Elle caméléone

Il y a un rêve et un corps. Le corps est dans le rêve

Elle est seule, au milieu de la pièce vide. Accroupie sur le sol, pieds nus, immobile, absente, indifférente à ce qui l’entoure, enfermée dans sa bulle. Lentement elle se relève, le bras droit s’étire, la main saisit le souffle d’air qui palpite autour d’elle. Elle se perd, s’étire, pivote sur elle-même, marche à pas lent avant, arrière, sur le côté, elle s’en va, danse, danse avec les mots qui s’échappent de sa bouche. Elle écoute, écoute la musique, vibrato étouffé, perdu loin, loin dans son âme égarée.

Silencieuse, elle se recroqueville, s’allonge sur la dune bleutée, se relève alors et de sa main agile attrape le vent, l’air, l’espace.

Elle jongle avec son corps, se tortille, se balance, se déhanche, se trémousse. Soudain elle s’emballe tend les bras vers les étoiles, lévite doucement, se laisse planer, disparaît. Elle s’en est allée. Il reste sur la dune l’empreinte de ses pas que l’écume de mer bientôt emportera.

M.Odile Jouveaux

Elle caméléone

Il y a un rêve dans ce corps
le corps est dans ce rêve

Où trouver l’espace pour s’épanouir, que va-t-il sortir de cette chrysalide au corps fragile, silencieux, attentif ? Elle tend ses bras vers d’autres cieux, elle hésite, recule, souffle rentré, membres à l’arrêt. Chiffonnée encore, elle se dépliera petit à petit ; 1, 2, 3 la voilà sortie ! Tête haute, elle se tient en équilibre, boucles noires en balancier, bras repliés encore. Un lac soudain l’accueille, miroir de ses rêves, elle y plonge le visage, et devient eau, bercée par les ondulations de surface, le clapotis assourdi la berce. Elle s’endormirait presque, sirène alanguie, allongée sur les fonds plats.

Puis une impulsion, un désir, un coup de reins, le bassin en pivot, elle réémerge, s’épanouit en lotus, fleur encore en bourgeon. Le vent la dérive sans rive, elle se délecte de l’instant.

Soudain au-dessus d’elle, un fil, elle s’interroge, le touche du bout de l’index. Va-t-elle le saisir, se laisser tirer vers d’autres liens ? Elle recule, observe, fait silence en elle-même, appelle la petite fille, part oubliée d’elle-même. Mais curieuse, elle tricote ce fil, du bout des pieds , du bout des mains, pousse la porte, s’entoure de ce nouveau cocon, dont elle connaît les nœuds ; ils seront faciles à démêler. Alors, elle devient oiseau, une chute contrôlée en gestes ralentis l’amènera à l’abri sous ses ailes déployées vers des dunes amollies.

 La peur a disparu, elle écoute le silence. Le désert ne lui fait pas peur, elle se confond avec la couleur du sable, s’y enfonce en petits mouvements arrière jusqu’à disparaître, rêve fugace et évanescent.

Josette Emo

Et fermer les yeux..

L’effleurer avec le son de la musique pour écouter la meilleure volonté du monde

L’épouser avec le geste pour s’approcher d’individus invisibles

La saluer avec le regard pour illuminer sa beauté tragique

Et fermer les yeux avec bien-être pour ne plus rien oser dire…

Bouger avec la lumière pour se sentir grandir

Glisser avec son corps pour se détacher des autres

Regarder avec les yeux de l’autre pour éprouver du mépris de soi.

Et fermer les yeux avec pudeur pour simuler l’indifférence…

Se courber avec harmonie pour esquisser un vague sourire

Echanger avec l’espace pour prendre inspiration

Etre ensemble avec plaisir pour très longtemps.

Et fermer les yeux pour ne pas se heurter à l’infranchissable..

Clarysse

Un rêve et un corps

Il y a un rêve et un corps, le rêve est dans le corps.
Elle entre en scène, glisse, le sol l’absorbe. Ses jambes s’écartent, hésitent, ses bras se tendent vers le ciel pour redescendre enfin.
Toujours recommencer et toujours repartir..
Ses ailes sont ouvertes et puis raclent le sol ; elle hésite, revient, se reprend, souffle, recule et tombe. Puis se recroqueville et rentre en elle-même.
Au sortir de ses rêves agités, tout son corps se cambre et se tord de spasmes; sous les secousses du reptile, la douleur s’exprime, sensuelle.
Ses mouvements bégaient au rythme d’un métronome : tremblements réguliers de bête agonisante.
Son regard devient flou, ses yeux suivent ses mains, suppliantes.
Vertiges au coeur des métamorphoses ; la femme a enfanté. Elle se fond dans le sol, son corps git sans vie et ses rêves sont nés.

Clarysse

Itinéraire des sons de mon histoire

Les premiers bruits dans mes souvenirs, c’est dans ma petite enfance. Nous habitions alors une petite maison au bord d’un gave, celui de Cauterets avant qu’il devienne celui de Lourdes puis de Pau… C’était un torrent tempétueux descendant de la montagne au-dessus de notre village.

Et ce gave pouvait faire grand bruit, et ces bruits me faisaient peur, surtout lorsqu’il fallait aller aux toilettes, aux pichadets, à savoir une petite baraque juste au-dessus du fameux gave.

Le gave sonnait, tonnait, grondait, roulant les cailloux qui s’entrechoquaient. Quel tumulte sous mes fesses !

Chasse d’eau en continue ! Faut dire que l’écologie n’était pas encore à la mode…

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écoutez la chanson bien douce

les voix douces et discrètes rêvent d’émeraude

l’hypothèse de départ à la tierce désolée

à présent voilée comme une veuve

fière dans son voile se pavane

un voile sur un praxinoscope

l’irradiation d’une étoile

la beauté d’une vie

la beauté d’une envie

accueillez la voix qui persiste un son naïf sans colère et sans larmes

écoutez la chanson

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