Dans la cuisine de ma grand-mère paternelle, il s’en passait de drôles de choses notamment la mise à mort de poulets. C’était tout un cérémonial auquel j’aimais assister même si je n’aurais pu me résoudre à le faire moi-même. Malgré tout, j’y participais un peu lorsque ma grand-mère me demandait de tenir par les pattes le supplicié pendant qu’elle enfonçait consciencieusement au bon endroit le couteau. Mon grand-père lui, tenait l’assiette à soupe qui recueillait le sang bien chaud et se régalait déjà de la sanquette qu’il dégusterait le soir même.
La chambre située à l’étage de la maison de ma grand-mère maternelle était immense. Nous y dormions, mes parents, mon frère et moi dans des lits recouverts d’édredons gigantesques que je trouvais immensément hauts. Pour quelle raison ? Tout simplement, l’hiver, la pièce n’étant pas chauffée, il y faisait un froid de gueux ! Et même si j’avais du mal à respirer tant l’édredon pesait lourd, ce n’était rien en comparaison du confort qu’il apportait.
Dans cette maison, la cuisine faisait aussi office de chambre, de salle à manger et de salle de bain. Aussi quand le samedi arrivait, on savait tous que c’était l’heure des bains. Enfin si l’on peut dire puisque tout le monde passait à tour de rôle dans l’unique baquet. Autant dire que le verbe laver perdait une grande partie de son sens. Mais malgré tout, nous aimions ça car à deux, on ne se gênait pas pour s’éclabousser ce qui évidemment faisait fulminer nos parents.
Corinne Ayma