
L’almanach
Sur ma table de nuit, l’almanach 1950 trône. Protégé d’une vitre, ses couleurs passées égrènent les 72 années écoulées. Le chien blessé continue de souffrir et de déclencher la compassion de ses compagnons canins. Le fusil à l’épaule même les chasseurs semblent touchés.
Quand j’ai eu l’âge et que le facteur passait pour les étrennes, mon père me laissait choisir l’almanache comme disait ma grand-mère en postillonnant son dentier. Jamais je n’aurais choisi des chasseurs, ces hommes cruels déguisés. Durant les cinq ans passés dans la campagne aveyronnaise, j’ai complété mon zoo, chien, chat, lapins, girafe, lion. En août 1954, mon père partant pour la guerre d’Algérie, m’offrait avec fierté le calendrier de l’année de ma naissance.
Ce » tableau » des PTT a pris place tout de suite à mon chevet et ne m’a jamais quitté. Il m’indiquait les rythmes de la nature, lune pleine, lune vide. Je pouvais vérifier la date d’anniversaire de ma mère entourée, la nouvelle lune précédant la naissance de Pompon le cheval de trait. Je découvrais que Sainte Régine n’existait pas, pourquoi ? On n’a jamais trouvé de petite fille plus sage. Il le fallait pour accompagner ma mère dans l’attente du retour de son époux.
L’année du chien, j’ai perdu cinq dents, les jours de la petite souris se repéraient par le dessin d’une dent. Celle du chat était l’année de la mort du grand-père, jour repéré par une croix noire. L’almanache des lapins ne m’a laissé aucun souvenir. L’année de la girafe, le 8 août, mon frère avait noté ma taille et me félicitait d’avoir autant grandi, tout en continuant à m’appeler la petite grosse. L’année suivante, le préposé aux PTT, était ravi de mon choix, un lion dans le Ségala (c’était le seul qui restait dans sa besace). Il était très beau, coloré et hargneux comme toi disait ma tante haïe qui se souvenait de mon signe du zodiaque
. Et joie ! C’est l’année du lion que mon père retourna en terres occitanes et que la famille fut réunie à nouveau.
Ainsi, encore aujourd’hui, l’Almanach 1950 ravive le souvenir de mon père.
RMQ