La chambre bleue – Fin de journée

peinture de Suzanne Valadon

Fin de journée

Nonchalante et rêveuse, elle observe, l’esprit ailleurs, sans vraiment voir, sans vraiment regarder les gouttes de pluie d’orage qui tracent des rigoles sur les carreaux poussiéreux de la fenêtre entrouverte. Sa bouche pulpeuse embastille une cigarette. À quoi peut-elle rêver ? Deux livres soigneusement fermés, posés à ses pieds, évasion assurée en cette fin de journée. La belle rêveuse n’en finit pas de compter, sans compter, d’observer sans voir, d’écouter sans entendre les gouttes de pluie qui inlassablement se pourchassent puis s’effacent sur le bord de la fenêtre. Les livres abandonnés sur le bord du lit envoûte son esprit. La belle songeuse, s’échappe de la méridienne, le lieu n’a pas de prise, elle s’évade hors du temps, chaque seconde égrène l’instant, le présent soudain passe et s’efface, hors du temps elle fixe et suit la gouttelette qui frappe le carreau puis glisse doucement et disparaît sur le rebord de la fenêtre.

M.Odile Jouveaux

Au village, un café

Les cafés de village sont des refuges. Chacun le sait par ouï-dire, par la littérature ou par sa propre expérience. Ainsi, au fil des temps, chacun y a fait sa propre expérimentation, ses premiers pas ou de sempiternels allers-retours.

Pour le café du petit bourg qui nous importe, c’est au petit matin, un petit 7 heures, alors que le cafetier qui ne semblait jamais avoir dormi,  ses traits de fatigue totalement absents, décrochait un à un, les grands volets de bois peints en vert et écaillés par les intempéries. Le Client du p’tit-noir-mirabelle apparaissait comme par enchantement, avant même, que le cafetier n’ait ouvert sa porte. Lire la suite

L’effacement

L’effacement de l’état de grâce arrive tout trop vite.

L’effacement de la mémoire indigène, a fait tomber dans l’oubli de nombreux peuples autochtones.

L’effacement semble terrible, sauf quand il fait disparaître nos fautes et nos égarements.

L’effacement semble inéluctable, sauf peut-être pour la macromolécule biologique ou l’ADN.

L’effacement peut-être également une amnésie ou une forte volonté. Lire la suite

Numéro 2325

Numéro 2325 avait-elle dit à l’accueil de ce vaste bâtiment où l’hôtesse lui avait donné les consignes : pas de stylo, juste un papier et un crayon, possibilité de prendre des photos

Arrivée aux pupitres des Archives, au premier étage, elle avait déposé sa liste de documents sollicités. Elle avait consulté les ordinateurs mis à disposition pour en trouver les cotes. Il s’agissait des dossiers des prisonniers de guerre en Allemagne des années 1939 à 1944. Lire la suite