Voyages, voyages…

Lettre de Leila Sebbar à Nancy Huston, à moitié effacée dans sa largeur et reconstituée

 

Les lieux de brassage, comme les gares, les ports, les aéroports, restent pour moi une utopie et signent le carnage où je peux, comme dans une brume, survivre sans savoir partir ou revenir.

Je retrouverai mes terres, mes amis, mes amours, on ne me demandera rien et je ne me livrerai pas. Je suis là. Je m’incruste. Ces instants qui s’imposent avec leurs règles en vigueur ne m’angoissent pas. Elles cadrent ma rêverie et m’éloignent de ces quartiers parisiens où je m’ennuie tellement…

Alors je me mets en position de passant, scrutant mes congénères, assis sur le banc d’une gare. Je n’ai pas, après tout ce temps, évolué. Je n’ai pas acquis la souplesse, l’intelligence qui permettent de m’adapter à des situations et me préserve d’un certain nombre de codes que je connais et qui me précipitent dans un état que je ne maîtrise pas. Je reste obstiné et stupide. Souvent j’ai été tenté de le réclamer, cette bonté que tu as, je l’ai remarquée chez ces femmes qu’on appelait les migrantes à Histoires des migration (cf : Napoléon Lebeau chez Lattès) où l’obligation d’assimiler et d’utiliser les codes les plus contraignants vers une assimilation, lentement,  sans servilité. Peut-être la condition première de ces femmes, dont tu fais partie à mes yeux, ne leur permettent pas d’accéder aux cercles de culture, culture d’origine bafouée et moquée. La pensée dominante, alors que les réfractaires s’organisent et luttent, s’impose aux autres femmes du tiers monde en sous et en mal développement. Ainsi les conséquences d’un effacement de la cause Martiniquaise auraient été au regard de la pensée de l’auteur Napoléon Lebeau un des effets de la colonisation.

RMQ

 

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