Je peux te dire une chose…

Maria à quoi songes-tu ? Tandis que ton ami Goya t’immortalise, oui je dis bien : il te rend immortelle, tu traverses les siècles, interroge le flâneur qui s’arrête devant toi ; qu’as-tu à lui conter? De tes rêves, de tes ratés, de tes envies, de tes regrets. Maria que caches-tu dans cette pose figée pour l’éternité ?

Bien sûr, tu n’as pas oublié, le jour où, jeune et belle tu cédas à cet homme empressé qui te laissa seule, pas tout à fait seule… enceinte.
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Regrets

Enki Bilal expose ses fantômes au Louvre (2013)

Comtesse Maria del Carpio (F.Goya) et les jumeaux 

Elle les avait rêver si souvent qu’elle n’en avait plus peur, qu’elle aurait pu les presser sur son cœur sans craindre de devoir se cacher de la servitude de son entourage, un entourage écrasant, étouffant auquel elle avait dû toute sa vie se soumettre. Née marquise de la Solana, la petite Maria avait grandi dans le monde aristocratique de l’Espagne du XVIIIème siècle, aux mœurs sclérosantes et aux codes stricts auxquels il fallait se plier sans conditions. C’était une enfant vive et riante que les maîtres chargés de son éducation avait peiné à maintenir en place tant elle débordait d’imagination et de vitalité. En grandissant elle s’était assagi intégrant le modèle qu’on lui assignait. Cependant bouillonnaient toujours en elle le désir de liberté et l’envie de suivre un destin différent. Lire la suite

Julia sur la route


Et puis nous sommes partis… ensemble, toujours, même si très séparés quand
même ! J’étais si mal intérieurement, si tourmentée par notre histoire inaboutie
Nous avons repris sa voiture et laissé derrière nous Ariane et sa dépression. Ariane
et ses médicaments, Ariane et ses histoires compliquées, attirantes et diaboliques,
son passé d’artiste, ses sculptures inachevées, ses peintures tourmentées. Et tout
cela pour quoi ? Pour qu’elle finisse son parcours en hôpital psychiatrique, pour
qu’elle s’abîme dans des TS mutilantes… pour qu’elle nous apparaisse maintenant
comme absente définitivement à elle même, une femme molle, au regard vidé de
ce qui faisait sa substance, son énergie. Elle avait été mon amie, si proche, si
intime…

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Disparition rêvée

C’est toujours le même rêve. Il se finit ainsi : assis sur un banc posé sur une placette entourée de murs qui cachent le village on aperçoit le clocher de l’église. J’attends chaque nuit, j’espère ton retour. Je rêve. Dans ce rêve tout est noir et glacé, quand soudain je sens ta main douce et tendre posée sur mon épaule, je reconnais la légèreté de tes doigts fuselés glissant sur mon cou puis se perdant  dans mes cheveux que tu ébouriffes tendrement. Lire la suite

Hors famille

Carla continua à lui caresser les cheveux. Lui, de dos, n’osait pas se retourner. Il peinait à cacher ses larmes, redoutant qu’elle le lui reproche. Et pourtant, ce rendez-vous à l’insu de tous, inaugurait peut-être une réconciliation possible après ces dix années de séparation.

– Tu es certaine de ce que tu veux ? lui demanda-t-il. Sais-tu bien ce que tu vas affronter ? Notre mère est morte, elle est la seule qui m’a soutenu, peut-être parce que j’étais le dernier-né des garçons. Nos frères t’ont rejetée tout comme ils n’ont jamais admis mes orientations sexuelles. Lire la suite

 La chambre bleue

Face à la fenêtre aux persiennes mi-closes dans cette chaude après-midi d’été, alanguie sur son édredon bleu à frange blanche, rideaux ouverts du baldaquin aux couleurs identiques, confortablement appuyée sur son avant-bras et dos reposant sur un épais oreiller, une jambe repliée sur l’autre, dans un relâchement total, elle s’est mise à l’aise dans un pantalon de toile ample et léger, un body pastel lui découvrant le buste. Lire la suite

A l’écoute

Immobile et secrète, ce chant d’oiseaux printanier m’absorbe. Caresse du vent
frais sur mon visage et des rayons du soleil d’avril.
Au loin les ambulances veulent me détourner, me ramener à ma condition, à ces
jambes qui ne me portent plus, comme deux tiges mortes, inertes.
Envole toi encore, petite âme douloureuse, monte en haut de cet arbre, rejoint cet
oiseau et sa trille, vers le bleu du ciel, vers la mer immense, familière aux mouettes
et aux rudes marins.

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Toi, toi, mon toi…

Je te regarde et toi, comme souvent tu regardes ailleurs… Tu es assis à ton
bureau…à mon bureau plutôt, et tu écris … mais qu’écris tu ? À qui ?
Tes jambes, sagement repliées sous ta chaise, ton grand corps penché et absorbé
dans la tache, ton costume sombre des jours ordinaires… tu écris et tu ne me
regardes pas… Je te fixe pourtant … mais tu ne vois rien, de mon désir, de mon
corps qui t’espère… de ce lit bleu, de ma chair dorée, lumineuse.

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Cet amour qu’il ne savait pas voir

Les premiers soleils de mai ne semblaient les réchauffer ni l’un, ni l’autre. Ils tremblaient dedans comme de concert. Le choc émotionnel les avait percuté de plein fouet. La violence des récents événements les avait de nouveau réunis, pourtant, rien ne laissait présumer une quelconque réconciliation.

Ils s’était connus sur les bancs du lycée quand lui, né au pays l’avait vu débarquer dans son village puis, simultanément dans sa classe toute timide, ne sachant que faire de ses complexes qui semblaient l’envahir à tout instant. Lire la suite