Le rêve

L’aube ne se lèvera plus sur le champ de bataille. La plaine porte la mort et fige le temps. Sous les pierres sèches isolées, sous les rayons affaiblis, la chaleur peine à souffler un filet de vie.

Viens dit la mort telle qu’à ta naissance, les mains nues et la tête dans les nuages. Elle la suit marionnette d’un théâtre improvisé où sa bouche, ses yeux, ses cheveux trahissent des gourmandises interdites.

Peut-elle appeler l’amour qui réunit et qui détruit ? Le bateau des sentiments vogue la galère. L’océan immense en colère se dresse à l’horizon, barrage infranchissable ; l’amour apaisé ne la comblera pas.

RMQ

Franchir la frontière ?

Allongé sur le lit étroit, il entend le bruit des machines qui le maintiennent en vie. Son attention est attirée par des éclats de rire, des cris de surprise et des chants. L’infirmière de jour fête son anniversaire. Elle lui a expliqué ce matin à grands renforts de répétitions et d’articulations postillantes qu’elle coiffait Sainte Catherine et qu’ils allaient tous faire du bruit, que ses collègues ne la louperont pas. Lui était loin de ses vingt-cinq ans, il savait que la vieillesse l’envahissait comme un esprit malin. Lire la suite

Franchir la frontière

Elle est assise à sa table d’écriture. Sur la chaise de jardin, elle a posé un coussin couleur safran pour en améliorer le confort.

Elle a hésité, puis a fini par choisir le papier : blanc, format 21×29,7 et un stylo à bille noir. Elle a fermé et repoussé son ordinateur. Elle tourne son stylo entre ses doigts. Elle s’étire, se lève, va chercher un verre d’eau. Elle déplace sa chaise pour présenter son visage à la chaleur du soleil matinal qui entre par la fenêtre. Elle ferme les yeux, attentive aux bruits : le ronronnement paisible de la machine à laver, le vent qui secoue le store. Elle ouvre les yeux, regarde la feuille vierge devant elle. Où trouver les mots pour décrire l’indicible ? Des idées, des lambeaux de phrases, des suites de mots peinent à émerger. La tentation est forte de renoncer… Lire la suite