Marcus
Les éperons de verre se dressent avec vitalité face et menace
Ils m’écrasent
Quel avenir nous réserve ce système où la raison se casse aux murs de verre ?
Juliette
Je la vois cette petite fille qux tresses blondes
Qui joue à cloche-pied sur les vestiges du mur
L’ignores-tu ou te joues-tu du passé ?
Bruno
Jonathan, Judith, Diego, Paulo, Wilhem, Pierrot le fou, Grettel
Est-ce que vous qui me parlez, qui m’appelez
Qui me rappelez notre histoire ?
Jean
Sera-t-il broyé ?
Surveillé ? éduqué ?
Ou vivra-t-il libre ?
Boris
Du fond de leur cachot, briques à présent en pleine lumière
J’entends l’ignominie, la terreur, l’horreur,
Ces cris me parviennent
Charlie
Checkpoint de marionnettes dans un théâtre miniature
Abritées derrière de faux murs de terre
Qu’avez-vous fait de moi ?
Sarah
Où suis-je ? Cachée, dérobée, oubliée, anéantie
Puis-je disparaître ou réapparaître comme ces corps
Qui passent furtifs, cris de vie et de mort, mêlés ?
Johnny
Est-ce un labyrinthe, un jeu ?
Cet alignement gris de volumes austères ?
Qui sont ces héros anonymes ? Game over
Alexandre
Je monte, je descends, j’ondule, je m’enfonce, je me perds
J’entends l’échos des murmures menaçants fissurés comme des larmes qui coulent
Quel danger va me surprendre ?
Grégoire
Quelle est cette rumeur qui bruit de ce carrefour ?
Je vois les deux SS qui surgissent des signaux de transports
Je me demande s’ils changent de sens
Prenons garde, le pire est-il toujours si loin ?
Alexandre
Laisse –toi aller au fil de l’eau
Vois ces corps allongés comme ils sont beaux
Oublie tout, tu rentreras bien assez tôt !
Grégoire
Le calme est revenu
Ne sois pas si têtu
Tu ne t’inquiéteras plus !
Juliette
Que font là ces statues de femmes
Corps sculptés en si grande beauté
Remplis-toi d’elles et aime !
Charlie
Petit bijou, hibou, caillou
Allez, viens danser mon chou
Rendons le soir un peu fou !
Sarah
Stop ! Halte ! Ausweiss bitte
Au-delà du pont on ne passe plus !
Vite, courons !
Johnny
Balade sur la Spree
Interdiction de vapoter – Pas cool
Pont de briques rouges et Donjon
C’est parti – action !
Marcus
Apaisez-moi tours de briques ancestrales !
Limitez mes peurs et mes râles !
Emmenez-moi danser dans vos bals !
Sarah
Me voici donc dans l’ombre fantôme de ce vieux cimetière juif
J’entends dans ces murs le bruit de machines à coudre, des ciseaux qui taillent dans les fourrures, qui trouent le cuir, des réunions musicales, des danses communautaires.
Ces petites boutiques où l’on vendait au mètre les colifichets
Cette culture au cœur de la production
Rêves brisés sans cesse re-émergent
Où les créateurs s’approprient le privilège d’être présents ici
Johnny
Bascule dans l’histoire
J’ai franchi la forteresse et gagné le repos dans ce lieu verdoyant
Enfilade de cours tranquilles
Ce n’est plus un labyrinthe, la sortie est fléchée
Je suis arrivée au but
Fin de partie
Alexandre
Me voilà sur ma place, grande et impersonnelle
Tour immense, mélange d’anciens bâtiments de briques rouges
– églises et bâtiments administratifs – elle ne me convient pas
J’en abandonne la paternité à qui veut et me réfugie au cœur de Hackeche Höfe
En oubliant la cour des juifs aveugles de 1940 à 1945 – non rénovée
Et le musée d’Anne Frank, au fond
Juliette
Petite boutique de chapelier, aux bibis créatifs
Des jouets d’enfants laissés dans le sable autour du marronnier
Les balcons aux branches retombantes, garnis de tables et de chaises pour le repos
J’aimerais retrouver ici mon amie d’enfance
Marcuse
Vieille université d’Humbolt
Tu es le droit, tu es la science
Tu es l’intelligence proclamée
L’auteur
Et pourtant en ces lieux, en un jour
Par la folie d’un groupe embrigadé
Des autodafés regroupèrent des fous
Marcus
Vieille place avec les pavés foulés
Par les empereurs , les évêques, les parlementaires
Tu t’es offerte à ceux qui ont dominé leur époque
L’auteur
Oublies-tu, en la célébration de ces pouvoirs,
La folie de l’Histoire aux heures sombres des horreurs
Tout chef peut devenir un jour un tyran !
Marcus
J’entends les cloches de midi à la Cathédrale Hedwige
Réplique des monuments d’Hadrien jouxtant l’hôtel ….
Suis-je en Italie ou à Berlin ?
L’auteur
Tu le sais, les familles d’Europe étaient cousines
Unies dans la même supériorité aristocratique
N’éprouves-tu pas une désillusion à évoquer ces lieux révolus et encore présents ?
Marcus
Je me fonds dans ces groupes de touristes
Toutes ces langues bruissent à mon oreille et me régénèrent
Ce cosmopolitisme de loisir me fait du bien
L’auteur
Que retiendront ces gens de ce qu’ils voient ?
Et toi, n’oublie pas cette bibliothèque vide et ces vers de Heine
Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes
Bruno
Sais-tu où jaillit la lumière ?
Sais-tu faire pousser les fleurs ?
Je te suivrai sur ces chemins, le sais-tu ?
Juliette
Tandis qu’une fillette joue avec des feuilles
Tandis que je la regarde, entre ces deux murailles de métal
Tandis que je doutais, elle me redonne espoir
Johnny
Loin du réel je joue devant cette forteresse inexpugnable
Loin d’avoir douté de mes capacités à oublier
Loin de tout, je sais que je vais gagner car j’ai trouvé la clé de son point faible
Sarah
Quelqu’un est-il passé ?
Quelqu’un s’est-il arrêté ?
Quelqu’un peut-il enfin parler ?
Grégoire
J’aimerais ne pas me heurter au métal froid et gris
J’aimerais ne pas regarder dehors à travers des meurtrières ou un judas
J’aimerais d’autres chants que ceux des oiseaux mécaniques
Josette Emo