Éloge du désordre – l’espace sauvage

Environnée d’un jardin réduit à l’état de friche, la maison émerge d’un fatras d’herbes folles, de ronces, d’orties. Sur le seuil de la porte d’entrée entre baillée, serrure brisée, des toiles d’araignées pendouillent des poutres poussiéreuses.

Saleté, immondices jonchent le sol. Dans l’évier casseroles, assiettes, couverts nagent dans une eau où flottent des moisissures duveteuses et grisâtres. Odeurs immondes, humidité des murs ruisselants de gouttelettes mêlées à la graisse de la friteuse où l’huile s’est figée.

Pas à pas s’introduire dans ce lieu dévasté, à rebours, à reculons retrouver quelques traces d’une vie chamboulée, d’une vie disparue.

Agripper la rambarde de l’escalier barré de fil de fer barbelé, enjamber un tas de vêtements jetés ça et là au pied de l’armoire grande ouverte qui dégueule ses entrailles sur le tapis crasseux et puant, se frayer un chemin entre un tas de photos déchirées et un dictionnaire ouvert à la lettre M, comme misère, malheur, maboule, mort. Atteindre l’étage obstrué par des bâches en plastique, des briques, du plâtre, de quoi construire un mur, mur de colère, mur de rage, de folie.

Comment fuir ce chaos, sortir de l’enfer de la folie qui hante cet espace .Accroché à la fenêtre dans un carcan de fil de fer rouillé le petit ours en peluche élimé veille sur le jardin Il a perdu un œil, muet, à lui seul, il porte le chagrin. Mais alors, comment

Effacer l’histoire, pouvoir s’évader, s’envoler, oublier.

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Éloge du désordre – la couturière

Quel bourbier ! Enchevêtrements ! Les bobines de fils de couleurs sont mêlées, indissociables. Non pas tirées à quatre épingles mais ébouriffées… Agonie de la couturière… La boite à couture merdique à deux étages, a explosé sur le sol. Renversée – les dés, collectionnés depuis la nuit des temps ont sauté et les bobines ont explosé, comme si une main inconnue les avaient fait rouler. Comme disait ma grand-mère les dés à coudre doivent se porter avec doigté pour filer. Les dés à coudre ont été portés de génération en génération, certains simples d’autres raffinés, élégants, bordés d’or et d’argent.

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La grande pièce

Après la soirée festive d’hier où tous les cousins se sont retrouvés, je me réveille seule et me dirige dans la maison silencieuse vers la vaste pièce principale de l’habitation de ferme. Le cousin chez qui nous sommes accueillis est, je pense, déjà parti à la salle de traite, les plus jeunes doivent dormir. Je trouve de quoi me faire un thé et, assise au bout de la grande table, j’observe autour de moi.

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Les places 

Entourée de peupliers, éclairée par le soleil, elle se dresse au milieu d’un village qui sent bon la lavande. À cet endroit, le reflet des feuilles danse sur le sol éclairé de la lumière d’été. Toutes les rues aux alentours y aboutissent et les touristes s’y retrouvent pour y consommer une boisson fraiche ou un café. Quelques-uns d’entre eux y circulent pour longer les boutiques avoisinantes. L’un d’eux vient d’attraper un maillot bain sur le portique posé devant, sur l’un des trottoirs. Une estrade est installée sur l’un de ses coins, entourée de chaises empilées prêtes pour la fête car il y a bal tous les soirs.

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