De la cuisine ouverte sur la salle à manger où nous sommes attablés nous parvient le fracas d’une boîte en métal sur le carrelage. Nous assistons hilares à une partie de jonglage avec des morceaux de sucres que désespérément mon mari tente de récupérer au vol pour que le chien ne les gobe pas tous.
Je suis dans la cuisine de ma grand-mère à Paris, une cuisine toute en longueur dont la fenêtre trop haute pour mes 5 ans donne sur un mur avec un trou noir où des pigeons ont élu domicile. À chacune de mes venues, un week-end sur deux, je grimpe sur le tabouret en formica jaune et j’observe le va et vient incessant des pigeons. Ce jour-là comme à chaque fois, j’approche le tabouret de la fenêtre et lève les yeux. Plus de trou, il a été bouché pour cause de fientes invasives. J’ai beaucoup pleuré.
C’est la nuit dans une location à Battangbang au Cambodge. Il fait une chaleur étouffante. À pas de loup pour ne réveiller personne, je me dirige vers la cuisine pour prendre un verre d’eau. J’allume, une myriade de gros cafards noirs s’échappent de partout et disparaissent en un clin d’œil sous les meubles. Beurk !
La cuisine de cet airbnb américain, étincelante, froide et inerte était sophistiquée, si hyper équipée dernier cri, que devant tous ces appareils ultra modernes dont l’utilisation aurait nécessité un diplôme d’ingénieur en mathématique appliquée, nous avons préféré aller dîner dehors.
La cuisine de mes rêves : j’appuie sur un bouton et le délicieux plat au fumet appétissant arrive tout seul sur la table.
La cuisine de mon cauchemar où le chat n’a pas survécu au séchage dans le micro-ondes
Annie Brottier