Quand tous les yeux sont rivés sur la scène, théâtre de toutes les turpitudes humaines, quand tout le monde manipule tout le monde, quitte à se perdre et que chacun ne cherche que son seul intérêt au dépend des autres, quand dans la vraie vie des hommes et des femmes se débattent avec leurs fantômes en disant avoir vu dans le ciel des formes lumineuses se déplacer,
quand le Covid se révèle le moins méchants des virus ambiants et que la science ne peut rien contre l’aveuglement des inconscients, quand l’émotion se cristallise dans la pudeur du silence et la beauté profonde des regards, quand on répète comme un talisman qu’on ne peut pas continuer mais qu’on va continuer quand même parce qu’on ne peut échapper à son destin, quand on n’en a pas fini avec les voyages fantastiques alors que la vie au quotidien n’est que chape de plomb sans soleil, quand la boucle est bouclée et qu’on a peur de se retourner parce qu’on sait que rien n’aura changé, quand l’adolescence fait son œuvre et que les traumatismes se réveillent, quand la famille brisera enfin le silence, alors on m’enseignera la science de l’adieu*.
Annie Brottier
*Ossip Mandelstam