Lettre à Aurore
Très chère à mon cœur,
Les violences m’ont toujours atteint comme tu le sais. Mais, pire encore, ce sont toutes ces perturbations quotidiennes, sans cesse répétées qui violent sans contrainte mon intimité et mon bien-être. Le jour passe encore et encore tout juste, car il faudrait que mon cerveau soit canalisé par de saines occupations, des occupations qui dépassent la tache quotidienne, la tache répétitive. Mais voilà, il y a les sombres crépuscules et les nuits bouleversées par maints ouragans.
Je ressasse et je ressasse encore sur mille sujets agressifs. J’essaie d’y mettre un sens, mais à peine ai-je cheminé en ce sens, que je me retrouve à contre-sens. Je me sens à quiproquo avec la logique, à contre-sens du bon sens.
La lune rousse me fait peur, j’y retrouve ses cheveux en chignon fauve façon demi-lune au sortir d’une éclipse, tant par leur flamboiement que par les violences des courants crépusculaires et boréales poussés par une bise infernale, qui finissent par défaire piques et pinces au dépit de son harmonie, délitant son image jusqu’à l’engloutir comme un corps qui disparaît dans les eaux. Comment pourrais- je t’expliquer ces affres névrotiques qui m’angoissent chaque nuit.
J’ai crainte, vois-tu d’entamer une nouvelle relation. Je ne me sens pas apaisé, mon deuil n’est pas achevé. et, je sais que tu m’attends, ce qui ajoute à ma douleur.
Félix
Lettre d’Aurore à Félix

Mon amour,
Tu vois, c’est la première fois que j’utilise ce mot. Je sais que je prends un risque, mais essaie de prendre celui-ci comme une métaphore, une trouée dans un ciel sombre, un univers bleuté qui scinde les cumulus.
Puisque tu ne dors pas, accompagne-moi quelques nuits durant. Élève-toi au-dessus de ton oreiller, tends le bras et rejoins-moi au bord de cette trouée. N’ai pas peur, je t’aiderai à te hisser et, tu y verras peut-être comme je les vois, des constructions tendues comme des totems, des nefs altières, élevées vers l’espérance comme pour te faire oublier toutes tes cathédrales tordues, aux gargouilles disgracieuses qui hantent tes nuits.
Viens et laisse-toi inviter dans cette éclipse de nuit, nous chercherons ensemble le fil de liage et nous réussirons à ré-embobiner l’écheveau jusqu’à l’écrin d’or qui constituait sa chevelure. N’aie crainte que tes tourmentes récidivent encore un peu, nous serons deux à les affronter et nous finirons par vaincre. Alors, je t’emmènerai au-delà de mes Pyrénées, vers les rives espagnoles vers des flamencos endiablés, vers de nouveaux sommets.
Comme tu le sais, l’orage chasse les nuages et j’espère que cette fantaisie que je viens de t’écrire t’inspire pour monter à l’échelle de corde qui mène vers la trouée.
Aurore qui… ( Je n’aurais pas l’impertinence d’écrire une nouvelle fois le mot)
Didier d’Oliveira
