J’entre dans la chambre et époussette rapidement les meubles. C’est vite fait, elle n’est pas encombrée et je ne suis pas regardante sur le ménage. Je ne m’attarde pas. Pourtant, ce matin-là, en arrivant à la petite table basse et la petite chaise d’enfant le chiffon hésite, marque une pause, puis lisse doucement le bois verni. Une bouffée de nostalgie m’étreint soudain. Je renouvelle mon geste comme si je voulais faire apparaître sur le pin clair, pareil à un miroir profond, la trace d’une empreinte, d’une image qui se serait imprimée ici et qu’il suffirait de révéler avec un chiffon qui en chaufferait la surface à la façon d’un révélateur photographique. Je sais pourtant ce qui émanerait de cette image en négatif. Lire la suite
Mois: juillet 2025
Le carnet
Il était en cuir rouge avec la tranche dorée et fermé par un élastique rouge, aussi – format A6 10,5 par 14,8 cm – petit et pourtant riche. Toujours sur moi, il était le témoin de mes découvertes, de mes apprentissages, de mes savoirs. Je l’avais divisé en trois parties égales, la première pour les numéros de téléphone des personnes que j’aimais, le milieu pour noter les dates importantes pour moi, naissances, décès, réussites, voyages etc… et la dernière et là, je le prenais à l’envers, les livres lus et les films vus adorés. Il devait rester inviolable comme une partie de mon corps et en tout état de cause le rempart à mes pertes de mémoire. Lire la suite
…
La nébulosité recouvre la route
Cependant je veux aller par monts et par vaux
Je veux retrouver le chemin tracé des baux
Inventer le passage, refuser le doute. Lire la suite
Perdu dans le brouillard
La corne du bateau nous suspend aux secondes
Les yeux rivés à bord scrutent l’écho sonore
Le faisceau s’illumine balayant sur ses bords
Les contours de la côte dessinés par la sonde Lire la suite
Perdues les perdues
Des « perdus » sur les épaules
et des « perdues » sous les yeux
C’est le « perdu » qui gonfle.
Serré par le « perdu » de strass.
Grand, très grand, le « perdu » s’annonce. Lire la suite
Je peux te dire une chose…
Maria à quoi songes-tu ? Tandis que ton ami Goya t’immortalise, oui je dis bien : il te rend immortelle, tu traverses les siècles, interroge le flâneur qui s’arrête devant toi ; qu’as-tu à lui conter? De tes rêves, de tes ratés, de tes envies, de tes regrets. Maria que caches-tu dans cette pose figée pour l’éternité ?
Bien sûr, tu n’as pas oublié, le jour où, jeune et belle tu cédas à cet homme empressé qui te laissa seule, pas tout à fait seule… enceinte.
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Regrets

Enki Bilal expose ses fantômes au Louvre (2013)
Comtesse Maria del Carpio (F.Goya) et les jumeaux
Elle les avait rêver si souvent qu’elle n’en avait plus peur, qu’elle aurait pu les presser sur son cœur sans craindre de devoir se cacher de la servitude de son entourage, un entourage écrasant, étouffant auquel elle avait dû toute sa vie se soumettre. Née marquise de la Solana, la petite Maria avait grandi dans le monde aristocratique de l’Espagne du XVIIIème siècle, aux mœurs sclérosantes et aux codes stricts auxquels il fallait se plier sans conditions. C’était une enfant vive et riante que les maîtres chargés de son éducation avait peiné à maintenir en place tant elle débordait d’imagination et de vitalité. En grandissant elle s’était assagi intégrant le modèle qu’on lui assignait. Cependant bouillonnaient toujours en elle le désir de liberté et l’envie de suivre un destin différent. Lire la suite
Deux fantômes
Deux fantômes ! c’est là, quand je rêve dans l’ombre,
Qu’ils viennent tour à tour m’entendre et me parler.
Un jour douteux me montre et me cache leur nombre.
A travers les rameaux et le feuillage sombre
Je vois leurs yeux étinceler
Victor Hugo
Julia sur la route
Et puis nous sommes partis… ensemble, toujours, même si très séparés quand
même ! J’étais si mal intérieurement, si tourmentée par notre histoire inaboutie
Nous avons repris sa voiture et laissé derrière nous Ariane et sa dépression. Ariane
et ses médicaments, Ariane et ses histoires compliquées, attirantes et diaboliques,
son passé d’artiste, ses sculptures inachevées, ses peintures tourmentées. Et tout
cela pour quoi ? Pour qu’elle finisse son parcours en hôpital psychiatrique, pour
qu’elle s’abîme dans des TS mutilantes… pour qu’elle nous apparaisse maintenant
comme absente définitivement à elle même, une femme molle, au regard vidé de
ce qui faisait sa substance, son énergie. Elle avait été mon amie, si proche, si
intime…
Disparition rêvée
C’est toujours le même rêve. Il se finit ainsi : assis sur un banc posé sur une placette entourée de murs qui cachent le village on aperçoit le clocher de l’église. J’attends chaque nuit, j’espère ton retour. Je rêve. Dans ce rêve tout est noir et glacé, quand soudain je sens ta main douce et tendre posée sur mon épaule, je reconnais la légèreté de tes doigts fuselés glissant sur mon cou puis se perdant dans mes cheveux que tu ébouriffes tendrement. Lire la suite