Un voyage inespéré
Enfin nous étions arrivés à Phnom Penh au Cambodge, un voyage prévu de longue date et remis à plus tard, bien plus tard, on ne savait quand, impossible de savoir quand ce satané fichu virus se calmerait et laisserait le monde entier reprendre son souffle et respirer. Un voyage attendu depuis deux longues années passées à espérer, à guetter, à se faire bousculer, bringuebaler entre les fermetures de frontières d’un pays ou de l’autre au gré des contaminations. L’attente du moment où je pourrais enfin serrer dans mes bras ma fille installée là-bas me parut interminable. Aucun moyen de télécommunication aussi sophistiqué soit-il ne saurait remplacer la présence et le contact des êtres qui nous sont chers.
Et voilà qu’après 18 heures de vol et deux escales dans des salles d’attente impersonnelles, après un nombre incalculable de vérifications des passeports, des certificats de vaccination, des tests, des assurances spéciales Covid, enfin nous arrivions au dernier contrôle, l’ultime test PCR avant de franchir la barrière de sécurité et de quitter l’aéroport. Gérard sortit le premier après validation de son test par les autorités et je le vis rejoindre ma fille qui nous faisait de grands gestes de l’extérieur. Quant à moi, j’attendais avec les autres passagers qu’on m’appelle à mon tour. Mais rien, des noms courts, des noms à rallonge, des noms biscornus et des gens qui se précipitaient. Ya, yes, da, aqui … et autres onomatopées mais rien qui ressemblait à mon nom. Horrible attente ! Et si mon test était positif ? Mon cerveau en ébullition imaginait déjà tous les scénarios possibles quand soudain, les yeux braqués sur le médecin, les oreilles pointées sur le moindre son émanant de sa bouche, j’ai compris mon nom, plutôt mon prénom, le reste étant incompréhensible. J’étais délivrée et je n’ai pas demandé mon reste pour filer à l’air libre.
Tout vient à qui sait attendre
Mars 2020, premier confinement et annulation de tous les vols pour l’Asie. Nous irions voir ma fille au Cambodge plus tard. Heureusement qu’avec Skype, le contact se garde facilement. Cette étrange période de confinement a modifié ma perception du temps. Le monde s’était arrêté et l’horloge avec. Le report de notre voyage ne m’a pas paru si long. Je savais que ce n’était que partie remise. Deux ans après, nous voilà à l’aéroport de Phnom Penh après plusieurs vols et escales. Ne restait plus que la dernière formalité, le test PCR, sésame de l’ouverture des portes. Nous en avions déjà subi deux, alors un de plus ou un de moins ! C’est le seul moment où l’attente m’a semblé un peu longue. Gérard avait déjà franchi la barrière et moi, on ne m’appelait pas. Une hésitation dans l’interprétation de mon test ? J’ai à peine eu le temps de m’inquiéter que déjà j’entendais un son qui ressemblait à Annie. Je me suis précipitée devant l’officier qui tenait mon passeport. Un coup d’œil à la photo, au papier officiel du PCR et un OK libérateur. J’ai filé comme une flèche retrouver Gérard et ma fille qui me faisaient signe dehors.
Annie Brottier