C’est toujours le même rêve. Il se finit ainsi : assis sur un banc posé sur une placette entourée de murs qui cachent le village on aperçoit le clocher de l’église. J’attends chaque nuit, j’espère ton retour. Je rêve. Dans ce rêve tout est noir et glacé, quand soudain je sens ta main douce et tendre posée sur mon épaule, je reconnais la légèreté de tes doigts fuselés glissant sur mon cou puis se perdant dans mes cheveux que tu ébouriffes tendrement. Je le sais, je le sens c’est bien toi qui est là. J’ai le cœur battant, je n’ose regarder car immanquablement lorsque je veux te fixer tu m’échappes, tu disparais par delà le mur, sourire énigmatique, silhouette évanescente, image fugace la vision se dissipe, je pars à ta poursuite, je survole la place, je perds ta trace au-dessus de la mer si bleue où tu as disparu il y a si longtemps.
Je descends l’escalier aux marches disloquées, rejoins la crique qui nous abritait le jour où, le moment où tu as disparu dans l’abîme azuré. Je longe le rivage enfonce mes pieds dans le sable ambré, répète à me saouler ton nom, te supplie espérant que tu apparaisses brusquement entre les deux rochers qui affleurent près du rivage coiffée d’algues verdâtres, jouant les sirènes, éclatant de rire en observant ma mine déconcertée. J’entends soudain ta voix qui m’appelle et chantonne sur la plage abandonnée, il est temps de te lever. Je m’éveille alors et bloque cette sonnerie qui chaque matin me ramène à la cruelle vérité.
Tes mots m’accompagnent toute la journée et le soir comme on remonte le ressort d’une boîte à musique, je retourne immuablement sur le banc, je t’attends, je sais que tu viendras.
Je retourne sur la plage et te devine assise sur le rocher, coiffée d’algues, éclat de rire, peau luisante et dorée.
Ma vie n’est plus qu’un rêve, la nuit sanctuaire refuge de mes phantasmes les plus fous. Vie rêvée d’un ange qui accapare mes nuits et me retient dans une prison dorée.
M. Odile Jouveaux