Marie aimait ouvrir la marche, cela lui correspondait. Non, qu’elle désirait se mettre en avant, mais plutôt que son tempérament procédait comme celui d’un photographe, préférant l’instantané vierge de tous parasites et de toutes influences. C’est donc ce qui motivait Marie, pleine de candeur et de spontanéité à précéder Louis sur le chemin d’aujourd’hui.
Louis complice de toujours de Marie, comme à son habitude avait proposé et organisé cette petite randonnée. Il savait et aimait anticiper sur les plaisirs qu’éprouverait sa compagne en l’entraînant sur ce sentier escarpé, situé dans les contreforts des collines avoisinantes. Celles-ci se découpaient en deux, scindant un lit parfaitement adapté au torrent impétueux qui descendait jusqu’au village en contrebas.
Louis aurait bien voulu mener le train car, il connaissait chaque buisson, chaque rocher, chaque passage d’eau dont les uns partaient en cascade, d’autres en ruissellement ou seule la musique de l’écoulement semblait adaptée à une écoute méditative, d’autres encore se présentaient sous forme de trous d’eau et reflétaient comme des miroirs, frissonnant uniquement sous l’onde du vent…
Mais Louis réfrénait son ardeur, connaissant l’appétit de Louise à découvrir par elle-même, chaque chose qui prodiguaient de la nature comme une naissance.
Sa petite serviette blanche sur l’épaule, Marie descendait d’un bon pas parmi les jeunets et les asphodèles. Contrairement à ses habitudes, son pas aujourd’hui n’était pas assuré mais plutôt légèrement précipité. Et, Louis ne faisait rien pour la freiner, la ralentir un peu. Il aurait bien aimé lui commenter les quelques charmes de la nature avoisinante, par exemple comment à ce moment précis, le calme ruisseau disparaissait sous terre, pour ne réapparaître que fort agité, dix mètres plus bas, sous forme de cascade, entraînant dans leurs flots les gardons que Marie avait étonnamment loupés, semble-t-il. Et, ce point de vue, ou l’œil expérimenté était irrésistiblement attiré par l’éblouissement d’une orchidée en pleine floraison.
Elle avait tant de questions habituellement ! Certes, elle était enivrée d’espaces vierges, mais un peu d’explication sur l’environnement d’aujourd’hui, sur la source du torrent, l’histoire du sentier, la vie des gardons, la fluorescence des jeunets, l’emplacement choisi par cette orchidée !
Toutefois, Louis ne s’en faisait pas trop du train rapide de Marie sur le sentier du retour, assoiffée qu’elle était de découvrir rapidement chaque chose, gourmande à satiété de toutes nouveautés, qu’il en soit de sa vie de citadine comme des ravissements qu’elle éprouvait dans la flore et sur les sites naturels en général.
Leurs escapades dominicales s’étaient toutefois espacées légèrement depuis quelques temps. C’est pour cela que Louis, plus que d’habitude encore, avait pris soin de préparer cette balade champêtre et romantique. Plusieurs points de vue jalonnaient leur parcours, la saison s’y prêtait, une fin d’été avec la naissance des rouges et des ocres, la douceur d’un soleil soigné, pas trop brûlant, les cascades et les retenues d’eau ou elle aimait se tremper les pieds, et les orchidées sauvages …
Bien sûr, Marie avait aimé cette sortie, comme à chaque fois d’ailleurs. Mais aujourd’hui, un sentiment étrange l’avait parcouru. Elle n’était pas entièrement satisfaite de ses négatifs virtuels. Elle avait l’impression qu’unrai de lumière avait flouté ses épreuves dans la chambre noire de son esprit. Il faudrait qu’elle lui parle, avant même que l’altération prenne radicelles;
La lune de miel n’était pas éternelle et la béatitude infinie. Il faudrait s’enrichir, cultiver, communiquer.
Elle avait pris une décision, elle reprendrait le rythme régulier de leurs balades. Mais les prochaines fois, leurs préparations se feraient en commun et l’échange mutuel deviendrait le socle de leurs nouvelles étapes.
Didier d’Oliveira