Mes abris

D’aussi loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours été attirée par la construction d’abris. Que ce soit dans ma chambre ou dans les arbres, c’était une nécessité absolue. M’isoler pour protéger mes secrets, m’isoler pour passer inaperçue, m’isoler pour éviter les reproches incessants quant à ma tenue, mon soi-disant manque de volonté face à toute adversité. Je pouvais ainsi lire tranquillement mes romans d’aventure et en cachette m’accoutrer comme un pirate, un cowboy ou un cosmonaute sans m’attirer les foudres de mes parents qui, très conservateurs, n’imaginaient pas leur petite fille avoir des idées d’ailleurs.

 Dès que le temps le permettait, mon père aimait fabriquer des nichoirs où mésanges, merles, geais et rouge gorge venaient se régaler. Comme il n’avait d’yeux que pour mon frère, il avait élaboré une cabane sur le tilleul trônant au centre du jardin. Lorsque j’étais seule, j’en profitais pleinement. La colline voisine, l’étang parsemé de nénuphars, les peupliers longilignes, tout me paraissait gigantesque. Seule la lumière obturait par instant à travers ces feuilles ce tendre paysage. Je m’imaginais l’étang ressemblant à un torrent que je descendais sans peur comme une kayakiste confirmée, les peupliers auxquels je montais pieds nus à la recherche de noix de coco, la colline qui me servait de toboggan aux mille virages.

Mais dans la vie quotidienne, je ne montrais qu’une moitié de mon visage, celle où la transparence était de mise. Neutre, d’une affligeante banalité, d’une discrétion sans faille pour éviter d’éveiller les soupçons. Certes pour donner le change j’affichais un même sourire contraint mais mes pensées vagabondaient sans cesse vers des contrées utopistes et mystérieuses.

Corinne Ayma

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