouvelle fois, certains entendront l’histoire de Bjorn, qui aurait pu être la leur, ou à peu près – Bjorn, qui vendait toute sa poiscaille de poissons trop petits pour le marché officiel, mais bien venue chez quelques bistrotiers non-regardant qui n’y voyaient bien sûr, que bénéfice. Et l’autre, qui savait tout sur tout, qui s’impatientait devant la porte du Bjorn, la transformant en Punching-ball, se targuant d’être policier, policier d’apparence, mais surtout arrangeur de bonnes affaires, qui prenait une com sur tout ce qu’il pouvait. Il n’avait pas que lui à voir, disait-il en cette aube naissante. Faut le comprendre, diraient les gars du port, il travaille que deux nuits par semaine.
Il s’y entendait le lascar, pour leur trouver les bonnes adresses, de quoi acheter quelques fanfreluches ou quelques bijoux à la provenance douteuse, mais qui leur serviraient à ces marins-là, à se faire pardonner beuveries et catins, une fois rentrés à la maison. Savoir négocier était indispensable, mais surtout, il était plus important encore de le gueuler fort et haut et d’être régulier.
Puis le charivari du weekend s’estomperait, le port pendant la semaine se reposerait sentant toujours la morue, en attendant les cornes de brume du prochain samedi.
La montagne est hermaphrodite, au matin, elle est mâle et se dresse en éphèbe.
Aux premières pointes de l’aube, dominant, son mât est déjà dressé, invitant les vallées à se faire femelles.
Alors, des confins de l’aube, exhale de cette luxure, une nuée de gouttelettes qui enveloppent le prince d’une ouate délicieuse.
Maintenant, quelques nuages engorgés, s’effondrent et s’en vont déposer leur semence sur les pentes assoiffées.
Et, l’on entend dès lors, dans le silence majestueux, les vibratos d’une lyre comme celle d’un zéphyr, frémir dans les branches des cèdres et souligner leur plaisir.
Alors, toute entière la vallée bisexuée halète fumant, laissant à l’artiste, une onde orgasmique.
Et l’artiste va bientôt ôter sa vareuse, comme la montagne va ôter sa canopée.
Si bien que, de l’endroit même où il a posé son chevalet, sans pudeur, la montagne lentement va se dévoiler, offrant au pinceau, toute une gamme de couleurs.
Puis, c’est le peintre, qui à son tour, exultera en couchant sur sa toile, la montagne révélée.
Ah ! Qu’aurait-il donné l’artiste en ce moment privilégié, pour être non seulement au sommet de ce mont érigé, mais également à sa naissance, pour fixer sur la croûte, l’irruption volcanique et l’incandescente lave qui fût son alpha et qui est devenu maintenant, cet oméga généreux.