Le rêve

Du haut de la falaise, une femme pleure, les yeux fixés au loin sur les verts et les gris de la mer. Elle pleure l’amour, éternelle souffrance des désillusions, des disparitions. L’amour perdu de son homme, marin dévoré par l’océan déchaîné. Dévoré par les flots écumants de la tempête, lui qu’on condamnait à crever d’avoir toujours trop bouffé. Elle le voit, il est là gisant dans la poussière voletante du crépuscule. La mort le guette et il rêve d’une gourmandise sans limite, au nez et à la barbe de ces corbeaux malfaisants, ces oiseaux de malheur. Et l’aube se lève, tendre aux oisillons du printemps qui s’échappent de la bouche du mourant vers le chèvrefeuille accroché au mur du jardin.

Annie Brottier

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