L’ échappée

Écouter les yeux fermés… s’en vient un rêve…

 

Serais-je comme eux tous, une bête fidèle à la meute aux ordre de l’Alpha,

Je les observe, j’ai une vue d’ensemble sur mon léger promontoire, ils sont là, les  flans étriqués, hérissés au moindre grognement. Raies dorsales toutes alignées,  truffes dressées, toutes orientées vers la butte. Yeux canins subjugués par le regard perçant du dominant.

Règne un étrange silence, oppressant avant la débauche hurlante et la ruée qui en suivra.

Et la haut dans le ciel, une ramure élégante, un aigle des steppes peut-être. Suffisant pour moi, jeune canidé pour m’offrir une fugue contemplative.

Discrètement,  sous l’émerveillement, je frétille de la queue , mais cruellement je ressens la douleur d’une vilaine morsure.

Je dois revenir à la raison, me concentrer pour ne pas hurler. Et, si une goutte de sang se mettait à perler sur mon pelage blanc !

Mais rien ne semble visible. Mon frère, ce lieutenant improvisé est rentré dans le rang. Je serre les crocs, ce sera bon pour cette foi. Alors comme les autres, je relève la truffe et attends le signal.

Les règles de l’ordre sont spartiates, totalitaires. Y déroger,  c’est le bannissement ou la mort.

Alors, il ne reste plus que le mental où je continue mon escapade dans les grandes steppes de l’Oural où, l’élan est plus tendre où, la nature est plus clémente. Tôt ou tard, il me faudra découvrir d’autres systèmes, d’autres organisations.

Mais, fuir seul la meute, est voué à l’échec. Il me faudra conquérir quelques congénères pour tenter l’aventure.

Mais voilà un perturbateur, le fils du dominant. Il est puissant, ses muscles sont saillants, sa harangue provocatrice. Pourtant, il veut conférer les mêmes règles que son père et se complaire à son tour et pour son compte dans le spectacle des échines alignées, des truffes pointées.

Alors, il y a combat, pas de quartier, le jeune mâle est dévoré. L’impérialisme a été renforcé par cette décision.

Pour mon compte, je rêve de stratégie ; pour choisir de sortir de la meute, ma propagande sera d’utiliser  les abats de notre prochaine proie.

L’orignal est cerné, l’alpha a donné l’ordre, après s’être emparé d’un morceaux de choix. Je les observe dans leur acharnement à déchirer la fourrure, à lacérer la musculature, à démembrer la bête, à pulvériser les os.

J’imagine donc, pendant cette fébrilité, pendant cette violence canine,  voler les entrailles qui sont dans un premier temps dédaignées et me dirige vers le groupe des dépendants, des soumis, qui normalement attendent que l’alpha et ses principaux lieutenants soient repus, pour déposer à leurs pieds, cette nouvelle source inattendue de vitalité. Mon premier acte de démocratie.

J’ai eu cette idée, en observant les renards des neiges, beaucoup plus libéraux que nous, les loups dominateurs,

Il me faudra renouveler l’action plusieurs fois, d’autant qu’il me semble déjà avoir conquis cette jeune louvette et étendre mon action jusqu’aux confins de notre territoire.

Il me faudra leur apprendre à observer les grandes steppes aux méandres de la liberté et du retour aux sources.

Didier d’Oliveira

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