Le taxi bringuebalant s’arrête au chekpoint. Le chauffeur barbu et sombre présente son laisser-passer à l’homme à la mitraillette. Sa tête pénètre à travers la vitre baissée, son regard scanne les présences. A l’avant, une silhouette noire, couverte du tchador règlementaire d’où n’émergent que deux yeux sombres apeurés et striés de rouge. C’est une femme dont on devine sous l’uniforme une protubérance. Elle souffle le plus discrètement possible avec une régularité entraînée, le regard fixé sur la route.
A l’arrière trois petits corps : deux garçons semblables magnifiques, une fillette bien jeune mais déjà recouverte. Est-elle jolie ?
Et le bruit , qui retentit, qui s’arrête puis reprend, les éclairs, les fumées, les odeurs, l’enfer.
Dans un large geste bras ouverts et généreux !!, le soldat laisse passer le véhicule qui roule le plus vite possible. Le chemin de l’apaisement s’ouvre. Le chauffeur se met à siffler de soulagement et accompagne le souffle saccadé de la femme à ses côtés. A l’arrière, un chant léger de voix enfantines se fait entendre en parfaite harmonie. Même les armes se taisent. Et les kilomètres défilent.
Et un cri ! Strident, accompagné de râles, de respirations forcées, de mots hurlés et en même temps retenus. A l’arrière, les chants cessent remplacés par des pleurs.
La peur règne, celle qui les accompagne depuis maintenant un mois de guerre et de déchirement.
L’homme ralentit, roule avec précaution pour anticiper les crevasses, les nids de poule, la boue et l’obscurité qui gagne. Un œil sur sa passagère, il a compris. Il résume ce qu’il faut faire : trouver un pont, passer en dessous et s’arrêter à l’abri des représailles et des regards.
Sortir le tapis de prière pour l’étendre au sol.
Éloigner les enfants tout en les gardant sous le regard.
Sans un mot, la femme descend du véhicule avec efforts, lui indique de se retirer et va s’allonger sur le sol. Elle prie, elle sait donner la vie seule, elle le fera et cette naissance portera l’espoir d »une vie de paix.
RMQ