Et puis nous sommes partis… ensemble, toujours, même si très séparés quand
même ! J’étais si mal intérieurement, si tourmentée par notre histoire inaboutie
Nous avons repris sa voiture et laissé derrière nous Ariane et sa dépression. Ariane
et ses médicaments, Ariane et ses histoires compliquées, attirantes et diaboliques,
son passé d’artiste, ses sculptures inachevées, ses peintures tourmentées. Et tout
cela pour quoi ? Pour qu’elle finisse son parcours en hôpital psychiatrique, pour
qu’elle s’abîme dans des TS mutilantes… pour qu’elle nous apparaisse maintenant
comme absente définitivement à elle même, une femme molle, au regard vidé de
ce qui faisait sa substance, son énergie. Elle avait été mon amie, si proche, si
intime…
Hors-champ
Disparition rêvée
C’est toujours le même rêve. Il se finit ainsi : assis sur un banc posé sur une placette entourée de murs qui cachent le village on aperçoit le clocher de l’église. J’attends chaque nuit, j’espère ton retour. Je rêve. Dans ce rêve tout est noir et glacé, quand soudain je sens ta main douce et tendre posée sur mon épaule, je reconnais la légèreté de tes doigts fuselés glissant sur mon cou puis se perdant dans mes cheveux que tu ébouriffes tendrement. Lire la suite
Hors famille
Carla continua à lui caresser les cheveux. Lui, de dos, n’osait pas se retourner. Il peinait à cacher ses larmes, redoutant qu’elle le lui reproche. Et pourtant, ce rendez-vous à l’insu de tous, inaugurait peut-être une réconciliation possible après ces dix années de séparation.
– Tu es certaine de ce que tu veux ? lui demanda-t-il. Sais-tu bien ce que tu vas affronter ? Notre mère est morte, elle est la seule qui m’a soutenu, peut-être parce que j’étais le dernier-né des garçons. Nos frères t’ont rejetée tout comme ils n’ont jamais admis mes orientations sexuelles. Lire la suite
La chambre bleue
Face à la fenêtre aux persiennes mi-closes dans cette chaude après-midi d’été, alanguie sur son édredon bleu à frange blanche, rideaux ouverts du baldaquin aux couleurs identiques, confortablement appuyée sur son avant-bras et dos reposant sur un épais oreiller, une jambe repliée sur l’autre, dans un relâchement total, elle s’est mise à l’aise dans un pantalon de toile ample et léger, un body pastel lui découvrant le buste. Lire la suite
A l’écoute
Immobile et secrète, ce chant d’oiseaux printanier m’absorbe. Caresse du vent
frais sur mon visage et des rayons du soleil d’avril.
Au loin les ambulances veulent me détourner, me ramener à ma condition, à ces
jambes qui ne me portent plus, comme deux tiges mortes, inertes.
Envole toi encore, petite âme douloureuse, monte en haut de cet arbre, rejoint cet
oiseau et sa trille, vers le bleu du ciel, vers la mer immense, familière aux mouettes
et aux rudes marins.
Toi, toi, mon toi…

Je te regarde et toi, comme souvent tu regardes ailleurs… Tu es assis à ton
bureau…à mon bureau plutôt, et tu écris … mais qu’écris tu ? À qui ?
Tes jambes, sagement repliées sous ta chaise, ton grand corps penché et absorbé
dans la tache, ton costume sombre des jours ordinaires… tu écris et tu ne me
regardes pas… Je te fixe pourtant … mais tu ne vois rien, de mon désir, de mon
corps qui t’espère… de ce lit bleu, de ma chair dorée, lumineuse.
Cet amour qu’il ne savait pas voir
Les premiers soleils de mai ne semblaient les réchauffer ni l’un, ni l’autre. Ils tremblaient dedans comme de concert. Le choc émotionnel les avait percuté de plein fouet. La violence des récents événements les avait de nouveau réunis, pourtant, rien ne laissait présumer une quelconque réconciliation.
Ils s’était connus sur les bancs du lycée quand lui, né au pays l’avait vu débarquer dans son village puis, simultanément dans sa classe toute timide, ne sachant que faire de ses complexes qui semblaient l’envahir à tout instant. Lire la suite
Au fond de la vallée
Fond de la vallée
Nuages effilochés
Accrochent les sapins
S’éparpillent vers le ciel
Aux cris des merles qui babillent
Alerte : le soleil s’est levé. Lire la suite
La chambre bleue – Fin de journée

peinture de Suzanne Valadon
Fin de journée
Nonchalante et rêveuse, elle observe, l’esprit ailleurs, sans vraiment voir, sans vraiment regarder les gouttes de pluie d’orage qui tracent des rigoles sur les carreaux poussiéreux de la fenêtre entrouverte. Sa bouche pulpeuse embastille une cigarette. À quoi peut-elle rêver ? Deux livres soigneusement fermés, posés à ses pieds, évasion assurée en cette fin de journée. La belle rêveuse n’en finit pas de compter, sans compter, d’observer sans voir, d’écouter sans entendre les gouttes de pluie qui inlassablement se pourchassent puis s’effacent sur le bord de la fenêtre. Les livres abandonnés sur le bord du lit envoûte son esprit. La belle songeuse, s’échappe de la méridienne, le lieu n’a pas de prise, elle s’évade hors du temps, chaque seconde égrène l’instant, le présent soudain passe et s’efface, hors du temps elle fixe et suit la gouttelette qui frappe le carreau puis glisse doucement et disparaît sur le rebord de la fenêtre.
M.Odile Jouveaux