
– I –
Une lumière maussade filtrait sous les volets. Le jour se levait à peine et le crépitement de la pluie sur le gravillon de l’allée me parvenait à peine feutré. Je savourais cet instant encore blottie sous ma couette, le temps de m’étirer et de me préparer pour me rendre à la bibliothèque municipale du Crotoy dont j’ouvrais les portes tous les matins à la même heure depuis des années. Quel que soit le temps, pluvieux et venteux le plus souvent, je passais toujours par le chemin de Basse terre qui menait tout droit au quai Léonard, face à l’immensité de la Baie de Somme. C’était chaque matin un spectacle différent, une atmosphère changeante au rythme des marées qui s’offrait à mes yeux et dont je m’imprégnais, un moment de plénitude en harmonie avec la nature, avant d’aller m’enfermer dans le cocon de la bibliothèque. Ce matin-là, la marée basse laissait miroiter à l’infini le reflet des nuages poussés par le vent sur les innombrables vasques d’eau retenues par les sillons sablonneux. L’eau qui serpentait n’en finissait pas de dessiner des formes mouvantes aux gris nuancés de teintes violines ou bleutées selon les courbes et les déliés. J’avais du mal à discerner la mer au large qui se confondait avec la ligne d’horizon à peine marquée et je m’amusais à suivre des yeux un filet d’eau luisant. Mon esprit s’évadait dans les méandres au fil de l’eau et comme souvent je me laissais emporter à rêver. L’envol d’une mouette me tira de ma contemplation. Un rapide coup d’œil à ma montre, il était grand temps de repartir. Je longeais le quai en direction du vieux port où le vieux Nautilus rouillait depuis des années, tantôt flottant comme un misérable vestige du passé, tantôt, comme ce matin, lamentablement échoué sur le flanc, offrant aux mouettes indélicates un promontoire propice à leurs déjections. Le sous-marin faisait partie du paysage du Crotoy depuis bien des années et personne n’avait jamais pu m’expliquer clairement la raison de sa fin ici. Un dernier coup d’œil sur la baie illuminée par un timide rayon de soleil et je tournai les talons pour traverser. Le cri strident d’un groupe de mouettes m’arrêta en plein milieu de la rue, je me retournai à temps pour les voir tournoyer affolées au dessus du Nautilus qui glissait et s’enfonçait dans la vase. On l’aurait dit happé, avalé, aspiré par des masses visqueuses et gluantes. En quelques minutes à peine le banc de sable sur lequel il gisait se referma sur la coque de ferraille. Quelques bruits de succion, des bulles d’air qui éclatent et en moins de temps qu’il n’en faut pour tourner la page d’un livre, il ne restait plus rien du Nautilus. Je tournai la tête à droite, à gauche, incrédule cherchant à croiser le regard d’un autre témoin. Personne, j’étais seule, toujours figée au milieu de la rue que je finis de traverser quand un automobiliste me ramena à la réalité en klaxonnant.
Aujourd’hui c’est jour de fête au Crotoy, on célèbre les événements notoires de la ville, de ceux qui ont marqué leur époque et laissé dans la mémoire collective des souvenirs et des histoires plus ou moins arrangées, de celles qu’on se raconte de génération en génération. Chaque année c’est l’occasion pour moi d’organiser quelque chose à la bibliothèque. Une rencontre avec un écrivain local, une conteuse, l’exposition de tableaux d’une peintre ou de toute autre production artistique, tout est bon à faire découvrir la culture et l’histoire locale. Cette année je suis fière d’avoir pu mettre en valeur le Nautilus dont j’ai déniché la maquette en bois réalisée par un passionné de modélisme, un crotellois pur jus. Elle trône en plein milieu de la salle entourée de tout ce que j’ai pu rassembler comme documents sur le sous-marin, livres et articles de journaux et glaner dans les archives de la ville. Car la disparition brutale du Nautilus dont j’ai été un des rares témoins voilà plus d’un an a fait couler beaucoup d’encre et suscité beaucoup d’interrogations. Comment un tel navire, échoué dans la baie depuis des décennies a-t-il pu être englouti en quelques minutes ? Devant l’émoi général, on a investigué, sondé, enfoncé des pieux, aspiré des tonnes de sable et de vase, foré …. rien n’y a fait. Aucune trace, pas le moindre morceau de ferraille n’a refait surface. Aucune marée au coefficient extrême n’a réussi à faire réapparaître le moindre petit boulon. Les suppositions sont allées bon train, alimentant les hypothèses des plus scientifiques aux plus farfelues, quelques mauvaises langues m’ont même un temps soupçonnée d’y être pour quelque chose. Depuis les esprits se sont calmés. On en est arrivé à une quasi légende dont certains tirent déjà profit en vendant aux naïfs touristes des porte-clés ou des tasses à l’effigie du disparu. Moi qui ai gardé gravée dans mon souvenir l’image de sa disparition, j’ai l’impression de les voir salir sa mémoire et j’ai toujours en repassant au même endroit une pensée pour celui que j’appelle maintenant avec une pointe de tendresse « mon Nautilus ».
– II –

Ce matin il fait gris et l’air est chargé d’humidité, la mer est basse. Partie du vieux port, je marche vers le large en longeant au plus près le sol vaseux qui colle à mes semelles. Je ressens un frisson, d’attirance ou de dégoût je ne saurais le dire, à l’effet de ventouse qui retient un instant mon pas. Un pas de plus et à chaque fois cette succion de ma chaussure qui m’amuse. Je tâte le sol visqueux de la pointe du pied en savourant la mollesse de la vase qui résiste avant de laisser légèrement ma chaussure s’enfoncer dans un gargouillis plaintif. Devant moi quelques bulles éclatent à la surface d’un maigre filet d’eau et je m’approche d’un cercle gélatineux et translucide à la corolle violette dont les minuscules tentacules irisées viennent se lover autour de mes chevilles. Le sable s’écarte, un sillon tournoyant se creuse autour de moi et m’attire tout doucement vers des profondeurs mordorées. Je me sens bien, accueillie dans des entrailles inconnues mais bienveillantes, je me laisse glisser, le fluide gélatineux des sables mouvants filant entre mes doigts. Je suis enveloppée de la chaleur des sédiments comme un massage à la boue onctueuse et si douce à la peau et mon corps tout entier disparaît de la surface pour un monde aquatique que je découvre avec ravissement. Je me fonds dans ce milieu constitué de petites particules minérales désagrégées, essentiellement des roches, du calcaire et des squelettes de coraux et foraminifères aux dimensions microscopiques. Etrangement, des mots scientifiques que je ne connaissais pas me viennent en tête. Je distingue clairement à leur scintillement différent les quartz, micas et le feldspath, minéral tectosilicate composé de sodium, potassium et calcium. Leur brillance me rappelle le cristal des verres de ma grand-mère à la composition desquels ces roches participent. Je descends lentement aspirée et le sable laisse place aux roches sédimentaires formées sous l’eau, le grès d’origine détritique formé à partir de l’érosion d’autres roches, le schiste à l’aspect feuilleté qui se débite en plaques fines, le gneiss roche métamorphique composée de quartz et de mica pailleté. Les algues accrochées aux parois rocheuses s’agitent doucement sur mon passage, s’enroulant autour de mon corps comme pour freiner ma descente. Ici un groupe d’amphiroa anceps aux douces nuances violines, là un bouquet de bryopsis dont le plumeau me chatouille le bas du dos. Les couleurs explosent : vert fluorescent de la caulerpa lentillifera, jaune citron de l’himantale aux feuilles spaghetti dont le thalle brun olive se divise en deux, bleu de la cyanobactérie. La laminaire se cramponne solidement à la roche et le fucus vésiculeux agite ses petites boules remplies d’air en tous sens. La vie grouille autour de moi, des organismes microscopiques virevoltent en tous sens. Je sens un léger courant qui m’emporte toujours plus loin dans des profondeurs dont je ne devine pas la fin et je m’enivre du mystère de cet univers sous-marin.
Les herbiers laissent maintenant place aux polypes, ces étranges animaux marins de l’embranchement des cnidaires, en forme de mini-anémones de mer qui fabriquent un squelette commun à l’origine des récifs coralliens. De couleurs vives, ils servent d’abri à une multitude de mollusques et de poissons dont certaines espèces me sont familières. J’aperçois une huître occupée à filtrer le zooplancton, une étoile de mer qui étale nonchalamment ses cinq bras, plus loin un groupe de méduses s’éloigne lentement, contractant leurs ombrelles en cadence. Fascinée je contemple une raie léopard qui semble voler en déployant ses larges ailes. Je me surprends à l’imiter, étendant mes bras de chaque côté pour doucement les ramener vers moi. J’éprouve un sentiment de totale liberté et de bien-être en osmose avec le monde aquatique. Je joue avec un banc de tétras néon dont la ligne bleue scintille dans le peu de lumière qui parvient encore dans ces profondeurs et je me moque du poisson globe qui en me voyant a gonflé comme un ballon de baudruche. Le courant me semble plus fort maintenant. Il m’entraîne vers une masse fusiligne au ventre rebondi. Une baleine , me dis-je, attirée par l’énorme animal qui m’attend, tranquillement allongé sur un lit de sable, l’œil grand ouvert. C’est comme si tout ce voyage vers les abysses n’avait eu pour seul but que ma rencontre avec elle. Je tends déjà la main vers elle, prête à lui caresser le flanc quand un puissant tourbillon s’élève et me précipite dans l’œil du cétacé qui se referme aussitôt sur moi. Ebahie, je me retrouve debout, dans un espace aux dimensions humaines, entourée de parois métalliques tapissées de gravures anciennes et d’étagères chargées de livres à la tranche dorée. Je fais quelques pas hésitants sur un tapis moelleux avant de m’effondrer dans le fauteuil en cuir qui me tendait les bras. Désemparée, je ne peux que fixer par le hublot qui me fait face, le monde aquatique auquel je viens d’être arrachée. Je me croyais partie pour le centre de la Terre, j’étais dans le salon luxueux d’un sous-marin
– III –

—Je vous attendais. Vous voilà enfin, après tant d’invocations, tant d’heures passées à faire tourner une table ronde, à chercher le contact d’une âme venue de l’au-delà… Oh, ne vous méprenez pas, je ne parle pas de l’au-delà des morts. Non, c’est de l’au-delà des vivants qu’il s’agit, celui des êtres mortels qui peuplent la surface de la Terre d’où nous sommes venus. Combien de fois n’ai-je pas pleuré ma solitude ? Tout s’est-il envolé ? Je suis seul, je suis là, j’appelle sans qu’on me réponde. Ô vents ! Ô flots ! Ne suis-je aussi qu’un souffle hélas ? Hélas ne suis-je aussi qu’une onde ? Ne verrai-je plus rien de tout ce que j’aimais ? Mais laissons là mes tourments. Nous voilà tous trois ici réunis, vous, ma bien-aimée Juliette et moi-même, ici, au cœur d’un sous-marin, le Nautilus, berceau de nos amours secrètes, tombeau d’un destin qui un jour funeste nous précipita corps et âmes dans la profondeur des mers abyssales. Etait-ce un châtiment, misérable que j’étais d’avoir trahi ma fidèle épouse Adèle, d’avoir écrit à une autre femme tant de poèmes et de lettres enflammées ? Nous partagions un amour dont tous les ans nous célébrions l’anniversaire, ensemble tous les deux, ma Juliette, t’en souviens-tu, nous revivions notre première nuit d’amour, à la campagne, en bord de mer, où que ce soit, c’était une joie infinie. La dernière fois, c’était dans la Baie de Somme, invités ici même par un jeune écrivain sans talent, un certain Jules Berne ou Verne qui demeurait au Crotoy et m’admirait beaucoup. Quoi de plus exotique qu’une nuit d’amour dans le ventre de fer d’un navire sous-marin ? Quoi de plus exaltant que serrer sur mon sein ma Juliette adorée au milieu des coraux au coeur de l’océan ? Ce soir où les Djinns funèbres, fils du trépas, dans les ténèbres pressèrent leurs pas, ce soir de lune rousse où nous embarquâmes le coeur léger, nos âmes enlacées ne sentirent point la chute fatale, la disparition de notre nid d’amour dans les sombres abysses. Et vous voilà devant moi, à mes cris, mes appels de détresse vous répondez enfin ! Demain, si le ciel qui vous envoie le permet, demain dès l’aube je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, j’irai par les sentiers, j’irai par les chemins côtiers respirer l’air iodé de la baie, j’arpenterai de nouveau les ruelles de la ville, je reverrai enfin le moulin du Crotoy si cher à mon cœur !
—Ainsi donc vous m’attendiez, j’en suis fort aise … et bien préparez-vous mon cher Hugo ! Revenir sur les lieux de votre disparition ne sera pas chose si facile. Croyez-vous retrouver la petite ville du Crotoy telle que vous l’avez laissée quand la baie vous a avalés ? Ne savez-vous pas que le temps a filé, que votre époque est dépassée ? Vous avez quitté une ville avec des voitures à chevaux. Gare à vous ! Des bolides à quatre roues au moteur tonitruant vous écraseront si vous n’y prenez garde, des cyclistes pressés lancés à toute allure vous couperont la route en vous maudissant. Le moulin que vous affectionniez n’est plus et si les cabines de bain sont toujours alignées sur la plage, vous ne pourrez pas grimper sur les rochers ni vous promener avec votre chien. Vous serez surpris du nombre de panneaux d’interdiction, des panneaux que vous ne comprendrez pas comme les inscriptions parking payant sur le sol. L’église Saint Pierre où vous aimiez vous recueillir se dresse toujours au cœur de la ville. Elle abrite en son sein un grand panneau à la mémoire des enfants du Crotoy morts sur les champs de bataille de la première guerre mondiale et vous serez encore plus étonné quand vous apprendrez qu’il y en a eu une deuxième, celle de 39-45. Le port vous décevra. Plus aucun bateau de pêche ne peut y entrer. L’ensablement de la baie commencé à votre époque s’est poursuivi inexorablement malgré la construction des écluses en 1890 et quelques années plus tard de la digue Jules Noiret. La recrudescence des phénomènes climatiques violents provoquent des crues dont la plus importante en 1987 est restée dans la mémoire des habitants. Le Crotoy n’est plus qu’à deux heures de voiture de Paris et les touristes affluent tout au long de l’année. La période estivale voit sa population doubler et on ne compte plus les résidences d’été dont certaines défigurent le front de mer. Vous découvrirez à la place de la ferme Moinel un camping dernier cri et la gare que vous avez connue n’accueille plus que le petit train à vapeur touristique. Une statue dédiée à Jeanne d’Arc écrase maintenant la place principale du Crotoy que l’on a renommée Place Jeanne d’Arc. C’est toujours le coeur vivant de la ville avec ses commerces, ses cafés et de nombreux restaurants. Vous retrouverez avec plaisir le café des canotiers qui accueillait les marins au retour de la pêche en leur servant le café bistouille réconfortant, mais c’est devenu un restaurant plutôt chic à soixante euros le menu le plus ordinaire. Sachez que l’écrivain médiocre dont vous me parliez est devenu célèbre. La maison de Jules Verne est toujours là non loin d’une gigantesque fresque que j’affectionne particulièrement. Figurez-vous qu’elle illustre un de ces romans mondialement connu Vingt milles lieues sous les mers . On y voit un scaphandre et un sous-marin, le Nautilus je crois. Ça vous dit quelque chose peut-être ?
– IV –

Le Crotoy, lundi 06 septembre 2025
Article de Nathan Nemo
La rescapée des abysses
Le Crotoy s’est réveillé ce matin en émoi. Partout dans la ville circule la nouvelle d’une bien étrange aventure, le sauvetage inespéré de notre chère Lucie, la bibliothécaire disparue depuis trois jours. C’est à deux jeunes joggeurs matinaux qu’elle doit sa survie. Partis samedi matin dès le lever du soleil vers 7: 00, les deux amis profitaient de la marée basse pour longer la baie aux sables découverts en direction du large et rallier le chemin côtier avant de revenir par la boucle Bunker bien connue des coureurs. C’est Julien, svelte jeune homme aux muscles saillants sous le cuissard de running qui par le plus grand des hasards a failli trébucher sur le corps inanimée d’une femme. Elle gisait là allongée sur le dos, le visage dissimulé par la masse de ses cheveux englués d’algues verdâtres, les bras et les jambes à moitié ensevelis dans le sable vaseux. Les deux sportifs, arrêtés net dans leur élan ont aussitôt réagi et tenté de ramener la jeune femme à la vie, dégageant son visage avant de pratiquer les gestes de secourisme appris auprès des sapeurs pompiers. En effet nos deux vaillants athlètes font partie de l’équipe des jeunes volontaires. Je l’ai crue noyée, m’a expliqué Damien, le cœur encore palpitant, vraiment ! Elle était si blanche, les yeux fermés, la peau marbrée de tâches bleutées … j’ai cru qu’elle était morte, quelle horreur ! et Julien d’enchaîner : Surtout qu’en plus on l’a reconnue. On ne parlait que de ça depuis deux jours, la disparition de Lucie la bibliothécaire. Ça nous a fait un de ces chocs ! Penché sur la jeune femme et ne sentant aucune respiration, Julien a aussitôt pratiqué le bouche à bouche sans s’arrêter jusqu’à ce que pour leur plus grande joie, la victime entrouvre les yeux Alors, elle s’est mise à trembler, m’a raconté Damien, elle était secouée de spasmes incontrôlables, les yeux ouverts à moitié révulsés. Les deux amis l’ont alors enveloppée dans leur veste de jogging, lui procurant toute la chaleur possible en l’enserrant de leurs bras et en la frictionnant énergiquement, croyant la perdre à tout instant d’un malaise cardiaque. Ils ont été soulagés quand Lucie enfin réchauffée a repris ses esprits et leur a parlé. Elle avait les lèvres toutes bleues, m’a raconté Julien encore ému au souvenir de cet instant, les yeux grands ouverts. Elle m’a souri et m’a dit Bonjour. Bonjour, un mot bien banal, mais dans ce contexte, un mot porteur de vie et d’espoir. Lucie s’est alors mise à leur raconter une histoire des plus abracadabrante, un récit saccadé auquel les deux jeunes hommes n’ont pas tout compris. Ils me l’ont relaté dès leur retour et vous allez vivre, chers lectrices et lecteurs, avec notre Lucie, une aventure abyssale, digne de notre légende crotelloise, celle bien connue du Nautilus disparu. Elle s’était endormie la nuit près de la grève, leur a-t-elle conté, vendredi soir, dernière journée de l’exposition sur le Nautilus qu’elle avait montée à la bibliothèque, le Nautilus à bord duquel elle s’est retrouvée après avoir été engloutie dans les sables et avoir découvert le monde des profondeurs. Elle avait les yeux brillants d’émotion en nous racontant sa traversée fantastique. J’avais bien envie de la serrer plus fort dans mes bras, m’a confessé Julien, tant elle avait l’air triste d’avoir quitté ce monde. Et c’est là, projetée dans le cœur luxueux du Nautilus qu’elle dit avoir fait la rencontre la plus incroyable, la plus inimaginable. Le célèbre romancier et poète du XIXè siècle,Victor Hugo en personne se dressait devant elle et lui parlait ! Oui, chers lecteurs dont je devine la mine ébahie, oui il lui parlait. Et notre Lucie, maintenant célèbre au Crotoy, notre jolie bibliothécaire lui a tant décrit notre époque et notre ville d’aujourd’hui, lui a donné tant de détails sur notre civilisation au rythme accéléré qu’il a abandonné l’idée de remonter à la surface.
Aujourd’hui après trois jours d’examens à l’hôpital, j’ai pu rencontrer Lucie et connaître le fin mot de son histoire. Je vous livre en exclusivité les dernières paroles que Victor Hugo aurait prononcées. Vous, qui avez été envoyée pour nous sauver de cet écrin de fer, vous qui auriez dû rester à notre place, vous qui deviez vous sacrifier pour nous sauver ma Juliette et moi-même, retournez dans votre monde. Ici nous sommes, ici nous resterons, dans notre nid d’amour, notre cocon éternel .
Quoiqu’on pense de la véracité de cette aventure, elle n’a pas manqué de me fasciner et donne enfin une explication à la disparition du Nautilus dans notre baie. Savoir que l’illustre Victor Hugo et sa maîtresse en seraient la cause apporte à notre légende une dimension exceptionnelle.
Sachez chers lecteurs et lectrices que dès la semaine prochaine, Lucie vous accueillera à la bibliothèque où vous pourrez visiter la nouvelle exposition intitulée Victor Hugo et les Contemplations. Ne manquez pas de vous y rendre, elle promet d’être passionnante.