La fin de semaine, au port

 

Les riverains savaient qu’après leur train-train de la semaine, s’animerait leur weekend et que l’odeur de poisson se répandrait jusque sous leurs fenêtres, comme se répandraient Ginette et Mariette, les danseuses, si l’on peut dire, les sauteuses de la brasserie du vieux port, faisant se lapider en de courtes heures, le maigre salaire des pêcheurs de morue.

Des morues dans les cales et des morues dans la taverne s’exhaleraient les ‘transpis’ des uns et des autres. Et le port s’animerait et le commerce aussi.

Tous, des forts en gueule qui raconteraient leurs bravoures dans les eaux glacées de la Baltique. Avis à qui pourrait remettre en doute leurs exploits de marin, sachant toutefois, que nul n’avouerait ses propres chiasses provoquées par les creux de dix mètres ou ses larmes secrètes à la peur de plus revoir ses enfants.

Et les ruelles du port ‘s’embruieraient’ et les ruelles du port ‘s’ensaliraient’ de nouveau de chiques jaunies, crachées par les matelots et de pisses odorantes maculant les bites d’amarrage. Et les bouches d’égout tout comme les caniveaux deviendraient d’heureux réceptacles, de tous les ‘dégueulis’ et autres vomissures d’un trop-plein de rhum et du mauvais brassage d’orges pourrissantes.

Un monde extraordinaire pour quelconque passan, un monde ordinaire pour un port de pêche. Et ils les entendront se la raconter, pétant d’orgueil et d’éructation de leurs exploits réels ou inventés.

Et ils se vanteront de la pénétration de leur pénis, qu’ils prendront pour un dû après tant de mois d’abstinence, alors qu’ils n’avaient même pas pu s’astiquer le mât, tant ils étaient fourbus de fatigue.

Et puis, une nouvelle fois, certains entendront l’histoire de Bjorn, qui aurait pu être la leur, ou à peu près – Bjorn, qui vendait toute sa poiscaille de poissons trop petits pour le marché officiel, mais bien venue chez quelques bistrotiers non-regardant qui n’y voyaient bien sûr, que bénéfice. Et l’autre, qui savait tout sur tout, qui s’impatientait devant la porte du Bjorn, la transformant en Punching-ball, se targuant d’être policier, policier d’apparence, mais surtout arrangeur de bonnes affaires, qui prenait une com sur tout ce qu’il pouvait. Il n’avait pas que lui à voir, disait-il en cette aube naissante. Faut le comprendre, diraient les gars du port, il travaille que deux nuits par semaine.

Il s’y entendait le lascar, pour leur trouver les bonnes adresses, de quoi acheter quelques fanfreluches ou quelques bijoux à la provenance douteuse, mais qui leur serviraient à ces marins-là, à se faire pardonner beuveries et catins, une fois rentrés à la maison. Savoir négocier était indispensable, mais surtout, il était plus important encore de le gueuler fort et haut et d’être régulier.

Puis le charivari du weekend s’estomperait, le port pendant la semaine se reposerait sentant toujours la morue, en attendant les cornes de brume du prochain samedi.

Didier d’Oliveira

Aller entre le feu et la lampe

Entre le feu et la lampe l’histoire se déploie. Il faut y aller, y pénétrer, l’ausculter pour en comprendre l’évolution, retourner aux origines pour vivre le présent. Mouvement de bascule sans cesse réitéré. Sentir en soi les traces du passé, celles qui résonnent dans l’instant. Temps court, temps long d’une vie.

Entre le feu de la passion et la lumière fade sous l’abat-jour de la lampe, combien de renoncements ? L’hydre de mer étend ses tentacules pour mouiller la flamme. Et voici  que l’amour s’éclaire en douze volts. Les plombs ne sautent plus, les sentiments sont court-circuités jusqu’à l’extinction finale.

Allons repars vers l’énergie première, celle aux couleurs rouge vif qui réchauffent le décor. Souviens-toi de tes frères nomades, allumant sur leur passage des foyers chatoyants. Ils vivaient de terre et  d’eau, l’air emplissait les poumons de leurs nouveaux-nés. Les tribus marchaient de l’avant mais, s’ancraient dans leurs muscles et leurs neurones toutes les gamètes de leurs pères.

As-tu oublié d’où tu viens ? Tu portes en toi cette dette de vie, ne te transforme pas en ayant-droit. Personne ne te doit rien.

Entre le feu et la lampe le volcan éteint surprend par l’explosion subite de lave. La croûte se fend. Les lapis se fragmentent qui serviront de terreau fertile. Qui sait ce qui poussera sur ces nouvelles strates ? Des variétés endémiques renouvelées rendues possibles grâce à des éléments venus du fond des âges. Cycle sans cesse recommencé.

Josette Emo

Mots-valises

Avorture : intrigue romanesque qui s’amorce et puis qui tourne court. « Audace de Rousseau : il est le premier écrivain à avoir fait le récit de ses avortures galantes » Gide

Petit fictionnaire – A. Finkielfraut

Antalgirouette : instrument destiné à mesurer les revirements d’opinion des personnages politiques.

Hivertige : malaise ressenti lorsqu’on ouvre trop rapidement une fenêtre en hiver au Québec.

Poétagère : meuble destiné à recueillir et classer les textes poétiques par genre et par auteurs (en vente chez IKEA)

Polentaximètre : distributeur de semoule de maïs en usage en Corse et en Italie, mis au point par Napoléon.

Tabourelet : petit siège bas et sans dossier à large assise très prisé des personnes en surpoids.

Topitambour : plante vivace de la famille des astéracées cultivée pour ses tubercules. Ces derniers, une fois séchés et évidés sont utilisés comme percussions par les musiciens haïtiens.

Volovendange : petites bouchées aux raisins consommées au Moyen Âge dans les banquets de la cour des ducs de Bourgogne

Danielle Fayet

Maniprestation : revendication de prêtres.

Joubilation : joie intense procurée par le jeu.

Mangoisse : stress provoqué par l’action de manger.

Maiserter : abandonner sa maison.

Sexotisme : goût pour les relations sexuelles à l’étranger.

Calmener : se promener tranquillement.

Fêtecine : action de soigner par la réjouissance.

Clarysse

Esperrance : divagation optimiste

Entredeuxième : place difficile à obtenir

Ecripure : recherche d’une écriture parfaite

Atelierre : cabane à outils pour plante grimpantes

Espaceromana : paix durable interstellaire

Gobelaid : verre qui ne donne pas envie de boire

Charibarique : désordre à la fin d’une soirée arrosée

Josette Emo

SpacsonanceN. commun : son dans l’espace

AmalowAdj : avoir l’âme faible

Distcriture – N. commun : écriture au kilomètre

Astroconnectinterjection : euréka du futur

Tempourien – N. commun : temps perdu

Vidtascience N. commun : orgueil

AdhésbornN. commun : adhésion à champ limité

Marsoblig – jargon banquaire : opération financière à longue échéance

Didier d’Oliveira

 

Érectilité

Orgueil du site et orgasme

Au petit matin.

            

          

La montagne est hermaphrodite, au matin, elle est mâle et se dresse en éphèbe.

Aux premières pointes de l’aube, dominant, son mât est déjà dressé, invitant les vallées à se faire femelles.

Alors, des confins de l’aube, exhale de cette luxure, une nuée de gouttelettes qui enveloppent le prince d’une ouate délicieuse.

Maintenant, quelques nuages engorgés, s’effondrent et s’en vont déposer leur semence sur les pentes assoiffées.

Et, l’on entend dès lors, dans le silence majestueux, les vibratos d’une lyre comme celle d’un zéphyr, frémir dans les branches des cèdres et souligner leur plaisir.

Alors, toute entière la vallée bisexuée halète fumant, laissant à l’artiste, une onde orgasmique.

Et l’artiste va bientôt ôter sa vareuse, comme la montagne va ôter sa canopée.

Si bien que, de l’endroit même où il a posé son chevalet, sans pudeur, la montagne lentement va se dévoiler, offrant au pinceau, toute une gamme de couleurs.

Puis, c’est le peintre, qui à son tour, exultera en couchant sur sa toile, la montagne révélée.

Ah ! Qu’aurait-il donné l’artiste en ce moment privilégié, pour être non seulement au sommet de ce mont érigé, mais également à sa naissance, pour fixer sur la croûte, l’irruption volcanique et l’incandescente lave qui fût son alpha et qui est devenu maintenant, cet oméga généreux.

 

Aimante vallée

A l’écrin endiablé

Au phallus en rut.

Didier d’Oliveira

À l’aube naissante

Brume effilochée

Dénude la montagne

Contemple le pin

Sortie de la forêt, assise au pied de l’arbre, dos appuyé au tronc j’observe au loin la brume légère qui cache la montagne. Un voile translucide descend du ciel pour se perdre sur le flanc escarpé de la cime bleutée. Un courant d’air frais me caresse le visage. Les branches basses du pin frissonnent, émettant un chuintement craintif et sourd. La tête du pin se courbe légèrement puis se tend vers la montagne dont on aperçoit le sommet. Le voile se déchire, s’érafle, s’accroche à ses pieds couvrant de ses plis froissés le fond de la vallée. Le pin lui, s’étire, s’allonge et grandit. Dans une course folle il s’efforce d’atteindre le sommet du mont qui se fige là-haut entre ciel et terre, la tête dans les étoiles, les pieds dans la glaise.

Le pin n’en finit plus de croître. La montagne ne bouge pas. Splendeur enveloppée dans un voile de brume, elle observe la cime du pin qui lui chatouille les pieds. Elle le sait ; il n’y arrivera pas. L’arbre s’épuise. Avant la fin du jour il renoncera à gravir le flanc du mont sacré, histoire de babiller sous la nuée céleste, suspendu dans l’espace flottant, sans racines au milieu des étoiles au-dessus de la pointe du mont sommeillant.

Le rêve alors s’estompe dans la nébuleuse confuse de l’aube naissante.

M.Odile Jouveaux

Le vol

Parois abruptes

Sapins surplomb et vide

Vapeurs éthérées

Perchée au sommet de la paroi abrupte, je devine, à travers les lambeaux de brume diaphanes, les contours du torrent furieux qui dévale de la haute montagne. Le grondement sourd des masses d’eau qui s’écrasent sur les rochers en contrebas retentit dans la gorge étroite. J’imagine le galop d’un troupeau de chevaux blancs, je les vois crinières au vent, écumant de fatigue, ivres de la cavalcade effrénée qu’ils mènent depuis les sommets. Je suis fatiguée

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Le rêve

S’échappe la roche

Effluves happés par le vent

Danse le brouillard

Ils s’échappent de la terre, doucement. Pics de marbre et d’ardoises. Les silhouettes presque humaines sont accrochées aux roches sombres et délavées. Les pics en forme de phallus sont attirés par les cieux, happés par le vent, fumées denses et dansantes. Fumet blanc de beauté et d’espoir. Estampe de brouillard cotonneux. Seuls… le monde n’existe plus. Le vide est partout. Seuls… restent leurs vagues contours, peintures dégoulinantes de pleurs.

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