
Robert COMBAS (1957)
Joueur de pipo poète et non brut
Acrylique sur toile
Signé et daté 90 en bas à droite
Titre complet : « Marcelin de la lune se fait une petite mélodie jolie adossé à un buisson dans la campagne au milieu de fleurs et de l’herbe verte. Dans son imagination, il voit défiler des êtres rigolos et gentils qui se mélangent et s’assemblent comme des puzzles en jouet de bébé. Un corps de belle femme s’avance, elle a une tête de lune et lui il a la « boule à zéro »
En ombre noire, un joueur de flûte presqu’ au centre, mal assis sur un gazon fleuri de jaune.
En train de s’asseoir ou en train de se lever ?
Nul ne saurait dire, nul n’était là pour voir… à sa suite l’arche de Noé peuplé de bêtes et d’êtres aux cris inintelligibles. Des membres s’entremêlent, ce côtoient, se touchent, remplissent la toile jusqu’à la saturer. Pas d’espace vide, aucun silence et partout des yeux aussi sots que grenus. Tout un peuple dans une jungle folle qui s’ébroue et cherche à se faufiler entre les branches rouges d’un arbre tentaculaire. Un crocodile bleu a avalé un alligator piquant.
Une femme jolie sourit de toutes ses dents et de ses lèvres pulpeuses par trop maquillée, ses seins à l’air pointent vers le ciel le regard étonné et dans son ventre vit une énorme tête au nez en carotte, une énorme bête. C’est la tour de Babel de Bruegel revue et revisitée par un Combas sous acide, acidulé, obnubilé. Les membres en bataille un bonhomme bleu dessiné comme les dessinent les enfants, est tombé du tableau. Ses nombreux et pauvres bras préfigurent le mouvement. Il ne voudrait pas tomber plus bas. Une des feuilles de l’arbre rouge devient langue de serpent violet qui guette sournoisement ses proies.
De quel passé venons-nous et vers quel avenir courons-nous ?
Quel est cet instantané, ce pris sur le vif qui cul par dessus tête hante nos inconscients ? Tous ces mouvements déchaînés, cette figuration libre qui tente de s’échapper du tableau pour vivre sa propre vie désordonnée. Où s’en vont mourir les rires et les cris ?
à qui appartiennent ses yeux qui savent voir la nuit ?
Ai-je donc tout rêver ou suis-je encore en plein rêve ?
Où s’en vont mourir nos rêves ? Où filent les étoiles filantes ?
Comment dire un rêve arrêté en plein vol ?
Pourquoi ces chocs intergalactiques, ces trous noirs que dominent quelques notes stridentes d’une flûte futée ?
Il y avait pourtant bien un sens, celui des aiguilles d’une montre enrayée, d’un maelstrom, d’une soupe première, d’un bouillon de culture où les bactéries s’agglutinent, où les rayons du soleil ont oublié de traverser la stratosphère, n’ont pu se résigner.
Il y avait pourtant bien une idée à la base, une question existentielle, un point de vue sur un monde en perdition ou un monde en train de naître.
Il y avait trois notes de musique, trois êtres qui un jour seraient une famille peut-être. Un instant arrêté sur une toile qui fut blanche. Un instant arrêté au mitan d’un système accidentel, comme s’arrête le geste auguste du semeur assommé.
Il y avait et cela avant tout la couleur des crépuscules las offrant l’incertitude.
Il y avait le doute, une énergie vibrante, une vibration lente et pourtant perceptible, un paradoxe du temps, tranchant comme une lame pure comme une larme triste comme un diamant triste comme la tristesse. Vague comme les vagues qui se cassent sur les rochers de braise.
Malins et enjoués parfois comme les animaux bleus, débiles et inventifs, fourbes et inattendus, enchevêtrés de brume.
Il y avait eu ce moment précis de l’arrêt, du moment suspendu.
Qui était-on en droit d’attendre de tant de circonspection ?
Un phœnix, le sphinge, Kali dansant sur le corps de Shiva ? Un tout de pleins et de déliés, une ribambelle, des sons qui se répondent, une cacophonie orchestrée par des vieillards cacochymes. Une pléiade d’instants de poésie entrelacés d’ozone et de métaux ferrugineux. Une corolle de coraux aux frontières de l’oubli et des songes. Une manne, une boîte de Pandore aux figures multiples insaisissables et troubles. Un alphabet à déchiffrer, une langue étrange et étrangère ponctuée d’asticots de signes et de symboles flous.
De Basquiat à Combas en passant par Keath Haring, il n’y avait qu’un pas, la beauté qui fascine et le plaisir qui tue.
PASC