Le printemps avait laissé place à l’été. L’air était sec et le soleil impitoyable annihilait toute volonté.
Les immeubles embrasaient de leur grand corps de béton la verdure clairsemée ; les bacs à sable étaient vides, attendant le réveil des enfants. Le soleil n’avait pas encore dépassé les toits.
Les sacs poubelles s’entassaient dans les rues étroites ; l’odeur montait jusqu’aux fenêtres, oppressante, écrasante, omniprésente.
La place était encore vide, vibrant sous l’assaut des mouches, dans un balai bien orchestré.
Un obscur voile de déchéance et d’oubli me donnait la sensation d’un abandon total ; j’éprouvais une déception difficile à décrire, qui ne se laisse pas définir, dépassant ce que les mots peuvent exprimer, l’impression de flotter, tel un navire sans capitaine.
Le souvenir de l’homme qui m’avait abordé la veille, revenait me hanter. Il n’avait pas supporté l’impuissance, sa responsabilité était à la mesure de sa virilité ; sa colère avait été terrible devant mon refus.
Il souhaitait m’aider, m’avait-il dit ; j’étais seule dans cette ville peuplée d’individus qui me paraissaient tous plus étranges les uns que les autres, errant de ci de là, cherchant à tromper l’ennui.
Je lui avais dit de m’attendre dans la rue, au pied de l’hôtel, que je devais juste rejoindre ma chambre pour me changer, que j’en avais pour un quart d’heure mais je n’avais pas l’intention de redescendre…
Son apparente tranquillité n’avait pas résisté longtemps au poids de ses pulsions et il était monté, avait enfoncé ma porte.
Rapidement on se retrouvait dans l’ambiance ; pas de faux semblant ; j’avais l’impression de me retrouver dans des rapides, tout sens de l’orientation envolé.
Évidemment, pourquoi aurait-il résisté à un peu d’aventure…
Ma sensation d’impuissance était assourdissante et en même temps libératrice ; j’étais exemptée de ma propre responsabilité.
Peut-être que finalement j’étais dans un mauvais polar.



