Allez, en route, cette fois c’est bon ! Pas de bruit, tu ne parles pas, tu ne râles pas, tu me suis comme d’habitude. Tu te débrouilles seul pour traverser le ruisseau. Je suis devant toi, je trace le chemin, tu n’as qu’à suivre, c’est tout. Je suis sûr que cette fois on atteint le sommet de la montagne et là, oui, je te jure que tu pourras choisir une étoile et te lancer dans l’espace, sans crainte, oui, je te jure je l’ai déjà fait et tu vois bien, je suis revenu. Par endroit, on traverse une forêt, le vent déferle du haut de la montagne, c’est mystérieux, c’est envoûtant, ne t’inquiète pas on en revient toujours, et toujours on recommence.
Ce n’est pas la première qu’il m’embarque dans ses virées nocturnes. C’est plus fort que moi, je le suis. Il me fait rêver avec ses idées farfelues. Avec lui le réel se trans forme : on navigue entre la vie et le rêve. Alors je le suis. Une fois nous avions entrepris de dormir accrochés aux branches d’un arbre. On est rentré plutôt que prévu ! Trop froid. Escapade inachevée, personne ne l’a su.
On garde le secret, C’est encore plus magique. Ah ! Si tu savais où j’ai passé la nuit !
Cette fois, c’est le grand saut, j’avoue craindre le pire. Cette idée de joindre le sommet de la montagne, se jeter dans le vide, accrocher une étoile et planer dans l’espace, j’ai du mal à le croire ! Et pourtant ça me grise. N’y va pas, n’y va pas ! me susurre la petite voix. Je marche dans ses pas, je le suis, je glisse, je dérape .
Tu verras, tu verras c’est génial ! Je m’accroche, j’étouffe la rage qui monte en moi, j’ai froid. Enfin nous y voilà : le sommet de la montagne ! Je regarde, je ne vois rien. Brume, brouillard, crachin. Où sont les étoiles promises ? Effacées, disparues.
Il éclate de rire. Demain on recommence, il fera beau, tu verras tu verras les étoiles !
Demain, c’est non, je ne reviendrai pas.
M. Odile Jouveaux