J’imagine… Un vieil homme attend, assis une sur pierre blanche lissée au fil du temps par les eaux de pluie et polie par la toile de son pantalon.
Il est adossé au mur du moulin de la Sauvagère, vous savez, le vieux moulin à eau de Bricqueville la Blouette. Désaffecté depuis bien des années, il sert maintenant de lieu de respiration aux quelques rares randonneurs particulièrement bien renseignés.
Le vieil homme natif du hameau y venait régulièrement en pèlerinage spirituel il connaissait chaque pierre de la bâtisse, chaque dénivelé de la Souille qui d’antan, avait entraîné les rotations des pales et actionné les meules à broyer.
Une fois installé, le brave homme pouvait rester de longues heure sur sa pierre sans qu’il ne soit gagné par l’ennui. L’écoulement régulier du ru, le berçait comme l’onde intemporelle d’une harpe caressée par des doigts de fée. Du sentier touffu et dense de végétation, il percevait tour à tour, les harmonies enchanteresses de toutes sortes de passereaux venant accompagner la mélodiste.
D’ abord les chanteurs à voix, les merles noirs au timbre flûté, les nombreuses syllabes capables de toutes sortes d’improvisations. Puis un son baroque émis par une femelle colvert sonnant le rassemblement d’une couvée éparpillée, indifférente au coassement d’une corneille très haut dans le ciel harcelant elle-même par son timbre lugubre et répétitif, quelque rapace un peu trop téméraire.
Une sirène, lointaine, d’une ambulance passant, au loin, dérange à peine, parce qu’elle est loin et qu’elle semble un instant être imitée par un beau merle de la futaie voisine.
Puis, le vieil homme lève un sourcil, il vient sans le voir encore, de reconnaître son ami, au bruit particulier qu’il fait quand le loquet de la vieille porte rouillée retombe dans un clang amati par la rouille sur le métal. Son vieux camarade arrive d’un pas décidé, il le devine au son cadencé de ses pas sur les restes de gravier qui parsèment encore le chemin, ce qui fait zinzinuler brièvement une mésange charbonnière.
Le vieil homme s’est tourné d’un quart de tour pour voir arrivé son ami, cette simple rotation lui fait percevoir le son plus enflé de l’eau qui dévale d’un léger promontoire de pierre et donne sens à toute cette image sonore de cet endroit préservé…
Didier d’Oliveira