La planète rouge

Le village marocain est comme sculpté dans l’argile rouge de la montagne. Quand on s’approche on découvre des maisons séchées, craquelées par le soleil. Des pans de murs sont fissurés, des toits, des cheminées sont tombé.e.s. La terre, en poterie, quand elle est cuite une fois s’appelle biscuit. Cela ne se mange pas mais le mot exprime sa fragilité. Certains villages de cette région sont devenus avec le temps des ruines inhabitées, fantomatiques. Les cigognes ont construit leur nid en haut des tours restées debout.

On raconte que dans l’un de ces villages vit encore une vieille dame. Personne ne connaît son âge. Mais sa peau est translucide comme la porcelaine chinoise. Le soir, il paraît qu’on peut l’apercevoir devant sa porte quand la chaleur est moins forte. Elle est assise, les yeux mi-clos. Le soleil couchant fait miroiter des reflets dans sa chevelure, toutes sortes de couleurs inattendues comme celles des émaux sur les poteries sortant du four. Son fils était potier. Il pratiquait son art comme ses ancêtres l’avaient fait avant lui pendant des millénaires. Il modelait avec dextérité la matière molle et douce sur un tour à main. Il pétrissait la terre arrachée à la montagne, qui, dans ses mains se transformait en objets aux formes harmonieuses. Qu’est-il devenu ? Revient-il ici ? Est-il toujours vivant ? Et cette femme existe-t-elle ? Comment peut-elle survivre ?

Certaines légendes disent qu’il est devenu le Dieu des potiers. Il inspire toujours les artisans qui exercent cet art ancestral. La vieille dame serait la gardienne du lieu et de sa mémoire, la semeuse d’histoires.

Dominique Pierre.

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